Quillan Le Château

MOYEN AGE
EPOQUE MODERNE [1]

Le château de Quillan appartenait aux archevêques
de Narbonne qui ont dû régulièrement réaffirmer leurs
droits face à la famille féodale de Niort. Au début du
XIVe siècle, il est l’objet d’un litige avec le roi de France
qui a repris les prérogatives de ces seigneurs. En 1351
se trouve la première mention de l’actuel château
dans le « Livre Vert » qui précise que l’archevêque « y
possède en propre un très beau château avec deux
vergers contigus ». Lors des guerres de religion, le
château est pris d’assaut par les huguenots. Aux XVIIe
et XVIIIe siècle, plusieurs visites d’experts apportent
des indications sur son état. L’une d’elles indique que le
château est officiellement démantelé en 1735. En 1793,
dans la crainte d’une incursion espagnole, l’édifice
est transformé en batterie d’artillerie. La municipalité
l’achète en 1950 et, en 1954, il est inscrit à l’Inventaire
supplémentaire des Monuments Historiques.

Installé, rive droite de l’Aude, sur un promontoire
dominant la ville, le château est une bâtisse
quadrangulaire d’environ 34,50 m. de côté. Chacun
de ses angles est défendu par une échauguette
polygonale dont les parties supérieures ont disparu.
Au centre de la façade orientale se trouve une tour
porte dont il ne subsiste que le rez-de-chaussée voûté
en arc brisé. La base d’une échauguette est visible au
niveau du raccord nord de cette tour avec la courtine.
Les façades comprennent deux niveaux d’ouvertures
implantées régulièrement : une série d’archères en
rez-de-chaussée et une rangée de fenêtres hautes
au-dessus. La façade sud est percée d’une poterne
en arc brisé et deux larges baies, placées à peu près
au même niveau que les archères, sont ouvertes dans
la façade ouest. Le parement extérieur, en moyen
appareil, est disposé en assises régulières et comporte
de nombreuses pierres à bossage. La majeure partie
des blocs d’origine a disparu mais le parement, ainsi
que les bases d’échauguettes, ont fait l’objet d’une
restauration récente. A l’intérieur un mur de façade,
parallèle à la courtine nord, délimite le rez-de-chaussée
d’une grande salle, marquée par la présence d’un
large conduit de cheminée. Un autre mur de façade
est parallèle à la courtine ouest. Il délimite la zone de
l’intervention réalisée en 2008.

Le château a fait l’objet de plusieurs opérations
archéologiques, entre 1994 et 1997. Celles-ci ont
permis de mettre en évidence une partie de son
organisation architecturale intérieure ainsi que de
proposer une chronologie pour sa construction et son
occupation.

Au cours de la période révolutionnaire, le château a
fait l’objet d’un fort remblaiement, jusqu’au niveau
des fenêtres hautes. La partie supérieure des
maçonneries a été abattue et accumulée à l’intérieur
du bâtiment afin de transformer celui-ci en batterie
d’artillerie. Cette importante couche de démolition,
dans laquelle les pierres de taille abondent, a permis
de conserver intégralement les maçonneries du rez-de-
chaussée. Ce niveau de démolition recouvre une
série de couches d’occupation mettant en évidence
une utilisation sporadique des bâtiments au cours de
la période moderne. Ceux-ci semblent en effet avoir
été profondément affectés par un incendie survenu
à la fi n du XVIe s. Les sols d’occupation liés à la
première utilisation du château n’ont pas pu être mis en
évidence. La construction de l’édifice peut être située
dans la première moitié du XIVe siècle. Le chantier
a débuté par un aplanissement et un aménagement
systématique du socle rocheux. Les fondations
des courtines, constituées de plusieurs ressauts
appareillés, reposent sur de larges banquettes taillées
dans le rocher. L’arasement du substrat a toutefois
conservé la trace d’une série de silos comblés dans
la seconde moitié du XIIIe siècle. Un reste de couche
d’occupation de la même période, piégé dans une
encoche réalisée dans le substrat rocheux, avait aussi
été perçu dans la tranchée de fondation de la courtine
ouest.

La partie centrale du bâtiment ainsi que son quart sud-est
intérieur n’ont fait l’objet d’aucune observation à
ce jour en raison de la présence d’un château d’eau
encore en activité.

En 2007, la municipalité a relancé le programme de
consolidation et de mise en valeur du site. La priorité
a été donnée à l’assainissement du pied de la courtine
ouest, miné par les infiltrations d’eau. L’évacuation du
remblai, recouvrant l’espace entre la courtine et le mur
repéré en 1994, a été réalisée mécaniquement, sous
surveillance archéologique. Au nord de la zone de
fouille, l’espace a été limité par l’apparition d’un mur de
refend perpendiculaire à la courtine. La constitution du
remblai de démolition est apparue similaire à celle des
niveaux observés lors des campagnes précédentes.
Toutefois, en raison de la topographie du site, son
épaisseur était beaucoup plus importante, le socle
rocheux étant situé nettement plus bas dans cette
partie du château. L’importante quantité de pierres
de taille, ainsi que la profondeur des terrassements,
ont empêché de dégager totalement la salle dont les
murs intérieurs n’ont pu être reconnus que sur leur
partie supérieure. Le mur de façade oriental présente
plusieurs traces d’ouverture, porte et fenêtres, et
semble dans un bon état de conservation. Le remblai
de démolition a livré une importante quantité de pierres
de taille de forme variées et relativement complexes
portant des traces de scellement de pattes métalliques.
Une de ces pattes, en forme de « F », a été retrouvée.
Ces éléments pourraient être en relation avec un
dispositif architectural complexe, en encorbellement
dont la forme et la fonction restent à préciser. Sous
la démolition, dans le secteur dégagé le long de la
courtine, aucun niveau d’occupation significatif n’a pu
être observé. La tranchée de fondation de la courtine
a été atteinte et fouillée, présentant les mêmes
caractéristiques que celles observées en 1994-1997.
Taillée dans le socle rocheux, là aussi aplani lors de
la construction du château, elle recoupe au moins un
silo.

Cette intervention a donc permis de préciser le
plan du château et de vérifier la cohérence de son
comblement. La présence de silos dans cette partie du
site montre la densité de l’occupation du promontoire
antérieurement à l’édification de la forteresse. Comme
lors des campagnes précédentes, une importante
quantité de blocs de parement a pu être recueillie.
Ils seront utilisés lors des travaux de consolidation à
venir.

David MASO
Sarl ACTER

Quillan
Vue générale du château

[1Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon