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Sorties botaniques 2006

Compte-rendu d’activité par Dominique Barreau

Cette année je suis le seul signataire du compte-rendu car Henri Castel nous a quitté. C’est lui qui m’avait incité à faire de la botanique dans l’Aude (renonçant à mes activités ornithologiques antérieures). Grâce à ses nombreux contacts, nous avons lancé en 1993 le groupe botanique de la SESA parrainé par le professeur Baudière. Au fil des années, il était devenu un véritable ami que j’avais plaisir à visiter pour des échanges d’informations, travail en commun ou bonjour en passant. Il nous a motivé dans la découverte du département qu’il connaissait dans ses moindres recoins (“un joli coin”, aimait-il dire). C’est lui qui nous proposait la plupart des sorties du groupe. Il y venait le plus souvent possible et ne rechignait pas devant les difficultés du terrain et du climat. Son travail sur les orchidées fut le premier inventaire cartographique départemental avec un nombre considérable de données, même s’il avait du mal à suivre toutes les innovations récentes (et discutables) en systématique. Tous nous le regrettons et n’oublierons pas sa gentillesse, sa simplicité et son enthousiasme.

9 avril 2006 : Villesèque-des-Corbières

La région des Moyennes Corbières Orientales, au sud de la Berre et à l’est de Tuchan, commence à être bien connue. Plusieurs sorties du groupe botanique SESA et quelques herborisations ont déjà permis d’inventorier plus de 900 espèces (le catalogue de Gautier en signale environ 600). Mais si l’on cartographie les zones herborisées, on voit encore des secteurs non ou peu visités comme le secteur au nord de Villesèque. Nous prenons la petite route du col de Gléon puis, avant le col, une piste qui monte au plateau de Montpezat, il est formé de calcaire du jurassique supérieur. Dès l’arrivée sur ce plateau, on admire une belle floraison avec des tulipes très abondantes et d’assez nombreuses fritillaires. La fritillaire est ici à sa limite altitudinale inférieure et orientale. Le milieu est une garrigue buissonnante assez haute avec comme espèces dominantes : buis, genévriers oxycèdre et de Phénicie, filaire à feuille étroite, alaterne, prunier mahaleb, romarin. Ils sont accompagnés de vivaces en touffes : santoline, camélée, genêt scorpion, thym... et quelques globulaires alypum. Avec des vivaces à bulbe comme les narcisses à fleurs blanches et feuilles larges (Narcissus dubius) ou jaunes et feuilles linéaires (Narcissus assoanus), puis le petit lis (Anthericum liliago) pas encore fleuri. Et d’autres vivaces : Bunium bulbocastanum, Medicago suffruticosa, Ranunculus gramineus, Valeriana tuberosa, Carex halleriana. Nous nous intéressons aussi aux annuelles, favorisées par les pluies hivernales, avec en abondance Scandix australis, Asterolinum linum-stellatum, Sherardia arvensis, Valantia muralis... Une curieuse petite graminée à inflorescence épineuse, Echinaria capitata. Quelques rosettes de chardon sont caractéristiques du rare et protégé Cirsium echinatum. Les Ophrys fusca et scolopax montrent des formes variées qui suggèrent l’existence d’autres espèces proches comme Ophrys bilunulata. Nous attribuons de nombreuses rosettes à feuille large à la très probable barlia. Ensuite nous descendons vers la Combe Pendue par un chemin labouré pour arriver sur un champ de blé en herbe réservé au gibier. L’absence de désherbant a aussitôt fait apparaître une flore messicole avec des espèces devenues rares ailleurs : Asperula arvensis, Galium tricornutum, Trigonella gladiata, Caucalis platycarpos. Un liseron à feuille entière et bien velu nous intrigue, il montrera plus tard des fleurs rosées, c’est en fait une forme un peu anormale de Convolvulus althaeoides. Après la pause repas, nous partons plus au Sud à Cabayride avec encore quelques champs à gibier et d’autres messicoles ou rudérales comme Adonis annua et Picnomon acarna. Un peu au-dessus de ces champs une grande station de Gagea granatellii. La plupart des pieds sont reconnaissables à leurs feuilles jaunissantes mais il reste encore quelques pieds fleuris pour le bonheur des photographes. Le long du chemin plusieurs touffes de Lepidium nous font hésiter entre plusieurs espèces, les siliques poilues obtenues plus tard confirmeront le Lepidium hirtum, espèce rare dans le département. Enfin nous revenons à Villesèque dans des terrains du trias supérieur essentiellement marneux et gypseux (la base du glissement de la nappe des Corbières). Mais ici quelques buttes montrent des roches de couleur sombre allant du vert au brun, ce sont des roches éruptives (ophites) injectées dans les marnes. Ceci nous fait espérer une flore originale à tendance acidiphile. En fait ce ne sera pas vraiment le cas. Malgré un large usage de désherbant le long du chemin, nous arrivons à compléter notre herborisation vers le Pech du Ruisseau. A signaler quelques espèces comme les discrets Medicago praecox et Vicia lathyroides, une rudérale aux longues siliques, Sisymbrium orientale, et un arabis glabrescent aux feuilles longuement sagittées, Arabis planisiliqua.

