Narbonne : toutes opérations

Notices extraites du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

Cloître des Cordeliers

Narbonne Cloître des Cordeliers

MOYEN AGE - EPOQUE MODERNE

L’étude conduite au lieu dit Cloître des Cordeliers, avait
pour principal objectif l’étude d’un tronçon du mur
nord de l’enceinte urbaine attribuée à la fin du IIIe siècle
de n.e. Il s’agissait par là même de vérifier l’hypothèse
du tracé de la fortifi ation, fondée sur la prise en
compte de découvertes anciennes, notamment celle
d’un mur large de 2,70 m au niveau de l’impasse du
refuge longeant le côté ouest du groupe de maisons
bâties sur le site de l’ancien couvent des Cordeliers.
Le mur fortifié n’a malheureusement pas été mis au
jour. Aucune architecture n’est présente à l’aplomb
de la fondation des piliers de la galerie nord ainsi
que dans les deux autres sondages ouverts plus au
sud. Une tranchée d’épierrement a bien été identifiée
à l’approche de ladite fondation, mais l’excavation
s’inscrit dans une chronologie beaucoup plus récente
que celle jusqu’à présent retenue s’agissant du
démantèlement du mur primitif. Sinon d’opter, par
conséquent, pour une révision des datations attachées
à l’évolution et à la destruction de l’enceinte primitive
(mais le peut-on sur la foi de sondages limités ?), il
faudra se résoudre à plaider en faveur d’un tracé plus
septentrional que celui jusqu’à présent proposé.

S’ils n’ont pas permis de repérer la fortification
recherchée, les trois sondages ont cependant livré
des informations qui concernent l’occupation antique,
médiévale et moderne du secteur. A une profondeur
comprise entre 3,20 et 3,40 m sous le sol actuel, une
séquence d’occupation antique a été atteinte sous
forme de murs maçonnés et d’un sol construit de type
terrazo-opus signinum ; le niveau ainsi matérialisé n’est
pas le plus ancien du site, mais simplement le plus
ancien accessible, la fouille n’ayant pu être poursuivie
jusqu’au substrat en raison de son exiguïté. Pour des
raisons et à une date inconnues, les ouvrages ont été
arasés, puis couverts par une accumulation de sols
en terre potentiellement liés à un mur relativement
puissant, ce même mur qui pourrait correspondre à
l’édification du mur d’enceinte, si l’on acceptait de
revoir la date de son occultation.

Les lieux sont ensuite remblayés, après que le mur sujet
à interrogation ait été épierré. Les sols se superposent
les uns aux autres dans un contexte dépourvu de
constructions. On peut se demander de la sorte, si
les lieux, durant l’ensemble du Moyen Age, n’ont pas
été fréquentés dans le cadre, sinon d’une place, tout
au moins d’un dégagement situé à l’approche d’un
carrefour ou d’un édifice public.

A la fin du XVe s., le site fait l’objet d’un important
exhaussement lors de la construction du nouveau
couvent des Franciscains. Un mur, construit quelques
décennies auparavant, à la lisière sud du périmètre
investigué, servira de fondation aux piliers de la galerie
méridionale du nouveau cloître.

Olivier GINOUVEZ
INRAP Méditerranée

Rue des Nauticards

Narbonne 15, rue des Nauticards

ANTIQUITE - ANTIQUITE TARDIVE

Le terrain d’une superficie de 800 m2, était destiné à
la construction d’une maison particulière. Le projet est
situé sur les bords de l’étang de Bages, à l’intérieur
de la petite station balnéaire crée au début du XXe s.
Elle avoisine des terrains ayant révélé de nombreuses
découvertes archéologique appartenant à des
éléments du port antique de Narbonne.

Deux occupations distinctes ont été reconnues. La
première qui couvre les années 20-70 ap. J.-C., voit
l’édification d’un bâtiment en bordure de rivage dont
seule la partie nord-orientale a été dégagée, et sans
doute d’un second bâtiment établi à flanc de pente
grâce à une structuration en terrasses. La seconde
occupation qui concerne le IIe s. correspond à la
restructuration du premier bâtiment et à l’occupation
certaine du bâtiment à flanc de pente. Les récupérations
de matériaux sur les murs, et notamment ceux mis
au jour dans le premier sondage, s’opèrent durant
l’Antiquité tardive.

Ainsi ce diagnostic permet d’établir une continuité
avec ceux menés par O. Ginouvez et D. Rolin à
quelques dizaines de mètres à l’ouest, à savoir une
urbanisation assez luxueuse qui couvre la fin de
l’époque augustéenne et le Ier s., période de plein
fonctionnement du port antique. Par ailleurs nous
avons pu observer en extension et en stratigraphie,
les couches de coquillages aperçues dans la parcelle
voisine, à l’est, lors d’un diagnostic mené en 2003
par O . Ginouvez. Il apparaît donc que ces deux
niveaux, dont l’un est mis en place à la fin de l’époque
augustéenne et l’autre après 70, sont des remblais
d’assainissement destinés à mettre hors d’eau les
constructions de bordure de rivage.

Véronique CANUT
INRAP Méditerranée

Rue de Pressencé

Narbonne 7 bis, rue de Pressencé

ANTIQUITE - ANTIQUITE TARDIVE

Le terrain d’une superficie de 35 m2, destiné à
l’aménagement d’une piscine, est situé dans le
quartier nord de la ville actuelle, dans le secteur d’une
vaste nécropole et à proximité immédiate de la voie
Domitienne. Il voisine des terrains où les découvertes
ont été nombreuses, en arrière du boulevard de
1848 : incinérations, inhumations en amphores,
sarcophages.

Le sondage ouvert sur 10 m2, révèle une occupation
antique dense. Cependant une vaste tranchée de
récupération tardive, présente sur plus de la moitié du
sondage , réduit en grande partie toute compréhension
des niveaux archéologiques. Si nous n’avons obtenu
qu’une vision lacunaire des occupations du Haut
Empire, nous pouvons toutefois envisager l’existence
d’un, voire deux, monuments funéraires grâce à la mise
en évidence d’un épais sol en mortier de chaux et d’un
bloc de taille à parements dressés entre 1,35 et 1,50 m
sous le sol actuel. Une fosse de plan ovale, à parois
droites et fond plat, contemporaine de la tranchée
de récupération contenant sur son fond, trois vases
intacts et deux récipients en verre évoquant un dépôt
datable du IVe s. de notre ère. Une tombe de même
époque a été repérée dans l’angle du sondage.

Véronique CANUT
INRAP Méditerranée

Lotissement Emeraude

Narbonne Lotissement Emeraude

HAUT MOYEN AGE

Le site de Narbonne-Emeraude se situe à moins de
5 km au sud de la colonie romaine de Narbo Martius,
en périphérie et en zone d’influence de celle-ci. Le site
a fait l’objet d’un diagnostic archéologique conduit
par Tanguy Wibaut (INRAP) en octobre 2008, qui avait
permis l’identification d’un bâtiment daté de l’Antiquité
tardive ou du haut Moyen Age, d’un silo probablement
associé à ce bâtiment et d’un fossé recoupant le bâti
et s’établissant dans la continuité d’une large combe
du massif calcaire du Villar de Fargues, située juste en
amont. Les résultats de ce diagnostic et la présence
avérée de vestiges antiques et médiévaux à proximité
immédiate ont motivé une prescription une fouille
archéologique préventive précédant la construction
d’un lotissement.

La fouille a permis de dégager un bâtiment
quadrangulaire orienté nord-sud de 8,6 m de longueur
sur 5,6 m de largeur. Les vestiges de ce bâtiment
sont très arasés : il n’en reste que les fondations
grossièrement parementées et sans traces de mortier.
En l’absence de niveaux de sols, l’aménagement
interne du bâtiment reste inconnu, mais la présence
de deux trous de poteaux et d’un massif empierré
à quelques dizaines de centimètres d’un des murs
porteurs du bâtiment attestent de la présence d’un
étage dans la partie nord du bâti, desservi par un petit
escalier interne.

Quelques silos, creusés pour la plupart directement
dans le substrat argilo-conglomératique, sont associés
au bâtiment, à une dizaine de mètres au sud de ce
dernier. Leur comblement a révélé la présence d’un
mobilier archéologique permettant de dater l’ensemble
de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle après J.-C.
Une sépulture en coffre d’individu périnatal, là encore
associée à la période d’occupation du site, a été
identifiée dans les remblais d’assainissement et de
préparation du bâti. La construction et l’aménagement
de l’ensemble a en effet nécessité une important phase
de remblaiement, très vraisemblablement dans le but
d’assainir cette zone. La proportion importante du
mobilier des VIe-VIIe siècles après J.-C. au sein de ces
remblais permet d’envisager la proximité immédiate
d’un site de cette période, non révélé par la fouille.

Le lot de mobilier récolté lors de cette opération se
distingue par la présence de nombreux éléments
d’importation céramiques (amphores africaines
notamment) offrant une datation relativement précise
de l’ensemble. Ce lot pourrait témoigner de l’influence
persistante entre les VIe et VIIIe siècles de Narbonne
dans la diffusion et le commerce du mobilier du monde
méditerranéen.

