Accueil du site > L’Aude et le Monde. > Bilans scientifiques du SRA (DRAC) > Bilan 2008 du SRA > Brugairolles/Cambieure SCA du Razés

Brugairolles/Cambieure SCA du Razés

AGE DU FER

Afin [1] de protéger son environnement et notamment les nappes phréatiques voisines, la SCA « Cave Coopérative du Razès », se trouvait dans l’obligation de se doter de bassins d’évaporation, destinés à traiter les boues d’épuration et les fluides usés provenant des vendanges et de la vinification. Les terrains retenus pour le projet, d’une capacité proche de 10 hectares, se trouvent à près de 1500 mètres au nord-ouest de la Cave coopérative, à cheval sur les communes de Brugairolles et de Cambieure, au lieu dit « la Capte », commun aux deux villages, en bordure du petit cours d’eau « le Sou ».

Certaines zones n’ont pas été explorées ou très peu. Il s’agit en premier lieu d’une bande de 20 m de large pour 500 m de long correspondant au passage d’un gazoduc, recoupant en oblique l’ensemble de l’emprise puis d’un secteur nord-est, en bordure du Sou et plus à l’intérieur des terres, vers le sud, où les tranchées ont été fortement espacées, pour cause d’alluvions récentes, bien identifiées jusqu’à plus de 1,30 m de profondeur. Malgré ces dernières réserves, l’ensemble des surfaces ouvertes couvre 8860 m2, soit 9,7 % de la surface accessible.

Quarante-deux structures ont été mises au jour dans la partie nord-ouest du projet, secteur propice à l’occupation car légèrement dominant. Trentedeux d’entre-elles ont été fouillées en totalité ou partiellement. Les dix aménagements restants (trous de poteaux et structures de combustion à galets chauffés), n’ont pas été sondés, le comblement, ne montrant aucun mobilier.

Deux périodes protohistoriques sont clairement attestées sur le site, exclusion faite des structures qui n’ont pu être datées de par l’absence de mobilier caractéristique. Ces dernières, comme c’est souvent le cas, sont des structures de combustion à galets chauffés (6), et des trous ou bases de poteau (22). Néanmoins, les relations logiques ou de proximité, et plus certainement la similitude des comblements et des matériaux, répétitifs, (dont des éléments en terre cuite/ torchis), de même les assemblages morphométriques (dimensions et profi ls) suggèrent des appariements, des groupes que l’on peut supposer contemporains, à partir des vestiges voisins clairement datés.

Ainsi, le premier groupe (6 structures) se situerait au nord-ouest, où la production céramique exclusivement modelée découverte dans le silo SI 2 et les trous de poteau voisins PO4 et PO 7, paraît le plus ancien, soit à la charnière entre le VIIe et le VIe siècle av. J. C. La seconde période, légèrement plus récente (8 structures), se situerait à la fi n du VIe s av. J.-C. Elle est bien attestée par les mobiliers mis au jour dans la fosse FS 21, notamment par une fi bule « à timbale » en fer associée à des céramiques tournées importées. Tout proches, les silos SI 10, SI 23 et surtout SI 25 ont livré une bonne série de gobelets.

Dans la partie sud, la grande fosse FS 27, probable cabane, a fourni une majorité de céramique tournée, dont de l’amphore massaliète, que l’on retrouve aussi dans la fosse FS 2. Un écart chronologique, plus récent, pourrait être avancé, bien que rien ne s’oppose à son intégration dans le second groupe, d’autant plus que les particules de mica bien visibles dans les productions de la Capte sont de taille moyenne à petite, critère qui en dernier recours pourrait être pris en compte, les productions plus récentes contenant des micas de plus grand format.

Ces vestiges, par leur variété et leur qualité, notamment le groupe des trous de poteaux, caractérisent des structures pérennes, subordonnées à la construction, l’habitat. Cette proposition est tout à fait cohérente en regard du mobilier découvert, en premier lieu les fragments de meule, également la production céramique, témoignant de récipients de toutes tailles, allant des gros vases de stockage aux petits gobelets à boire. La sur-représentation de ces derniers dans le petit silo SI 25 est assez surprenante. Il s’agit d’une production homogène, tant dans les matériaux utilisés que dans les formes, la mise en oeuvre et la fi nition, et surtout les décors. L’ensemble semble provenir d’une même production, éventuellement exécutée sur le site par un potier. Les stigmates divers de cuisson plus ou moins maîtrisée (surcuits, coups de feu, vase fendu…), ainsi que la présence d’éléments de fours probables au voisinage (gros fragments lissés sur les 2 faces, « sole » perforée…) confi rmeraient cette hypothèse. Les vestiges mis au jour caractérisent deux petites exploitations rurales, éventuellement consécutives.

Ces occupations sont de courte durée si l’on se réfère à l’absence de recoupements des structures, installées de façon lâche, mais aussi et surtout à la faiblesse des mobiliers contenus dans les négatifs et à l’absence totale de ces derniers à la surface des sols.

La découverte de ces modestes vestiges reste cependant d’un grand intérêt. Elle permet de mieux appréhender l’occupation et l’exploitation des terres à cette période, à l’échelle du site, mais aussi à celle du Razès, où ce type d’implantation et d’aménagements est particulièrement peu représenté.

Alain VIGNAUD
INRAP Méditerranée

Guy RANCOULE
UMR 5140, Montpellier-Lattes

{Brugairolles et Cambieure, SCA du Razès.} Série de gobelets du silo SI 25 (fi n du VIe av. J.-C.)

Brugairolles et Cambieure, SCA du Razès.
Série de gobelets du silo SI 25 (fi n du VIe av. J.-C.)
Dessin Guy Rancoule. Mise au net et DAO A. Vignaud

Notes

[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2008 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon

  
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0