Vinassan

Les notices ci-dessous concernant Vinassan sont extraites du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

A9 Aire de Vinassan Nord

ANTIQUITÉ TARDIVE
HAUT MOYEN AGE

Le projet d’extension du parking de l’aire de repos A9-
Vinassan a porté sur six parcelles encore couvertes de
vigne à une date récente (près de six hectares en tout).
Sur ces six parcelles, quatre ont révélé la présence
de vestiges enfouis. Les faits stratigraphiques, une
centaine au total, seront répartis dans cinq ensembles
en fonction de leur chronologie ou de leur utilité.

Les traces les plus anciennes (tout au moins celles
identifiées comme telles) sont cantonnées dans les
limites de l’unité BK182 et consistent dans des fosses
contenant des cailloux manifestement chauffés. Il
s’agit là du premier ensemble. A proximité de l’une des
excavations, la couche de terre végétale a révélé la
présence de quatre fragments de céramique modelée,
dont un bord de gobelet doté d’une languette de
préhension. Une autre fosse fouillé a livré huit tessons
également non tournés. Sans garantie, et à défaut
d’une fouille extensive, la datation de ces artefacts
sera étendue à tous les aménagements environnants.
Respectivement situés dans les parcelles A827 et A1263,
les deux ensembles suivants sont de nature funéraire.
Dans le premier cas, les sépultures à inhumation sont
implantées aux abords et dans le remplissage de plusieurs
fossés dirigés vers le nord. Une bâtière en tegulae
(peut-être deux), entre cinq et sept dépôts dépourvus
de contenant visible, et les restes de trois tombes en
amphore témoignent de la fréquentation d’une modeste
nécropole de la fin de l’Antiquité (Ve-VIe siècles) qui ne
saurait regrouper plus d’une quinzaine d’individus.

Plus tardif, le deuxième groupe sera attribué aux VIe-IXe
siècles. Une sépulture dépourvue d’enveloppe minérale
a été mise au jour, ainsi que plusieurs constructions
réalisées à partir de fragments de plaques en calcaire
gréseux et de « moellons » de la même origine. Au moins
cinq coffres ont été reconnus, dont un avoue un plan
indiscutablement trapézoïdal. Les dépôts dessinent
une colonne (peut-être une deuxième et une troisième
partielles) dont l’implantation était vraisemblablement
régie par un chemin ou un fossé dont aucune trace n’a
subsisté.

Le quatrième ensemble (parcelles A827 et A668)
réunit les vestiges d’un habitat des VIe-Xe siècles qui
pourrait être lié à la précédente nécropole. Plusieurs
excavations (dont trois silos avérés ainsi qu’un fossé
courbe) dénotent une forme de concentration située au
plus près d’un établissement antique localisé hors des
limites du projet. La présence de cabanes excavées
ne doit pas être exclue.

Le cinquième et dernier ensemble se distingue des
quatre précédents en raison de son caractère couvrant.
Les vestiges qui le composent sont non plus associés
en raison de leur datation (la grande majorité des
aménagements concernés sont des excavations non
datées), mais en raison de leur fonction. Une série de
fossés de différents gabarits et des drains de toutes
sortes rendent compte des efforts accomplis sur la
diachronie (époques romaine, médiévale, moderne
et actuelle) pour évacuer les excès d’eau vers les
ruisseaux qui croisent le pied de versant.

Olivier GINOUVEZ
INRAP Méditerranée

La Grangette

ANTIQUITÉ

L’assiette du projet destiné à la construction d’un
hangar agricole et de deux maisons particulières
couvre une surface de près de 2 000 m2 située au sud-est
de la commune, à proximité de l’aire d’autoroute
Narbonne-Vinassan et à l’angle des chemins ruraux
405 et 406, ce dernier marquant la limite avec la
commune de Salles d’Aude. Sur ce terrain un villa
antique a été découverte en 1945 par Max Guy.

Le réseau fossoyé mis au jour dans la partie occidentale
offre une continuité avec les établissements fossoyés
républicains. L’abondance de mobilier de cette
période dans le comblement des fossés nous laisse
imaginer la présence d’un site républicain à proximité.
Les vestiges de la villa, dont la pars urbana, se
développe probablement sous la vigne au nord de
l’emprise, correspondent aux installations artisanales.
Le diagnostic met en évidence deux périodes (tardorépublicaine
et haut Empire) avec, au cours de la
seconde l’installation d’une pièce de stockage avec
dolia et une cuve proche sans doute d’un pressoir. Un
four très arasé a été dégagé et permet de supposer
la présence d’autres structures de chauffe. Enfin un
vaste bassin occupe la partie centrale du terrain.

Les vestiges exhumés placent le site de la Grangette
au cœur des problématiques développées depuis de
nombreuses années en narbonnais. D’un point de vue
chronologique, nous avons affaire à une occupation
probablement continue depuis l’époque républicaine
jusqu’au haut Moyen Age (représenté par quelques
fosses). Il s’agit d’un établissement viticole, une
catégorie de site encore peu documentée pour cette
époque, hormis par les prospections.

Véronique CANUT
INRAP Méditerranée

La Grangette Saint-Félix

ANTIQUITE

La fouille a été réalisée en préalable à un projet
immobilier et fait suite à un diagnostic effectué par
V. Canut (Inrap). Le site reconnu lors de prospections
en 1945 par Max Guy a été étudié sur une superficie
d’environ 3600 m². Conduite entre les mois d’août et
d’octobre 2009, l’opération a mis au jour les vestiges
d’un établissement occupé de la fin du IIe s. av. J.-C.
au haut Moyen Age.

