Port-La-Nouvelle Sainte-Jeanne

ANTIQUITE [1]

L’établissement antique de Sainte-Jeanne se situe à
1 km en retrait du rivage marin actuel. Appuyé à une
petite falaise rocheuse, il a été en partie enfoui par les
déchets de carrières d’extraction de pierres qui ont
perduré jusqu’à nos jours. Il se caractérise par un état
de conservation remarquable, avec des élévations
de murs de 2 m. Depuis une vingtaine d’années, les
travaux et les prospections de P. Rouquette suivis en
2009 d’une campagne de prospections géophysiques
(V. Mathé) et d’une fouille, ont permis de caractériser
le site dans son ensemble. La date de construction
se situe autour du changement d’ère avec une
occupation longue, jusqu’à l’Antiquité tardive et une
probable réoccupation au haut Moyen Âge. Un mur à
contreforts délimite un espace de circulation faisant
le lien entre le rivage et le bâtiment qui présente un
plan rectangulaire (16 x 10,5 m) flanqué d’un large
escalier d’entrée au nord. Ce dernier devait se situer à
l’intérieur d’un porche fermé (ou simplement doté d’un
garde-corps) et couvert d’une toiture. Cet escalier, mis
en place vraisemblablement dans une seconde phase,
franchit un passage étroit entre le bâtiment et le rocher.
La façade peut être restituée selon deux hypothèses :
soit avec un mur plein, soit avec deux arcades en plein
cintre. On peut évaluer la hauteur du bâtiment à 4,80 m.
Trois murs de refend à l’intérieur du bâtiment délimitent
quatre pièces, les deux centrales plus larges conférant
à l’ensemble une composition axée, ouvrant sur un
corridor, contre la façade orientale. Ces murs internes,
liés à la terre (étude J.-C. Roux), reposent directement
sur le sol ou le rocher et devaient supporter un plancher
en bois. L’intérieur des pièces est en partie encombré
par le rocher : les vestiges visibles correspondraient
donc à un vide sanitaire d’une hauteur probable de
1,90 m dans le couloir, variant de 2,45 à 1,34 m sous
les pièces.

Le plan quadrangulaire de l’édifice avec un étage,
privilégie l’interprétation comme entrepôt. Le rez-dechaussée,
compartimenté de salles desservies par
un corridor, pouvait aussi être utilisé comme lieu de
stockage. Ses dimensions modestes et le plancher
limitent l’espace, le volume de stockage et le type
de produits, sans doute en vrac et nécessitant d’être
isolés de l’humidité.

Cet édifice a été construit au moment du plein essor
des activités économiques de Narbonne, au début
du Ier s. ap. J.-C., mais reste à l’écart des complexes
portuaires connus et éloigné de tout établissement de
type villa. Il a cependant contribué, à son échelle, à
une part d’un commerce non tangible.

Corinne SANCHEZ, Véronique MATHIEU
CNRS, UMR 5140, Montpellier- Lattes,
et Pascal ROUQUETTE


[1Notice extraite du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon