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Carcassonne : toutes opérations

Toutes les notices sont extraites du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

Lo Badarel 1
Lo Badarel 2
Lanolier 2
10, rue du Pont Vieux
Christol 1
Christol 3
Place Carnot
Montée Porte d’Aude
La Cité, Place Marcou

CARCASSONNE - Lo Badarel 1, Montredon

AGE DU FER - ANTIQUITÉ

La fouille qui s’est déroulée sur la colline de Montredon, quartier rural de Carcassonne, a permis de compléter l’histoire de ce secteur, par ailleurs déjà alimenté par de nombreuses opérations.

Un bâtiment à poteau des IVe-IIIe siècles avant notre ère
La première occupation sur le site de Lo Badarel 1 est matérialisée par un groupe de calages de poteau dessinant un bâtiment rectangulaire inscrit dans un rectangle de 4,00 m de long sur 3,30 m de large. Sur trois côtés, les poteaux porteurs sont au nombre de trois, ménageant des portées allant de 1,60 m pour le côté nord à 2,10 m pour la façade orientale. Seul le pignon méridional diffère avec l’absence de poteau médian et un poteau cornier en retrait. D’ailleurs, nous proposerons de placer dans cet intervalle l’entrée du bâtiment. La conservation de la base d’un poteau brûlé a rendu possible une datation par radiocarbone. La date calibrée donne 2215 ± 35 BP, mais nous retiendrons plutôt la fourchette de la plus haute probabilité entre 390 et 190 BC. Ce bâtiment sur poteau a donc été construit entre le IVe et le tout début du IIe siècle avant notre ère. Cette période est généralement présentée comme celle d’une déprise agricole liée à une chute démographique de l’ensemble de la Gaule méditerranéenne. Si ce modèle souffre de nombreux cas particuliers dans des terroirs maintenant bien étudiés, il est patent que le Carcassès n’a pas livré de sites de cette période. Or, cette lacune ne peut plus être mise sur le compte d’une absence de recherches, tant le développement de l’archéologie préventive a permis de nombreuses interventions dans la campagne carcassonnaise. Il faut donc bien envisager ce manque de sites comme le refl et d’un recul de l’occupation du territoire, sans doute au profi t de l’oppidum de la Cité et de ses proches abords. Le bâtiment à poteaux de Lo Badarel traduit un aménagement agricole simple. En revanche, son isolement semble exclure la fonction habitat. L’absence autour de structures de stockage, que ce soit silo ou grenier, de captage d’eau, d’autres aménagements agro-pastoraux — enclos, mare — ne permet pas de qualifi er le site d’établissement rural. De plus, les diagnostics mitoyens (la seconde tranche de Lo Badarel et celui dirigé par H. Petitot en 2003) n’ont pas mis en évidence d’autres vestiges de cette période. Il faut donc chercher éventuellement l’habitat principal soit au nord, soit à l’est, à moins de considérer que le site du Pôle Santé (distant de plus d’un kilomètre à vol d’oiseau) constitue le véritable centre de l’occupation de Montredon.

L’établissement rural de la colline de Montredon du Ier siècle avant notre ère au Ier siècle de notre ère
L’entrée de Carcassonne dans la sphère romaine à la fi n du IIe siècle avant notre ère se traduit à Montredon par la création d’un premier établissement rural sur la colline vers le milieu du Ier siècle avant notre ère. La fouille de Lo Badarel 1 n’aura permis d’apercevoir qu’une limite de cet établissement sous la forme du mur MR1005. Et encore, cette construction est tellement atypique que nous ne pouvons pas la qualifi er clairement. Le mur se divise en deux tronçons d’orientation différente : un premier de 19,15 m d’axe nord-sud et un second de 19,70 m à N6°O. Au total, il a été dégagé sur 38,85 m de long, en sachant qu’au nord il se poursuit audelà de la limite de décapage. Sa facture est identique d’un bout à l’autre et se compose d’un radier de fondation en hérisson surmonté d’une assise régulière avec des blocs et des moellons en double parement avec blocage de cailloux et de moellons et quelques fragments de terre cuite et d’amphores, le tout étant lié à la terre. Dans le tronçon nord-sud, une longueur de 1,35 m doit matérialiser l’emplacement d’une ouverture dans le mur et sera considérée comme un seuil. L’arrêt du mur au sud marque bien son extrémité et n’est pas dû à une récupération postérieure des matériaux. En effet, bien que la tranchée de fondation soit très étroite, elle est visible et « ferme » le mur. Il faut donc exclure l’idée d’un retour potentiel qui aurait totalement disparu. Le mur, dont la largeur varie de 0,60 m à 0,75 m, ne possède aucun contrefort. Sur une telle longueur, il ne peut donc soutenir une charge conséquente. La fonction de mur de terrasse paraîtrait plausible, sauf qu’il n’est pas perpendiculaire à la pente, mais parallèle.