Entre la fin du IIe s. et les débuts du Ier s. av. J.-C., lors
d’une première phase d’occupation, l’établissement
présente un plan éclaté, structuré à l’ouest par un
puissant fossé large de 3,5 m à l’ouverture pour une
profondeur conservée de 1,3 m en moyenne, qui a
livré un important lot d’amphores italiques dans son
comblement. Dans la partie centrale de la fouille prend
place une vaste fosse de plan approximativement
carré de 11,50 m de côté dans le sens nord/sud et
11 m dans le sens est-ouest. Surcreusée à l’ouest,
sa profondeur maximale conservée atteint 0,75 m.
Un empierrement de 30 m² et un mur, aménagés
avec soins, sont installés à son angle nord-ouest. Le
premier est percé de deux séries de trous de poteaux,
indices probables d’une structure légère de stockage
(grenier ?). Complété à l’ouest par une puissante
fosse, puisard à l’origine, utilisée ensuite comme
dépotoir (amphore, céramique, faune), cet espace
marque probablement le coeur de l’établissement,
dont il demeure impossible de préciser l’organisation
exacte. Autour, d’autres fosses ainsi que de nombreux
trous de calage de poteaux et de piquets complètent
le plan. Ces derniers suggèrent la restitution d’autres
structures en matériaux périssables, dont une possible
« cabane » au nord, dont la fonction reste obscure, et
de plusieurs alignements au sud et sud-est, indices
d’enclos plus ou mois étendus.

Dans le courant du Ier s. av. J.-C, le site change
radicalement d’aspect et se structure plus nettement.
Il se dote d’imposantes maçonneries liées au mortier.
Malgré des difficultés de lecture (taphonomie et
récupérations postérieures), on peut estimer la
superficie de ce nouvel établissement à environ 1500
m2. Il adopte sans doute un plan en U, organisé autour
d’une grande cour centrale (ouverte au Sud) bordée
de trois galeries, matérialisées par des piliers de plan
carrés. Deux bassins occupent l’espace de la cour. Le
plus grand, aux dimensions imposantes (10,75 m de long
sur de 7,25 m de large, pour une hauteur conservée de
1,10 m) pourrait correspondre à une citerne. Il semble
fonctionner avec un second, plus petit et surélevé,
dont seule la fondation du mur occidental, longue de
2,30 m, a pu être observée. Les différentes pièces de
l’aile septentrionale, très mal conservées, restent plus
délicates à interpréter. En périphérie sud et ouest de
l’établissement, des alignements de fosses circulaires
permettent de restituer la présence d’arbres. Enfin, à
l’ouest, le fossé installé durant la phase précédente
semble encore actif mais est en cours de colmatage.
S’ajoutent en perpendiculaire, deux fossés de moindre
ampleur.

Au cours de la dernière moitié du Ier siècle avant J.-C.,
le bâtiment septentrional connait une restructuration,
avec l’installation d’une pièce ouverte à l’ouest, comme
l’indique la mise en place d’une colonnade. Au sein de
cet espace, un bassin rectangulaire (3,30 x 2,25 m)
dénué de cupule est bâti à proximité d’une probable
structure de chauffe. En parallèle sont creusées de
vastes fosses (à dolium ?) dans la cour, au nord du
grand bassin.

A la fin du Ier s. av. J.-C. un nouvel établissement
probablement à plan en U (ouvert au nord cette
fois-ci) s’installe à l’emplacement de l’aile nord du
précédent. Son extension totale n’est pas connue.
Les murs qui le délimitent se poursuivent vers le nord,
au-delà des limites de fouille. L’édifice, observé sur
300 m2, présente une plus modeste qualité de mise en
œuvre par l’absence de liant au mortier. Une activité
de production viticole est attestée. Le bâtiment est
en effet muni d’un chai situé dans l’aile orientale,
composé d’au moins 16 dolia. Les autres installations
viticoles (pressoir, fouloir, etc.) n’ont pas été observées
et se trouvent sans doute sous la vigne au nord. Le
comblement des fosses de récupération des dolia
permet de dater son abandon dans la seconde moitié
du Ier s. ou au début du IIe s. après J.-C. La fonction
des autres pièces reste délicate à interpréter. Par
contre on peut s’interroger sur la présence d’un étage,
d’après la disposition rapprochée de deux murs qui
pourraient encadrer un escalier dans l’aile ouest. Au
sud, un bâtiment de plan carré en mauvais état de
conservation et à fonction indéterminée, de 7,50 m
de côté, s’installe en partie sur le comblement du
grand bassin. D’autres murs à proximité dessinent
peut-être un bâtiment en limite de fouille dont le plan
reste incomplet. Une voie bordée d’une structure bâtie
quadrangulaire, probable bassin d’1,30 m de côté,
prend place à l’est de l’établissement.

Enfin, après un hiatus de quelques siècles, le site est
réoccupé à partir du Ve s. et durant les VIe –VIIe s. et
peut-être au delà. Il ne subsiste de ces époques que
des structures en creux : fossés, fosses, silos (certains
regroupés en petits ensembles) et fonds de petits
fours.

Ludovic LE ROY, Jessica GALY, Yahya ZAARAOUI
Mosaïques Archéologie

Vinassan, La Grangette, Saint Félix
Le grand bassin de la deuxième phase d’occupation (courant Ier s. av. J.-C.) au premier plan et l’empierrement (fin IIe s. – début Ier s. av. J.-C.) au second plan.