Montolieu - Valsiguier

Moyen Age [1]

La fouille du site de Valsiguier a été motivée par
un projet de construction mené par la mairie de
Montolieu. Après un diagnostic réalisé par l’Inrap,
l’opération de fouille a été menée par l’Amicale Laïque
de Carcassonne, en plusieurs phases. La première
s’est déroulée de novembre 2007 à janvier 2008. La
fouille extensive sur trois secteurs (300 m² environ) a
permis d’étudier un gisement où des éléments bâtis
médiévaux apparaissaient nettement.

Le terrain a livré des vestiges de la fin du XIIIe siècle
et du premier quart du XIVe siècle, qui viennent
enrichir la connaissance de la topographie des lieux
à l’époque médiévale. L’intérêt du site réside surtout
dans la densité des vestiges : fondations massives
en gneiss et murs en schiste, fosses, drains, niveaux
d’occupation et remblais. Cet ensemble comprend
des éléments appartenant à des bâtiments de service,
entrepôts ou ateliers, séparés par de vastes espaces
découverts, parfois empierrés. Dans la plupart des cas,
plusieurs phases d’occupation ont été observées, sur
une durée d’environ deux siècles (mi XIIe-début XIVe
siècles), la dernière semblant très courte : un demi-siècle
environ.
D’autre part, une couche de terre rubéfiée affecte un
bâtiment, dénonçant une combustion, dont l’origine
semble artisanale (rejets de fours de tuiliers ?), car
elle est très localisée et n’affecte que 5% des zones
fouillées…

Le mobilier est lui aussi très abondant : près de 10 000
objets ont été prélevés, tous antérieurs au milieu du XIVe
siècle. Les céramiques reconstituées, les monnaies et
les méreaux, les nombreux objets en métal ou en verre
permettent de déterminer une datation absolue pour la
dernière occupation et de mieux connaître le caractère
urbain et commercial de Montolieu à cette époque.
Cette organisation du bâti urbain, associée à des
éléments mobiliers remarquables (outillage agricole et
artisanal, graines carbonisées, céramiques, éléments
de verrerie et de tabletterie…) permet d’émettre
des hypothèses quant à la fonction commerciale et
artisanale de ce site du bas Moyen Âge (entrepôts, fours,
échoppes, mazel ?). Enfin, les études carpologique et
archéozoologique permettent d’affiner les données
déjà recueillies.

L’étude carpologique, notamment, réalisée par Ch.
Hallavant, donne un aperçu des ressources végétales
produites et consommées ainsi que des milieux
exploités/fréquentés par la communauté villageoise
au début du XIVe siècle. Fondée sur l’analyse de plus
de 11000 vestiges carbonisés, une palette végétale
diversifiée (24 plantes différentes déterminées) a
été observée. L’économie végétale apparaît centrée
sur une céréaliculture diversifiée au sein de laquelle
se distingue le blé. Cette étude atteste également
la pratique d’une viticulture locale dès le 14e siècle.
L’origine des noix découvertes est plus délicate :
culture, entretien, cueillette locale, importation/achat…

La flore sauvage enregistrée renvoie majoritairement à
des mauvaises herbes présentes dans les champs de
céréales ou dans les cultures intensives telles que les
jardins ; quelques rares plantes caractéristiques des
prairies/pâturages suggèrent l’existence de parcelles
utilisées comme lieu de pacage ou de fauche pour le
bétail domestique.

Ainsi, si le spectre végétal enregistré à Montolieu
présente de nombreuses similitudes par rapport à
ceux dégagés dans la région au bas Moyen Age, il en
diffère par certains points. L’absence du millet, céréale
pourtant courante dans la région à cette époque,
est par exemple surprenante. Ce spectre informe
également sur les façons culturales employées par
les cultivateurs médiévaux de Montolieu, grâce en
particulier à la flore sauvage qui témoigne de périodes
de semis distinctes et une mise en valeur de sols de
natures différentes.

Cette fouille a donc permis d’apporter non seulement
des éléments chronologiques quant aux déplacements
successifs de l’habitat à Montolieu au Moyen Age,
mais aussi une contribution à la connaissance des
pratiques agricoles de la Montagne Noire au bas
Moyen-Age. Elle a fourni également une grande
quantité de mobilier daté de la fi n du XIIIe et du début
du XIVe siècle, encore trop peu documenté dans cette
partie du département, notamment la céramique, très
bien conservée.

Marie-Elise GARDEL
Amicale laïque de Carcassonne

Montolieu, Valsiguier Marque page en cuivre

[1Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon