Pezens : Giratoire de la Madeleine

Le diagnostic effectué dans le cadre du futur
aménagement du giratoire de la Madeleine sur près
de 7000 m², a permis d’affiner nos connaissances sur
le passé ancien de la commune de Pezens dans les
environs de la chapelle préromane de la Madeleine.
Notre intervention se situe à environ un kilomètre à
l’ouest du village actuel.

Des informations anciennes nous informaient sur
l’existence à peu de distance de l’église de la Madeleine
d’un vaste établissement gallo-romain à partir du Haut-
Empire (villa ? auberge ?...) et qui perdurera pendant le
Bas-Empire et l’Antiquité tardive au IVe -Ve siècle.

Nos travaux, pour les périodes les plus anciennes, ont
mis en évidence une aire d’ensilage protohistorique
comprenant huit silos au sud de la chapelle.
Ces vestiges laissent supposer l’existence d’une
communauté paysanne antérieure à la période
romaine. Des vestiges de la période gauloise avaient
déjà été remarqués par la découverte ancienne d’un
vase à vocation funéraire lors de la destruction du
tertre funéraire qui le contenait.

Nous avons relevé aussi la présence de torchis
dans le comblement d’un des silos. Cet élément est
incontournable dans les matériaux de construction
pendant l’Âge du Fer, il témoigne ici de la proximité
d’une zone habitat.

Pour la période médiévale, la localisation du cimetière
était une des informations attendues de ce diagnostic.
Celui-ci a été découvert dans la partie septentrionale
du site, à environ 65 m de l’église. Les trois tranchées
ouvertes ont mis en évidence plus d’une vingtaine de
tombes et un caveau qui laisse soupçonner une forte
concentration de sépultures dans ce secteur.

Les premiers éléments de datation en notre possession
mettent en évidence l’activité funéraire dans ce secteur
à une date ancienne pendant le Moyen Âge. En effet,
la seule tombe fouillée lors de ce diagnostic est datée
entre le VIIIe et le Xe siècle par le petit vase trouvé
in situ. Cette datation pourrait confirmer le statut de
paroisse de la chapelle dès le Haut Moyen Âge.
Toutefois, la chronologie de cette sépulture ne se
rapporte sans doute pas à l’ensemble des tombes mises au jour lors de ce diagnostic. Les différentes
orientations constatées sur le terrain matérialisent
probablement une évolution des pratiques funéraires
dans le temps.

La présence de fosses est-ouest, ainsi que
l’organisation de tombes en rangées suggèrent que
le cimetière perdure au Bas Moyen Âge. Ceci est
confirmé également par la découverte d’un caveau
dans une des tranchées. En effet, on tient pour
certain désormais, l’apparition des caveaux dans
les cimetières et à l’intérieur des églises au mieux à
l’extrême fin du XIIIe siècle.

L’ensemble des informations recueillies au sein de
la zone funéraire ne suffit pas pour l’instant à lever le
voile sur les origines du cimetière, ni même sur celles
de l’église.
Il est encore trop tôt avec les éléments que nous
possédons pour avancer l’hypothèse que le cimetière
du Haut Moyen Âge aurait succédé à une nécropole
antique ou paléochrétienne, point d’ancrage d’une
église primitive et plus tardivement de l’édifice
préroman. Ils témoignent sans doute de l’existence
d’une paroisse que pourrait confirmer des traces
d’occupation du haut Moyen Âge, trous de poteau
et une grande fosse quadrangulaire, découverts au
sud de l’église. Ces vestiges mettent en évidence un
regroupement de l’habitat autour de l’église à cette
période. Habitat qui se déplacera dans le courant du
Moyen Âge vers l’actuel village médiéval de Pezens.

Tanguy WIBAUT
Eric YEBDRI
INRAP Méditerranée