Molandier - Bénazet
Haut Moyen Age [1]
Le gisement archéologique de Bénazet correspond
à une nécropole à inhumation située en bordure de
la rivière Hers, affl uent de l’Ariège, à la limite des
communes de Molandier (Aude) et de Mazères
(Ariège). Reconnu par une fouille ponctuelle en 1971-
1972, le site a fait l’objet d’une campagne d’évaluation
en 2001, puis d’une fouille extensive entre 2003 et
2007, le rapport 2008 clôturant l’opération triennale en
préfi guration de son étude exhaustive. Les opérations
de terrain ont permis de reconnaître l’intégralité des
tombes conservées : au total 363 tombes ont donc été
étudiées. Au vu des destructions dues à une carrière et
aux labours, le gisement devait à l’origine comporter
environ 400 sépultures.
Le site a livré quelques vestiges résiduels d’occupation
protohistorique, dont une inhumation de l’âge du
Bronze ancien, des traces d’incinérations et quelques
fosses avec mobilier de l’âge du Fer. Par contre aucun
élément d’époque gallo-romaine n’a été reconnu.
L’analyse spatiale des tombes ainsi qu’une série de
datations radiocarbones ont mis en évidence deux
nécropoles successives attribuables à des périodes
bien distinctes des royaumes barbares. La première
nécropole (environ 65 sépultures conservées), dans
la partie nord-ouest du site, était composée de
tombes en cercueil monoxyles (tronc d’arbres avec
un espace intérieur étroit occasionnant un effet
de gouttière prononcé). À de rares exceptions, qui
attestent néanmoins leur caractère germanique,
les corps n’étaient pas accompagnés d’éléments
vestimentaires. Dans cette série de tombes, plusieurs
individus présentent une déformation intentionnelle du
crâne. Une trépanation y a également été reconnue.
Les analyses 14C situent cette phase d’inhumation au
Ve siècle, et, de façon majoritaire semble-t-il, dans la
première moitié du siècle. Sur le plan culturel, cette
nécropole est attribuable à un groupe de germains
orientaux. Sa chronologie permet de le relier au
contexte du peuplement wisigothique de la cité
de Toulouse, consécutif à l’installation de troupes
fédérées à l’Empire à partir de 418 (voire dès 412).
Sa présence à Bénazet s’explique probablement par
la proximité immédiate des cités de Carcassonne et
de Narbonne qui ne seront annexées au royaume
wisigothique de Toulouse qu’à partir des années
460-470. Ce dernier fait pourrait en outre expliquer
l’interruption de cette phase funéraire, et l’absence de
mobilier caractéristique de la fi n du Ve ou du début du
VIe siècle.
Dans un deuxième temps, une autre nécropole,
organisée en rangées, s’est développée vers le sud. Une
aire rectangulaire dépourvue de tombes, qui semble
faire la jonction entre les deux nécropoles, pourrait
signaler l’existence d’un édifi ce disparu. L’ensemble
des données chronologiques indique qu’il y a solution
de continuité entre les deux phases funéraires.
L’extension de la seconde nécropole amènera
un recouvrement partiel de la précédente, ce qui
occasionnera plusieurs recoupements de fosses. Une
majorité de corps de la deuxième phase funéraire ont
été enterrés habillés dans des coffres de bois aménagés
à même la fosse. La totalité du mobilier reconnu est
attribuable à la phase caractéristique de la domination
franque du Toulousain. Outre des caractères évoquant
l’aspect militaire des équipements masculins, on peut
noter la présence de mobilier d’origine ou d’infl uence
septentrionale, mais aussi de la Burgondie franque
(8 plaques de type D), et enfi n caractéristiques des
productions de l’Aquitaine mérovingienne (plaques
émaillées ou étamées). Deux dépôts d’émissions
monétaires mérovingiennes des années 530 et 600
constituent de précieux jalons chronologiques. Les
analyses 14C confi rment les datations pressenties à
partir de l’abondant mobilier découvert (deuxième tiers
du VIe – début du VIIIe s.). Ces analyses permettent en
outre de proposer des datations pour les productions
régionales, rarement étudiées en contexte jusqu’à
présent. Nous considérons que l’établissement
d’époque mérovingienne s’inscrit quant à lui dans
le contexte de la proximité de la frontière avec la
Septimanie wisigothique.
Enfi n ces mêmes analyses caractérisent nettement une
extension tardive de la nécropole vers le sud et l’est,
à la fi n du VIIe ou au début du VIIIe siècle (la seconde
moitié du VIIe siècle semble peu représentée). On
note pour cette dernière phase la pratique de tombes
doubles et la présence d’une structure sur poteaux de
bois dans l’angle sud-est, qui paraît abriter ou enclore
deux sépultures. Cette série a livré plusieurs plaquesboucles
en fer, fi nes et à contour crénelé, d’un type
original. La seule occurrence de ce type a été reconnue
en Espagne sur un site militaire wisigothique tardif.
Ce parallèle pose le problème du peuplement lié à la
phase terminale du site de Bénazet.
L’étude de ce gisement passionnant quant à l’approche
des peuplements d’époque barbare en limite du
Toulousain et du bas Languedoc se poursuit et elle
devrait donner lieu à une publication de synthèse dans
un avenir proche. Par ailleurs, les collectivités locales qui
ont soutenu cette recherche ont, de façon simultanée,
initié un projet muséographique qui devrait être fi nalisé
en 2010 sur la commune de Mazères (Ariège). À partir
de la fouille du site de Bénazet, la thématique portera
sur la période des royaumes barbares dans le Midi de
la Gaule.
Jean-Paul CAZES
C.C.S. Patrimoine, UMR 5608 TRACES
[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon
L'Herbiel de Gabriel