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21 mai 2006 : Thézan

Nous sommes ici dans la région des Basses Corbières Orientales, située au nord de la précédente et limitée par la bassin de Narbonne-Lézignan, elle aussi assez bien connue avec déjà un total de 900 espèces. Mais il reste encore pas mal de sites à visiter, comme tout le secteur du plateau entre Fontjoncouse et Thézan. Aussi nous avons décidé d’entamer son exploration en suivant la piste du Plat de l’Aven au sud de Thézan. D’emblée dans une pinède de pin d’Alep peu dense, les bords de la piste offrent un ensemble d’arbustes et de buissons méditerranéens classiques : buis, chèvrefeuilles (Lonicera etrusca et implexa), sparte, genêt scorpion et ajonc de Provence, chêne kermès, filaires (Phillyrea angustifolia et latifolia), oxycèdre, alaterne... Nous comparons un nerprun alaterne rabougri avec un nerprun des rochers au même port mais avec des rameaux bien épineux. Comme vivaces, l’immortelle, la laitue pérenne, la santoline, le grémil ligneux, l’euphorbe de Nice, les dorycnies (Dorycnium hirsutum et pentaphyllum), le genêt d’Espagne, la crapaudine hirsute, le thym, l’aphyllante... Avec dans un pelouse à brachypode d’autres graminées caractéristiques comme l’avoine faux-brome et la keulérie du Valais. Le milieu est globalement calcaire avec des passages marno-argileux favorisant des espèces comme l’ajonc et le grémil ligneux. Les annuelles ont souffert de la sécheresse et sont grillées ou peu développées, nous remarquons Polygala monspeliaca, Xeranthemum inapertum et Galium tricornutum dans un champ à gibier. Des plantes à bulbe, dipcadi et ornithogale de Narbonne avec quelques orchidées dont un epipactis du groupe helléborine, probablement Epipactis tremolsii. En final une petite station d’Ophrys magniflora en pleine floraison... L’après-midi nous allons à l’est du village pour visiter deux milieux très différents. D’abord les ravins à marnes et argiles colorées des Creuses où se plaît Astragalus echinatus, espèce protégée, aux fruits à poils en écailles. Dans l’Aude, elle est localement assez commune dans les collines du bassin de Marseillette. Dans la plaine viticole où nous stationnons, des zones stériles possèdent une flore à tendance halophile avec Artemisia caerulescens, Spergularia nicaeensis, Camphorosma monspeliaca, Parapholis incurva... Nous notons aussi de grands tapis d’Onobrychis caput-galli avec Convolvulus lineatus, Trifolium resupinatum... Puis nous nous dirigeons à travers friches et vignes vers le Petit Donos. Il nous faut traverser plusieurs fossés de drainages où poussent Bolboschoenus maritimus, Eleocharis palustris, Juncus gerardii. Nous arrivons enfin dans le petit maquis des Salobres, installé sur des grés du crétacé supérieur. Là, se sont installés arbousier, bruyère arborescente, ciste de Montpellier et de beaux tapis de Cistus crispus. En cherchant un peu, on admire le rare Adenocarpus telonensis, bien en fleur. Quelques annuelles complètent l’ambiance siliceuse : Filago vulgaris, Trifolium cherleri. Retour en haut de page

