Accueil du site > L’Aude et le Monde. > Bilans scientifiques du SRA (DRAC) > Bilan 2008 du SRA > Quillan Le Château

Quillan Le Château

MOYEN AGE EPOQUE MODERNE [1]

Le château de Quillan appartenait aux archevêques de Narbonne qui ont dû régulièrement réaffirmer leurs droits face à la famille féodale de Niort. Au début du XIVe siècle, il est l’objet d’un litige avec le roi de France qui a repris les prérogatives de ces seigneurs. En 1351 se trouve la première mention de l’actuel château dans le « Livre Vert » qui précise que l’archevêque « y possède en propre un très beau château avec deux vergers contigus ». Lors des guerres de religion, le château est pris d’assaut par les huguenots. Aux XVIIe et XVIIIe siècle, plusieurs visites d’experts apportent des indications sur son état. L’une d’elles indique que le château est officiellement démantelé en 1735. En 1793, dans la crainte d’une incursion espagnole, l’édifice est transformé en batterie d’artillerie. La municipalité l’achète en 1950 et, en 1954, il est inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Installé, rive droite de l’Aude, sur un promontoire dominant la ville, le château est une bâtisse quadrangulaire d’environ 34,50 m. de côté. Chacun de ses angles est défendu par une échauguette polygonale dont les parties supérieures ont disparu. Au centre de la façade orientale se trouve une tour porte dont il ne subsiste que le rez-de-chaussée voûté en arc brisé. La base d’une échauguette est visible au niveau du raccord nord de cette tour avec la courtine. Les façades comprennent deux niveaux d’ouvertures implantées régulièrement : une série d’archères en rez-de-chaussée et une rangée de fenêtres hautes au-dessus. La façade sud est percée d’une poterne en arc brisé et deux larges baies, placées à peu près au même niveau que les archères, sont ouvertes dans la façade ouest. Le parement extérieur, en moyen appareil, est disposé en assises régulières et comporte de nombreuses pierres à bossage. La majeure partie des blocs d’origine a disparu mais le parement, ainsi que les bases d’échauguettes, ont fait l’objet d’une restauration récente. A l’intérieur un mur de façade, parallèle à la courtine nord, délimite le rez-de-chaussée d’une grande salle, marquée par la présence d’un large conduit de cheminée. Un autre mur de façade est parallèle à la courtine ouest. Il délimite la zone de l’intervention réalisée en 2008.

Le château a fait l’objet de plusieurs opérations archéologiques, entre 1994 et 1997. Celles-ci ont permis de mettre en évidence une partie de son organisation architecturale intérieure ainsi que de proposer une chronologie pour sa construction et son occupation.

Au cours de la période révolutionnaire, le château a fait l’objet d’un fort remblaiement, jusqu’au niveau des fenêtres hautes. La partie supérieure des maçonneries a été abattue et accumulée à l’intérieur du bâtiment afin de transformer celui-ci en batterie d’artillerie. Cette importante couche de démolition, dans laquelle les pierres de taille abondent, a permis de conserver intégralement les maçonneries du rez-de- chaussée. Ce niveau de démolition recouvre une série de couches d’occupation mettant en évidence une utilisation sporadique des bâtiments au cours de la période moderne. Ceux-ci semblent en effet avoir été profondément affectés par un incendie survenu à la fi n du XVIe s. Les sols d’occupation liés à la première utilisation du château n’ont pas pu être mis en évidence. La construction de l’édifice peut être située dans la première moitié du XIVe siècle. Le chantier a débuté par un aplanissement et un aménagement systématique du socle rocheux. Les fondations des courtines, constituées de plusieurs ressauts appareillés, reposent sur de larges banquettes taillées dans le rocher. L’arasement du substrat a toutefois conservé la trace d’une série de silos comblés dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Un reste de couche d’occupation de la même période, piégé dans une encoche réalisée dans le substrat rocheux, avait aussi été perçu dans la tranchée de fondation de la courtine ouest.

La partie centrale du bâtiment ainsi que son quart sud-est intérieur n’ont fait l’objet d’aucune observation à ce jour en raison de la présence d’un château d’eau encore en activité.

En 2007, la municipalité a relancé le programme de consolidation et de mise en valeur du site. La priorité a été donnée à l’assainissement du pied de la courtine ouest, miné par les infiltrations d’eau. L’évacuation du remblai, recouvrant l’espace entre la courtine et le mur repéré en 1994, a été réalisée mécaniquement, sous surveillance archéologique. Au nord de la zone de fouille, l’espace a été limité par l’apparition d’un mur de refend perpendiculaire à la courtine. La constitution du remblai de démolition est apparue similaire à celle des niveaux observés lors des campagnes précédentes. Toutefois, en raison de la topographie du site, son épaisseur était beaucoup plus importante, le socle rocheux étant situé nettement plus bas dans cette partie du château. L’importante quantité de pierres de taille, ainsi que la profondeur des terrassements, ont empêché de dégager totalement la salle dont les murs intérieurs n’ont pu être reconnus que sur leur partie supérieure. Le mur de façade oriental présente plusieurs traces d’ouverture, porte et fenêtres, et semble dans un bon état de conservation. Le remblai de démolition a livré une importante quantité de pierres de taille de forme variées et relativement complexes portant des traces de scellement de pattes métalliques. Une de ces pattes, en forme de « F », a été retrouvée. Ces éléments pourraient être en relation avec un dispositif architectural complexe, en encorbellement dont la forme et la fonction restent à préciser. Sous la démolition, dans le secteur dégagé le long de la courtine, aucun niveau d’occupation significatif n’a pu être observé. La tranchée de fondation de la courtine a été atteinte et fouillée, présentant les mêmes caractéristiques que celles observées en 1994-1997. Taillée dans le socle rocheux, là aussi aplani lors de la construction du château, elle recoupe au moins un silo.

Cette intervention a donc permis de préciser le plan du château et de vérifier la cohérence de son comblement. La présence de silos dans cette partie du site montre la densité de l’occupation du promontoire antérieurement à l’édification de la forteresse. Comme lors des campagnes précédentes, une importante quantité de blocs de parement a pu être recueillie. Ils seront utilisés lors des travaux de consolidation à venir.

David MASO
Sarl ACTER

Quillan
Vue générale du château

Notes

[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon

  
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0