Avant d’aller plus loin dans l’interprétation, il nous faut considérer les vestiges mis au jour dans la seconde tranche de diagnostic. Force est de constater que d’autres murs de même gabarit ont été découverts, en particulier un mur nord-sud, observé sur 26 m de long dont le développement a été estimé à 70 m. Nous nous garderons de mettre en doute ces liaisons et ces longueurs, qui peuvent paraître aberrantes, mais qui, à la lumière de la fouille, s’avèrent plausibles. À charge pour la fouille de Lo Badarel 2 d’apporter de nouveaux éclairages sur ce point. Quoi qu’il en soit, l’établissement rural de la colline de Montredon doit comporter une partie résidentielle de belle tenue, car des briques en quart-de-rond sont réemployées dans le mur. Par leurs dimensions (22 cm de long), elles proviennent de colonnes formant vraisemblablement un portique. L’utilisation de cette technique et d’une architecture romaine classique laissent supposer que les propriétaires d’un tel domaine sont sans doute à cette époque des colons romains plutôt que des indigènes acculturés. Ils tirent leurs revenus de deux sources au moins : la vigne qui a été exploitée sur la colline, comme l’attestent les fosses de plantation du diagnostic, et les grands murs d’axe nord-sud sont peut-être à mettre en relation avec de l’élevage. L’établissement décline rapidement puisqu’il disparaît dès la fi n du Ier siècle de notre ère. Que ce soit sur cette fouille ou plus sûrement sur le diagnostic de la seconde tranche, aucun élément postérieur n’a été découvert. Ce domaine s’est-il retrouvé en concurrence avec celui de Saint-Martin ? Ses sources de revenus sont-elles devenues insuffi santes ? Deux siècles plus tard, une batterie de fours est implantée sur la colline, mais leur emprise ne concerne que Lo Badarel 2 et pas la partie que nous avons fouillée qui, pendant près de deux mille ans, est demeurée au mieux une terre agricole.

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

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CARCASSONNE Lo Badarel 2

NÉOLITHIQUE - AGE DU BRONZE
ANTIQUITÉ

La réalisation d’un lotissement au lieu-dit ‘Lo Badarel 2 ’ à Carcassonne Montredon sur une superfi cie de 7,4 ha a donné lieu à deux diagnostics. La première tranche en août 2007 avait permis la mise au jour d’un bâti antique axé nord-sud amenant le Service régional de l’Archéologie à prescrire une fouille. La seconde tranche réalisée en janvier 2008 a confi rmé la présence d’une occupation humaine du Néolithique fi nal, de l’Antiquité et du Moyen Âge. La présence d’une communauté paysanne à la fi n du Néolithique ayant fréquenté les lieux était chose acquise avant le démarrage de nos investigations. Une large fosse partiellement fouillée en limite de notre parcelle avait livré un abondant mobilier céramique rattaché à la culture Vérazienne. Cette découverte, ainsi que la présence d’une pierre dressée interprétée par Jean Vaquer comme un mégalithe laissaient espérer d’autres découvertes de cette période. Nos investigations ont en effet mis en évidence la présence massive de céramique non tournée à gros dégraissant de couleur noire répartie dans la zone centrale et sud du diagnostic, ainsi qu’une série de structures à pierres chauffantes en fosse. Il est diffi cile de dire, en regard de la quantité du mobilier céramique et de la présence des structures à pierres chauffantes, si nous sommes en présence d’un établissement à vocation domestique. Les structures ne sont pas particulièrement diversifi ées, en effet hormis les pierres chauffées en fosses nous n’avons repérés ni foyers, ni calages de poteau, ni traces de murs en terre crue qui auraient pu témoigner de la présence de maisons. Le mobilier ne l’est pas plus, ce qui limite l’interprétation des activités in situ (absence d’outils en silex, de meules, de faune, corpus habituel des établissements à caractère domestique). Les fragments de céramiques de type Vérazien sont piégés à l’intérieur d’une couche de limon brun, sans que l’on puisse y voir un niveau de sol à proprement dit. Une série de fosses (des fonds de silos ?) témoignent de la fréquentation des lieux à la fi n de l’Âge du Bronze. Des vestiges antiques appartenant à un grand domaine agricole ont été repérés sur au moins 8000 m2. Situés sous un niveau de démolition lié à la destruction du bâti, deux corps de bâtiment ont été dégagés dans le secteur est de la parcelle. Un premier bâtiment présente des murs axés nord-sud sur une grande distance (jusqu’à 70 m. pour le plus long). Le mur de limite méridional n’a pas été retrouvé, au nord la limite du bâtiment échappe à l’emprise de nos travaux. C’est à environ une trentaine de mètres plus à l’ouest du premier bâtiment, que nous avons localisé une seconde série de maçonneries qui met en évidence l’existence d’un second bâtiment dont le plan d’ensemble nous échappe. Les observations que nous avons faites lors de cette campagne sont de plusieurs natures.
- Les deux bâtiments s’adaptent à la pente naturelle du terrain, il ne semble pas y avoir d’aménagement de type terrasse.- Les bâtisseurs ont particulièrement privilégié la pierre de grès locale. Celle-ci est largement dominante dans les fondations des murs dégagés, toujours liés avec du mortier de chaux. Ce matériau a sans doute aussi été utilisé pour édifi er les élévations comme le laisse supposer sa présence importante dans les remblais de démolition. La terre crue n’est toutefois pas absente comme on a pu le constater avec la petite cloison en briques crues du bâtiment à l’ouest.
- L’abondance des imbreces et tegulae témoignent de couverture en tuiles.
- La mauvaise conservation voir l’absence de sols d’occupation ne permet pas de connaître la destination des différents espaces, aucun indice ne permettant de faire la part entre lieu d’habitation et pièces réservées aux activités agricoles.
- La viticulture fait partie avec certitude des activités de cette exploitation, comme le laisse entrevoir les traces de plantation fossilisées dans les limons.
- Le réseau fossoyé suppose à la fois des divisions parcellaires complexes, et témoigne des efforts mis en oeuvre pour drainer les eaux de pluie. Chose rare dans ce type de grand domaine rural, nous avons découvert un petit bâtiment en marge des deux unités décrites ci-dessus, qui pourrait être un sanctuaire privé. Ces lieux de cultes en milieux ruraux sont plus ou moins bien connus, ce sont le plus souvent des petits fana de plan carré. Toutefois notre construction, par son plan rectangulaire échappe à la typologie habituelle des fana. Notre hypothèse se fonde sur différents aspects. Tout d’abord le côté isolé du bâtiment, sa mise en oeuvre architecturale à base d’énormes blocs taillés, et enfi n la présence d’un espace semi enterré, moult éléments atypiques en regard du reste des constructions. A titre d’hypothèse, on peut aussi envisager comme autre piste de réfl exion, celle d’un mausolée isolé appartenant aux propriétaires de la villa. La fourchette chronologique montre une mise en place à partir du Ier s. av. J.-C. et un abandon vers la fi n du IIe s. ap. J.-C. Cette chronologie met en évidence une occupation qui dure tout au plus 200 ans. Les lieux semblent défi nitivement désertés au début du IIe siècle, nous n’avons pas en effet repéré de réoccupation in situ, ni ponctuelle, ni durable. Au IVe et Ve s. ap. J.-C. l’activité artisanale mise en évidence par la présence des fours au sudouest des bâtiments n’a pas laissé de traces dans l’emprise de ces derniers.