18 juin 2006 : Alet-les-Bains

Dans les Hautes Corbières Occidentales, un secteur est souvent délaissé c’est celui de la montagne d’Alet. Pourtant, comme toute zone de transition, il est riche en espèces. D’autant plus que cette montagne offre une bonne diversité géologique. Ce jour-là nous nous sommes contentés d’herboriser sur la partie entre Alet et St Salvayre, mais nous avons quand même obtenu une liste d’environ 400 espèces. Notre premier site, sur la route de Caramilles au-dessus du casino, nous donne un aperçu intéressant sur la végétation silicicole installée sur les grès d’Alet. Dans ce maquis à chênes verts et pubescents, se développent cistes et bruyères. Pour les bruyères, les quatre espèces habituelles. Pour les cistes, cinq espèces avec en particulier le ciste crépu et le ciste à feuille de laurier, tous les deux assez loin de leur aire principale de répartition. Et aussi d’autres silicicoles comme Dianthus armeria, Genista pilosa et anglica, Lavandula stoechas, Teucrium scorodonia, Trifolium rubens... Nous pourrons noter deux espèces discrètes et assez rares, Silene inaperta et Geranium pusillum (normalement plus montagnard). Puis nous montons sur la route de St Salvayre et faisons une visite rapide de friches et pelouses marneuses au-dessous de Brides. Nous y observons des espèces méditerranéennes : Helichrysum stoechas, Inula montana, Leucanthemum pallens, Coronilla minima, Genista scorpius et hispanica, Ononis minutissima, Lavandula latifolia, Teucrium aureum, Coris monspeliensis, Geum sylvaticum... Dans un champ quelques messicoles dont Legousia hybrida et speculum-veneris. L’arrêt suivant, près d’une petite falaise calcaire au-dessus de Ruines Basses, apportera quelques espèces nouvelles : la trigonelle de Montpellier, le cirse tubéreux avec ses tubercules, la grande brize... Peu avant St Salvayre, nous empruntons un chemin dans le vallon de Malpas. Après une partie chaude le bois devient plus frais avec Mycelis muralis, Lonicera periclymenum, Stellaria holostea, Lathyrus linifolius, Vicia sepium, Prunella hastifolia, Ranunculus tuberosus, Luzula multiflora, Deschampsia flexuosa, Festuca heterophylla, Polystichum setiferum. Puis apparaissent des plantes indicatrices de milieu siliceux comme Jasiona montana, Xolantha guttata, Silene gallica, Hypericum humifusum et pulchrum, Potentilla argentea et Veronica officinalis. Cet ensemble, rare en Corbières, est courant dans les milieux siliceux intermédiaires de la Montagne Noire. Nous apercevons toute proche une grande falaise que nous rejoignons en prenant la direction de St Salvayre. C’est encore un tout autre milieu avec cette falaise calcaire du dévonien, utilisée pour l’escalade. Nous y découvrons avec surprise l’alysse à gros fruit (Hormathophylla macrocarpa) en limite nord-ouest de son aire. Puis d’autres espèces rupicoles intéressantes : Anthemis triumfetti, Minuartia rostrata, Sedum telephium et d’énormes pieds d’Allium sphaerocephalon. Sur cette soulane bien chaude, prospèrent le pistachier térébinthe et la filaire à feuille large, mais seulement un pied de nerprun des rochers. Au retour, en bord de route poussent de nombreux Epipactis microphylla. Retour en haut de page

2 juillet 2006 : Le Bousquet

Pour la dernière sortie, traditionnellement début juillet en montagne, nous avons choisi un secteur non exploré du Roquefortès. Le col de la Malagrède au-dessus du Bousquet domine la vallée suspendue où sont installés, au pied du Madrès, trois villages : le Bousquet, Builhac et Roquefort. Bien que cette vallée soit située en montagne, sur son versant sud l’influence méditerranéenne est favorisée par l’orientation est-ouest et des terrains souvent calcaires. Ainsi des pelouses sèches à thym dominent le village de Roquefort. Le matin nous explorons les environs sud du col, puis parcourons en partie la piste qui va vers l’est. La chênaie pubescente y est bien installée, accompagnée de buis, genévrier commun et cerisier de Ste Lucie (Prunus mahaleb). Sur les pelouses des espèces assez méditerranéennes comme Dianthus hyssopifolius, Fumana procumbens, Helianthemum oelandicum, Astragalus monspessulanus, Coronilla minima, Teucrium aureum, Galium maritimum, Bromus erectus, Koeleria vallesiana, Anacamptis pyramidalis et même deux touffes d’aphyllante ! Sur les parties rocheuses le long de la piste beaucoup de thym avec Crepis albida, Lactuca perennis, Ononis pusilla, Allium sphaerocephalon. D’autres espèces sont abondantes comme Laserpitium latifolium, Bupleurum falcatum, Dianthus carthusianorum, Trifolium montanum... Assez loin sur la piste, on voit s’installer Genista pilosa et Calluna vulgaris marquant un terrain siliceux. Localement, une apiacée assez rare Ptychotis saxifraga à ne pas confondre avec la commune Pimpinella saxifraga, et aussi la rare Gentiana cruciata qui dans l’Aude trouve son optimum aux environs de 1000-1100 m. L’après-midi, nous irons chercher la fraîcheur en versant nord, dans la forêt de Gesse, en suivant la piste du col à la source du Roc. C’est une hêtraie avec une abondance variable de sapin pectiné. Elle abrite les espèces forestières classiques : Euphorbia hyberna, Stachys alpina, Hypericum hirsutum, Meconopsis cambrica, Aconitum lycoctonum, Valeriana pyrenaica, Luzula nivea, Milium effusum et de nombreuses fraises des bois très appréciées. Le talus et le fossé sont aussi riches en plantes diverses, on y remarque assez fréquentes Campanula patula et Cynoglossum germanicum. En sous-bois quelques lis martagon dont un bel exemplaire pour les photographes. Nous nous arrêtons au grand pierrier moussu de la source du Roc où sont notés la saxifrage des Corbières et celle à feuille ronde et quelques pieds secs de la tardive gentiane ciliée. Retour en haut de page

  
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