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Sigean Pech Maho

AGE DU FER [1]

La campagne 2009 marque la deuxième année du deuxième programme triannuel consacré à la fouille du site de Pech Maho. Le programme en cours porte à la fois sur les derniers temps de la vie du site, soit la période Pech Maho III (v. 325-200 av. n. ère), et plus particulièrement sur la phase de destruction du site (dans le dernier quart du IIIe s.), ainsi que sur les conditions de sa réoccupation en tant que lieu de célébration d’un certain nombre de rites à caractère guerrier associés à des manifestations d’ordre funéraire.

Au niveau de la fortification (zone 71), les travaux ont porté sur la partie méridionale du système défensif de l’oppidum, plus précisément au voisinage de la porte charretière qui en constitue l’entrée principale. La fouille a porté sur les aménagements extra-muros, en particulier sur les structures fossoyées implantées en avant des murailles et du dispositif d’entrée proprement dit. L’extrémité occidentale du fossé archaïque (milieu du VIe s.), repérée en 2008, a ainsi été explorée. La fouille n’est pas achevée, mais elle a révélé l’existence de couches de comblement remontant à fin du VIe ou au début du Ve s., indiquant la désaffection rapide de cette structure. À la charnière des IVe-IIIe s., l’ensemble du secteur fait l’objet de travaux de réaménagement importants, qui se traduisent par la construction d’un puissant bastion associé à un nouveau fossé en « U » d’un peu plus de 4 m de large. La construction, qui recoupe l’ancien fossé depuis longtemps colmaté, est associée à des terrassements d’ampleur. Ces aménagements participent d’un réorganisation globale du système d’accès, un cheminement piétonnier se faisant au sud via une passerelle franchissant le nouveau fossé, tandis que les véhicules ou les animaux devaient nécessairement accéder à l’entrée principale depuis l’Est, selon des modalités qui restent à préciser (2010).

L’étude architecturale des aménagements présents dans ce secteur a permis de repérer plusieurs stèles, fragments de stèles et piliers en réemploi dans le caniveau sortant au niveau de la porte principale et daté de la fin du IVe s. av. n. ère. Deux éléments appartenant à des stèles chanfreinées ont ainsi été déposés, ce qui a été l’occasion d’y voir deux graffites navals dont l’un représente un navire de guerre possiblement identifié comme une pentécontère. Dans le même temps, plusieurs fragments de dalles gravées ont été mis au jour au niveau du comblement du fossé archaïque. On mentionnera enfin la découverte de restes d’équidés sur le niveau de destruction qui vient partiellement colmater le fossé du IIIe s. Ces restes prennent ici l’aspect de dépôts ponctuels et se rattachent évidemment aux trouvailles de même nature réalisées au voisinage de la porte principale ; leur situation véritablement extra-muros constitue néanmoins un fait nouveau qui vient accentuer un peu plus l’ampleur de ces pratiques rituelles liées au cheval et, par extension, au monde guerrier.

La fouille de l’îlot I (zone 77) et de la rue qui le délimite au nord (zone 73) a été poursuivie au niveau des secteurs ouverts en 2007, caractérisés par la présence d’un dépotoir cendreux massif précédant la mise en place du bûcher collectif et lié comme ce dernier à la phase post-destruction ou Pech Maho IV (v. 200 av. n. ère). Riche en restes de faune et en mobilier, notamment céramique, ce dépotoir où plusieurs séquences ont pu être observées témoigne de pratiques de consommation collectives d’une certaine ampleur. Parmi le mobilier, ici en position secondaire, une mandibule inférieure humaine présentant des traces de découpe a été mise au jour, évoquant une découverte similaire (fragment de crâne encloué) jadis réalisée à proximité (fouille 58A) dans un horizon semble-t-il synchrone.

Le raccord stratigraphique avec l’espace antérieurement occupé par la rue 4 a été complété, permettant d’obtenir un phasage précis de l’ensemble de la séquence destruction/réoccupation/abandon. Au niveau de la rue, de nouveaux dépôts ponctuels d’ossements d’équidés ont été identifiés tandis qu’a été confirmée l’existence de travaux de nivellement des ruines suivis de reconstructions ponctuelles ainsi que de la mise en place d’empierrements faisant office d’espaces de circulation, synchrones avec l’érection du bûcher.

La fouille de ces niveaux post-destruction a été achevée en ce qui concerne la zone 77, de sorte que l’année 2010 sera consacrée à la fouille des niveaux de destruction proprement dits. Au niveau de la rue 4, la fouille des niveaux les plus récents n’est que partielle ; les deux sondages successivement opérés en 2008 et 2009 doivent encore être complétés par la fouille extensive de ce secteur, afin d’atteindre sur l’ensemble de la surface ouverte le dernier sol de rue antérieur à la destruction du site.

La fouille de l’îlot X (zone 78), entamée en 2008, a été poursuivie cette année via l’exploration de deux nouveaux secteurs appartenant au complexe architectural qui occupe au IIIe s. cet espace. Ce complexe comprend un couloir d’accès donnant sur une cour, desservant un entrepôt ainsi qu’une pièce munie d’un foyer central et d’une banquette. Les deux secteurs fouillés en 2009, dont l’articulation avec le reste du bâti demeure à préciser se présentent sous la forme d’une pièce trapézoïdale à fonction indéterminée (secteur 4) ainsi que d’un espace de circulation (secteur 10) bordant le bâtiment côté ouest et limité de ce côté par un mur en grand appareil marquant la limite avec l’îlot VI. Ces deux secteurs se caractérisent en outre par des décrochements de niveau successifs, l’ensemble présentant ainsi un aspect en degrés conditionné par la topographie du lieu. Dans un cas comme dans l’autre, des aménagements prenant la forme de structures maçonnées en pierres liées à la terre peuvent correspondre, tant par leur morphologie que par leur positionnement, à des calages de stèles. Une stèle a par ailleurs été réemployée dans le bâti de cette phase, probablement comme piédroit de porte. Au niveau du secteur 3, la fouille de l’important dépôt daté de la période Pech Maho IV et associant restes d’équidés, pièces d’armement et de harnachement ainsi qu’une amphore vinaire, a été poursuivie au cours de cette campagne. Le démontage de cet ensemble comprenant plusieurs centaines de pièces osseuses n’est pas achevé, mais il apparaît dores et déjà que des dépôts successifs ont été réalisés durant un laps de temps relativement court.

La présence de ce type de restes étant, en d’autres points du site, largement conditionnée par la signification préexistante du bâti ou, plus généralement, du quartier (bâtiments publics, fortification…), la fonction strictement domestique de l’îlot X est encore sujette à caution ; sans même évoquer la possibilité comme quoi des stèles aient pu être exposées, la morphologie de ce bâtiment complexe se distingue en tout cas assez nettement de ce que l’on connaît par ailleurs à Pech Maho au IIIe s. av. n. ère.

Eric GAILLEDRAT
CNRS, UMR 5140 Montpellier-Lattes

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Sigean, Pech Maho
Vue depuis le sud du caniveau débouchant depuis la porte principale où ont été mises au jour des stèles en réemploi.

Notes

[1] Notice extraite du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon

  
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