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Les Corbières Maritimes

DIACHRONIQUE [1]

L’année 2008 débuta par un évènement fort regrettable pour l’archéologie des Corbières littorales : en effet, le dolmen à couloir des 3 Jasses, découvert début 2006 à proximité de l’étang de La Palme (Bilan scientifique régional 2006), et signalé comme étant menacé de destruction à court terme, fut en effet arasé lors de travaux à la pelle mécanique. Ce monument mégalithique, unique dans le canton de Sigean, apparaissait non vidé au moment de sa découverte et en bon état de conservation car bien protégé par les vestiges d’un tertre. Le dolmen possédait une cella d’environ 3,20 m de longueur et une ante-cella de 2,20 m pour une largeur d’environ 1,20 m. Actuellement la partie inférieure de son remplissage est à ciel ouvert et on peut y voir des fragments de dents humaines. Il serait souhaitable qu’une opération de sauvetage puisse être organisée.

La deuxième campagne de prospections pédestres menée cette année dans la vallée du Rieu sur les marges ouest du massif de Garrigue-Haute (communes de La Palme, Port-La-Nouvelle, Roquefort-des- Corbières et Sigean) avait pour but d’effectuer un inventaire des abris et cavités karstiques dans une zone où la carte archéologique ne recensait aucun site préhistorique. Elle fut ciblée sur des zones présentant des particularités topographiques ou pouvant servir de points de repère (falaises, promontoires, karst…). Elle a permis de confirmer quelques observations effectuées par le passé, et d’inventorier de nouveaux gisements préhistoriques. Les recherches, conduites de façon localisées et non systématiques, ne représentent qu’un aperçu des potentialités archéologiques de la vallée du Rieu.

Les falaises dominant la vallée présentent un développement cumulé d’environ 6 km depuis le village de Roquefort-des-Corbières à l’ouest jusqu’à l’étang de Sigean à l’est. Une longueur de 2 km n’a pu être prospectée par manque de temps ; elle fera l’objet d’une future opération. La densité de la végétation rend de la base des falaises souvent impossible, nécessitant la pratique de l’escalade libre, et quelquefois l’emploi de cordes et de matériel d’assurance.

Un premier constat est l’utilisation systématique des grottes, des abris-sous-roche, des cavités quelle que soit leur taille. On observe ainsi une grotte-bergerie, des abris temporaires, des sépultures et probablement des lieux de dépôt ou de stockage temporaires, ou de collecte d’eau de ruissellement. L’occupation humaine se traduit par la présence de matériel soit céramique, lithique ou osseux, et dans la plupart des cas, de débris de petites coquilles marines.

Nos recherches ont permis d’inventorier les types de sites suivants : pour le Paléolithique supérieur, deux ateliers de taille de silex, deux occupations en grotte et une troisième probable, un gisement de plein air. On relève aussi des indices plus anciens : de rares fragments de silex sur un des ateliers de taille et un fragment isolé de galet de quartzite présentent des surfaces éolisées. Dans une grotte située à proximité d’un atelier de taille se trouvent deux petits panneaux couverts de gravures dont l’un au moins parait être ancien. On observe en outre, sur une paroi, un dessin effectué probablement à l’argile mais d’origine indéterminée. Il serait intéressant que des spécialistes puissent analyser ces tracés qui, jusqu’à présent, ne peuvent être associés à un quelconque contexte chrono-culturel.

Pour le Néolithique : un gisement de plein air (Néolithique moyen ?) situé à la base d’une cavité probablement sépulcrale autour de laquelle furent collectés des éléments d’une parure constituée de coquilles marines, une zone présentant une dizaine de petites cavités dont une est sépulcrale (restes d’un enfant et d’un jeune adulte) et les autres hypothétiques, deux abris-sous-roche dont un présentant une occupation ancienne (Age du Bronze ?), quelques petites cavités isolées probablement sépulcrales, un éperon rocheux sur lequel on supposera la présence d’un ou plusieurs dolmens et éventuellement d’un habitat de type « éperon barré », un fragment de percuteur sur galet de quartzite présentant trois faces de travail collecté dans une carrière d’extraction de dalles de calcaire. Enfin, des fragments isolés de parois de four en argile ont été observés en dehors de tout contexte. La densité des indices relevés dans les falaises de la vallée du Rieu suggère la présence de nombreux gisements et notamment d’habitats au fond de la vallée, à proximité du cours d’eau, sur des sols plus riches et de faible pendage. La présence d’éboulis, d’une importante accumulation de colluvions de bas de pente, et de terrains en friche envahis par une végétation arbustive dense sont cependant autant d’obstacles à leur découverte.

Pascal ROUQUETTE

Notes

[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon

  
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