Tanguy WIBAUT, Eric YEBDRI
INRAP Méditerranée

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CARCASSONNE Lanolier 2

ANTIQUITE

Les résultats obtenus sur ce diagnostic relativement conséquent du point de vue de la superfi cie sont décevants. En effet, peu de structures ont été mises au jour et, parmi elles, trop peu ont donné d’éléments d’ordre chronologique. En effet, les principales structures, découvertes dans la tranchée 80, n’ont pu être datées. Du mobilier épars dans les tranchées creusées dans la zone alluviale a été régulièrement exhumés indiquant la fréquentation des rives du Régal au cours de l’Antiquité.

Fabien CONVERTINI
INRAP Méditerranée

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CARCASSONNE 10, rue du Pont Vieux

Moyen Age - Epoque Moderne

Le diagnostic archéologique qui s’est déroulé en octobre 2008 a concerné une parcelle située au 10, rue du Pont Vieux. Il fait suite à une première intervention réalisée en 1997 sous la direction d’Hervé Pomarèdes, qui avait mis au jour, sur trois parcelles parmi lesquelles celle étudiée cette année, des vestiges associés à l’aménagement du bourg neuf de Carcassonne, dès la fi n du XIIIe siècle. Les auteurs du rapport avaient également dégagés des niveaux qui témoignaient d’un incendie potentiellement attribuable à celui de 1355 qui a détruit le bourg primitif. Un second bourg succède au premier, sur une emprise plus limitée, décalée au nord de la zone étudiée en 2008. En 1997, un sondage de 4 m2 ouvert dans la portion sud de la parcelle, objet de notre étude, avait mis au jour une cave d’époque moderne. Les 250 m2 de terrain qui font l’objet d’un projet de construction, ont été testés au moyen de trois sondages implantés au nord, au centre et au sudouest de la parcelle. Le sondage ouvert au nord a permis de relever la stratigraphie (4 m de longueur sur 2,60 m de hauteur maximale) la plus importante jamais observée au sein de l’agglomération carcassonnaise. Les niveaux d’occupation les plus profonds reposent sur des dépôts alluvionnaires liés à la dynamique de l’Aude. Ils attestent d’une occupation dense caractérisée par une superposition de sols, couches de construction et couches d’abandon. Le sondage central a mis au jour de nombreuses maçonneries dont certaines jouxtent des couches chargées en charbons de bois et nodules de terre rubéfi ée. Le sondage percé au sud-ouest documente, avec deux fonds de fosse, l’occupation primitive de ce secteur de Carcassonne. Le mobilier céramique présent au sein des différents remblais illustrent deux grandes phases d’occupation : les XIIIe-XIVe siècles et le XVIe siècle. Le rapport contient une synthèse historique sur la chevauchée du Prince Noir qui a eu pour conséquence à Carcassonne, l’incendie du bourg neuf en 1355. Cette « fresque » est signée par Sylvain Vondra (INRAP).

Agnès BERGERET
INRAP Méditerranée

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CARCASSONNE Christol I

AGE DU BRONZE FINAL
AGE DU FER - EPOQUES MODERNE

Le site de Christol I se situe au nord-est de la ville, dans le quartier de Montredon, en bordure de la dépression de la Madeleine. Un programme archéologique a été réalisé dans le cadre du projet de déplacement à cet endroit de l’hôpital de Carcassonne. Une opération de diagnostic a été menée par une équipe de l’INRAP (Guillaume, Durand 2005) qui a mis au jour un ensemble funéraire du Bronze fi nal IIIb et un habitat de l’Age du Fer. Ces deux secteurs, distants de moins de 500 m, ont fait l’objet chacun d’une prescription archéologique (Christol I et Christol III).

Les vestiges découverts sur le site de Christol I se caractérisent principalement par une occupation funéraire datée du Bronze fi nal IIIb. Sept tombes à crémation se regroupent en deux noyaux funéraires, formés chacun autour d’une tombe plus imposante. Celles-ci sont dotées d’un dispositif de signalisation circulaire constitué de dalles disposées de chant, destinées probablement au soutènement d’un petit tertre ou bien à la délimitation d’un enclos. Le premier noyau se compose d’une sépulture à crémation présentant une structure d’entourage de 3,60 m de long, associée à une tombe périphérique et à deux dépôts para-funéraires composés d’épandages de céramique. Le second noyau est constitué de quatre sépultures situées autour d’une sépulture de taille plus importante.

Les loculus funéraires sont de forme circulaire ou ovale et de petites dimensions n’excédant généralement pas 0,60 m de diamètre. Ils sont parfois fermés par des dalles de couverture ou signalés en surface par un amas des petites pierres.

Les restes osseux peuvent être déposés dans un ossuaire ou bien directement dans la fosse. Leur quantité est généralement peu élevée (72 g en moyenne), certains dépôts intacts atteignant parfois 5 g seulement, induisant par conséquent un dépôt partiel des restes du défunt dans la tombe. Les sépultures semblent individuelles à l’exception d’une seule qui pourrait associer un adulte et un immature, à moins qu’il ne s’agissent d’un Infans II ou d’un Juvenis.

Parmi le mobilier, 4 contenants en céramique ont servi de vase-ossuaire. Les vases d’accompagnement n’excèdent pas 3 individus pour 2 des sépultures. Du mobilier métallique n’est présent que dans une seule tombe sous la forme d’une chaînette en bronze. Enfi n concernant les dépôts alimentaires, quelques restes de faune brûlés ont été mis au jour dans un des vases-ossuaires.

Un deuxième ensemble concerne plusieurs structures datées de l’Age du Fer, situées en périphérie des sépultures du Bronze fi nal IIIb. Un premier groupe est constitué de cinq fosses plus ou moins dispersées et de taille variables, dont l’interprétation pose des diffi cultés. Deux d’entre elles, de par leur taille imposante et leur remplissage, semblent être rattachées à une aire d’ensilage qui avait été mise au jour au cours de deux opérations de diagnostics en 2004 et 2005 (Guillaume et al. 2004 ; Guillaume, Durand 2005). Ces deux fosses, situées au nord de la zone de fouille sont datées de la fi n du premier Age du Fer. Cependant, la présence de quelques fragments osseux brûlés, très fragmentés et épars dans le remplissage de l’une d’entre elle, n’exclut pas une possible vocation funéraire.

Le second groupe est une structure bâtie à double parement de dalles plantées de chant qui pourrait s’apparenter à un monument funéraire ou parasépulcral. Malheureusement, cette structure est fortement remaniée par l’intersection de deux fossés en son centre qui ne permettent pas d’aller plus loin dans l’interprétation. Seuls quelques tessons de céramique appartenant au même horizon chronologique que les fosses silos apportent des éléments de datation. Des niveaux d’épandage de mobilier relevant également de la fi n du premier Age du Fer se localisent au sud du secteur concerné par l’emprise de la fouille.

Enfi n, deux fossés de drainage sans doute modernes forment le troisième ensemble de vestiges.

Louise LOE et Juliette MICHEL
Oxford Archéologie Méditerranée

Carcassonne, Christol 1
Plan général des vestiges mis au jour sur le site de Christol 1

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CARCASSONNE Christol III

AGE DU FER

Le site de Christol III se localise au nord-est de Carcassonne, sur la rive droite de l’Aude qui coule à moins de 1 km à l’ouest du gisement, en bordure de l’ancienne zone humide de La Madeleine. Dans le cadre du projet de déplacement de l’hôpital de Carcassonne dans le quartier de Montredon, une opération de diagnostic a tout d’abord été réalisée par l’Inrap, sous la direction de M. Guillaume (Guillaume, Durand 2005). Ce site a ensuite été l’objet d’une prescription de fouille, réalisée par Oxford Archéologie Méditerranée. Les vestiges, répartis sur une surface de 7376 m2, se rapportent pour l’essentiel à une occupation de la fi n du premier Age du Fer. Ils concernent d’une part un habitat s’organisant autour d’un bâtiment central à abside et, d’autre part, un ensemble de structures en creux situées plus au sud. L’ensemble bâti a souffert du creusement d’une série de fossés diversement orientés. Il est par ailleurs très arasé. Le mobilier (céramique et métallique : étude V. Ropiot) est cohérent et homogène. Il permet d’attribuer cette occupation au premier quart du Ve s. av. n. è. On notera toutefois que deux couches localisées dans la partie nord de la zone de fouille ont livré du mobilier appartenant à la fois au Ve s. et au IIe s. av. n. è. La disposition et la composition hétérogène de ces ensembles montrent qu’ils ne sont pas en place. Ils indiquent néanmoins

que le site a connu une phase d’occupation à la fi n du second Age du Fer, mais aucun niveau en place correspondant à cette période n’a été individualisé dans ce secteur. Seul un mur isolé, localisé à l’extrémité sud de la fouille pourrait être rattaché à cette phase. Le bâtiment à abside se compose, dans la partie septentrionale, d’une grande salle rectangulaire dont les murs sont bâtis sur solins de pierre, conservés sur deux assises. Au sud, cette salle se prolonge par une abside dont la cloison est matérialisée par six trous de poteaux. La superfi cie du bâtiment atteint 40 m2. Son entrée est précédée d’un passage fermé ou d’une cour. Aucun aménagement interne particulier (sols, banquette éventuelle) n’est conservé, à l’exception d’une grande fosse, évoquant un silo, creusée au centre, contre le mur est. Un petit appentis de plan quadrangulaire semble s’adosser au mur nord du bâtiment à abside, tandis qu’un vaste espace se développe à l’est. D’une superfi cie d’environ 81 m2, il se subdivise en trois aires, une resserre, un atelier de métallurgie et une cour, disposées en enfi lade, avec en commun le mur de façade nord. A l’extrémité orientale de la cour, se trouve un possible grenier aérien sur poteaux plantés.

L’espace concerné par l’activité métallurgique se caractérise par la présence de trois foyers ayant livré de fortes concentrations de battitures, micro-déchets liés au martelage à chaud d’objets en fer. Les analyses métallographiques des déchets révèlent clairement la pratique d’activités artisanales sur place (étude de M. Berranger). Il est apparu que cette activité dépasse le cadre d’une fabrication d’objets à l’échelle domestique, puisqu’on a vraisemblablement affaire à une production standardisée de pièces assez volumineuses, mettant à contribution le travail d’un artisan spécialisé. La pratique d’activités agricoles est par ailleurs confi rmée par la présence de structures de stockage, de paléo-semences (étude de C. Schaal), et, dans une moindre mesure, par l’outillage en fer (faucille, pic à douille). Le site de Christol III a notamment livré cinq silos piriformes ou tronconiques à fond plat, situés à une distance de 10 à 30 m au sud de l’établissement. Enfi n, toujours au sud de l’ensemble bâti, un puits a été creusé dans le substrat et en partie jusqu’à un soubassement rocheux, à une profondeur d’au moins 1,78 m. La nappe phréatique a été atteinte à ce niveau, si bien que la remontée d’eau n’a pas permis de déterminer sa profondeur réelle. L’ensemble de ces éléments, ainsi que la qualité du bâti et du mobilier, confèrent à cet établissement une place à part dans la documentation ouest-languedocienne et roussillonnaise. On est assez loin du modèle de la petite ferme construite en matériaux périssables et dévolue uniquement à un rôle agricole.

Charlie NEWMAN
Oxford Archéologie Méditerranée

Virginie ROPIOT
Oxford Archéologie Méditerranée, associée à l’UMR 5608, TRACES, Université de Toulouse - Le Mirail

Carcassonne, Christol 3
Vue générale du site. Cliché Ch. Newman

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CARCASSONNE Place Carnot

EPOQUES MODERNE ET CONTEMPORAINE

Dans le cadre de la réfection du réseau d’assainissement (eaux usées, égouts) sur l’emprise publique de la place Carnot, bastide Saint-Louis, une fouille archéologique préventive a été prescrite. En effet, par la localisation des travaux, au coeur de la ville basse et leur impact sur le sous-sol, des niveaux archéologiques étaient susceptibles d’être atteints. Six tranchées successives (L totale : 80 m ; l : 1,50 m ; P : 2,50 m), ont été nécessaires pour poser trois regards et un nouveau collecteur, parallèlement à l’ancien réseau (canalisation en grès), situé légèrement plus au sud.

Ces travaux n’ont révélé aucune structure, mobilier ou niveau antérieurs à l’époque contemporaine, hormis une construction voûtée qui s’apparente à un égout ou un collecteur d’eaux pluviales (XVIIIe ou XIXe siècle ?). Or la bastide Saint-Louis est implantée à cet endroit depuis le milieu du XIIIe siècle, fait qui permettait d’envisager a priori la mise au jour d’éléments datables du Moyen Age.

Frédéric LOPPE
Amicale Laïque de Carcassonne

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CARCASSONNE Montée Porte d’Aude

MOYEN AGE

Des sondages ont été organisés en juin 2008 à proximité de la Porte d’Aude, en contrebas de l’enceinte extérieure, sur le front ouest de la Cité de Carcassonne. Un projet de plantation d’une vigne pédagogique est à l’origine de cette opération. Plusieurs phases d’occupation sont attestées au Moyen Age entre la Cité et la rive droite de l’Aude :
- Avant 1240, ce faubourg était appelé Granolhet. A cette date, la rébellion de Raymond Trencavel entraîne la destruction de tous les bourgs entourant la Cité.
- De 1247 à 1262, un habitat s’installe à nouveau sur ces pentes. Il est rasé sur ordre royal, juste avant la création défi nitive du nouveau bourg sur la rive gauche de l’Aude.

A priori, aucune opération archéologique n’avait encore eu lieu dans ce secteur très sensible, proche de la porte d’Aude. Il était donc intéressant de vérifi er la présence de structures médiévales sur ces pentes. Conformément aux prescriptions, la plupart des sondages ont été ouverts parallèlement à la montée de la Porte d’Aude, dans la partie la plus basse et la plus plane de la parcelle. Mais un autre sondage a été implanté dans la partie haute à proximité de l’enceinte, des travaux de reprofi lage du terrain devant avoir lieu à cet emplacement. Trois des six sondages effectués ont donné des résultats positifs :
- Dans le sondage le plus proche de la Porte d’Aude, ont été mis au jour des vestiges de murs correspondant à des rampes d’accès antérieures à celle qui est utilisée actuellement.
- Le sondage le plus proche de l’enceinte a permis d’observer une couche de démolition, apparemment ordonnée : un stockage de pierres probablement destiné au chantier de l’enceinte extérieure (milieu XIIIe siècle) ?
- Le sondage effectué dans la partie basse du terrain a révélé deux phases d’occupation : des murs médiévaux probablement antérieurs à 1240, puis des vestiges d’habitat datés par du mobilier médiéval de la 2e moitié du XIIIe siècle.
Ce dernier sondage, le plus intéressant, a livré des restes de bâti, à vocation probablement domestique, au vu du mobilier. En effet, la céramique y représente 56 % du mobilier et les objets pouvant révéler une activité artisanale en sont absents.

Les vestiges pourraient ainsi être rattachés à deux phases :
- phase 1 : deux restes de murs sont associés à une occupation marquée par une majorité de céramique grise. La datation ne peut être que relative et se rattache au Moyen Age, avant le milieu du XIIIe siècle : des vestiges de bâtiments du faubourg avant sa destruction en 1240 ?
- phase 2 : une couche de démolition et des restes probables de pavement ou de calade peuvent eux aussi être rattachés à la période médiévale, mais la céramique plus tardive et un méreau de la seconde moitié du XIIIe siècle permet d’avancer l’hypothèse que cette deuxième occupation pourrait correspondre à la reconstruction provisoire d’un nouveau bourg sur les pentes de la Cité entre 1247 et 1260.

Le contexte immédiat de ces sondages éclaire par ailleurs l’organisation de ce quartier : une source appelée fount celado, a probablement cristallisé un noyau d’habitat dès les VIe-VIIe s. en contrebas de l’enceinte du Bas-Empire. Autre élément fédérateur pour l’habitat, la via Aquitania traversait l’Aude à gué depuis la Protohistoire à ce niveau. Un pont de pierre est attesté à partir de 1184. Un moulin a fonctionné non loin du XIIe au XXe siècle.

Suite à cette opération, qui a fourni sur seulement 57 m² un certain nombre d’éléments construits, des investigations sur une plus large superfi cie seraient souhaitables afi n d’en préciser la fonction et la datation.

Marie-Elise GARDEL
Amicale Laïque de Carcassonne

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CARCASSONNE La Cité, Place Marcou

MOYEN AGE
EPOQUES MODERNE ET CONTEMPORAINE

Le renforcement de la ligne électrique par l’ERDF effectué fi n 2008 se situait dans la partie orientale de la Cité médiévale de Carcassonne. Il concernait la création d’une ligne enterrée depuis le transformateur accolé au cimetière de la Cité (contrescarpe orientale de la forteresse), jusqu’à la rue du Plô, dont le tracé suit grossièrement celui de l’enceinte orientale, de la Place Marcou à l’église Saint-Nazaire. Il a nécessité un forage destiné à faire passer les gaines électriques sous les deux enceintes débouchant ainsi dans les douves orientales.

L’emprise des travaux concernait donc en partie les vestiges de l’église Saint-Sernin, autrefois adossée au rempart et utilisant la partie supérieure de la Tour du Sacraire Saint-Sernin comme abside.

Trois sondages ont été effectués. Sans être vraiment spectaculaires, les résultats apportent des éléments nouveaux pour la connaissance des quartiers ouest de la Cité, encore assez peu connus.

Le sondage 1, place Marcou, a livré une stratigraphie bien conservée sur 1,30 m de puissance. Un niveau médiéval en place y a été découvert : il s’agit vraisemblablement d’une couche de démolition qu’on peut situer chronologiquement entre le XIe et le XIIIe siècle. Une structure a été aperçue, qui semble accuser une orientation d’environ N 50. Ce sondage a livré à lui seul 273 objets, dont 217 pour l’US 2003, confi rmant encore une fois la richesse du sous-sol de la vieille ville.

Le sondage 2, effectué dans la partie nord de la rue du Plô, a montré des niveaux en partie perturbés par des travaux antérieurs. L’US 2004 a livré 236 objets dont 103 tessons médiévaux. Il s’agit probablement d’une couche attestant la démolition d’un bâtiment médiéval ou un remblai constitué de matériaux de la même époque. La rue du Plô monte insensiblement vers le point culminant de la Cité. Des remblaiements successifs ont peut-être eu pour objectif d’atténuer la forte pente dans ce secteur, à différentes époques. Par exemple, on ne peut exclure que les importants travaux de construction de la porte Narbonnaise, à la fi n du XIIIe siècle, ait affecté partiellement l’urbanisme de cette partie de la Cité. Mais les événements qui semblent avoir affecté directement ce quartier sont liés à la construction ou reconstruction (attestée au XIIIe siècle), puis à la destruction (XVIIIe siècle) de l’église Saint-Sernin.

Le sondage 3, situé dans le fossé oriental, a permis d’observer une stratigraphie en place bien litée. Le mobilier est majoritairement céramique, mais appartient pour l’essentiel aux époques moderne et contemporaine. A partir du XVIIe siècle un quartier se constitue entre les deux lignes de remparts dans les lices. Au XIXe siècle, le nombre de ces maisons s’élève à 86. On voit sur les photos anciennes que les fenêtres de certaines d’entre elles donnaient sur les fossés, permettant de se débarrasser facilement des ordures. De plus, lors de leur démolition à la fi n du XIXe et au début du XXe siècles de nombreux détritus ont dû être jetés par-dessus la muraille. Les rejets cendreux proviennent peut-être de ces travaux de démolition…

A travers ces trois sondages de dimensions modestes, on voit apparaître en fi ligrane, du Moyen Age à nos jours, l’existence d’une église paroissiale, l’amélioration de la fortifi cation, des constructions et démolitions qui ont affecté le quartier ouest, situé près du point culminant de la Cité. De plus, son abandon progressif a entraîné à l’époque moderne l’appropriation des lices par la population et le comblement partiel des fossés par les détritus.

Marie-Elise GARDEL
Amicale Laïque de Carcassonne

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