Julien COURTOIS
SARL ACTER

Le système portuaire

Narbonne Le système portuaire narbonnais entre Méditerranée et Atlantique : du IIe siècle avant J.-C. au Bas Empire

Introduction
Evolution du SIG
Les recherches géophysiques
Les sondages archéologiques terrestres au
Castélou

Synthèse

Narbonne, Colonia Narbo Martius, représente le point
de rencontre entre les grands axes terrestres (voies
domitienne et d’Aquitaine) mais également fluviaux
et maritimes. Or, exceptés des tronçons de voie
domitienne observés en ville ou dans sa périphérie, le
système viaire reste peu appréhendé dans Narbonne
et sur son territoire proche. C’est dans le cadre
d’un PCR intitulé « Le système portuaire narbonnais
entre Méditerranée et Atlantique du IIe siècle avant
J.-C. au Bas Empire » qu’une chaussée menant très
certainement à une zone portuaire a été mise au
jour. À quatre kilomètres au sud de Narbonne, les
étangs de Bages et de Sigean auraient abrité, durant
l’Antiquité, des « avant-ports » reliés à la ville par un
réseau encore très visible dans le paysage. En 1955,
M. Guy avait cerné le parcellaire de ce secteur qui n’a
jamais été archéologiquement sondé. Excepté le site
de Port-la-Nautique qui a fonctionné entre les années
40/30 av. J.-C. et 60/70 ap. J.-C. (Sanchez 2008),
aucun autre port postérieur à ces dates n’est connu,
sans doute à cause du fort atterrissement de la lagune
narbonnaise. Les questions soulevées, notamment
les contraintes naturelles des plaines alluviales, le
risque fluvial et les répercussions de l’anthropisation,
nécessitent une approche pluridisciplinaire. Ainsi, la
méthodologie développée dans le cadre de ce PCR
propose de coupler la photo-interprétation avec le
géoréférencement des cartes anciennes, les données
géomorphologiques et archéologiques afin d’aboutir
à une interprétation paléo-hydrographique de la
zone littorale narbonnaise qui permettra de cerner
l’organisation de l’espace portuaire antique.

Ce projet collectif de recherche commencé en 2005
s’est poursuivi en 2009 par les opérations suivantes :

  • le développement du S.I.G. avec l’intégration des
    nouvelles données archéologiques et géophysiques,
  • des prospections géophysiques dans les secteurs
    de Mandirac et du Castelou, au nord et au sud des
    secteurs prospectés en 2007 et 2008,
  • des investigations comparables au nord de l’étang
    de Bages (Port-La-Nautique) sur une anomalie
    topographique repérée sur des photographies
    aériennes,
  • des sondages archéologiques terrestres af n de valider
    les hypothèses résultant de la détection géophysique.

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1. Evolution du S.I.G.

Toutes les données du P.C.R. sont intégrées dans le
S.I.G. qui a permis de constituer une cartothèque
historique quasiment complète depuis le début du
XVIIIe siècle. Le recueil des cartes, leur numérisation,
leur géo-référencement et la connaissance du
contexte dans lequel elles ont été produites sont
autant d’informations que nous pouvons dorénavant
exploiter dans le cadre de nos recherches. Les
méthodes de géo-référencement mises au point, tant
pour les cartes utilisant un système de projection plus
ancien que l’actuel, que pour celles n’en utilisant pas,
constituent une approche relativement inédite et très
prometteuse des études paléogéographiques. De
plus la création de métadonnées qui précisent les
questions de levé, de publication, d’échelle, d’auteur
et de révisions des différentes cartes, nous permettent
de mettre à disposition l’ensemble de ces documents
avec l’appareil critique nécessaire à leur analyse. Le
P.C.R. dispose aujourd’hui d’un ensemble de données
cohérent, tant du point de vue des référentiels que
des sites archéologiques ou des opérations menées
par ses membres. L’enregistrement systématique
dans le S.I.G. permet de sauvegarder l’ensemble des
informations acquises dans des formats de fichiers
standards et géo-référencés. Le S.I.G. a été largement
sollicité dans le cadre de la préparation de certaines
opérations de terrain mais aussi pour la réalisation de
documents cartographiques à fin de publication ou
d’exposition.

Les recherches géomorphologiques en cours vont
venir apporter leur lot d’informations nouvelles qui
seront intégrées au S.I.G. et qui vont l’orienter au cours
des années futures vers la modélisation des terrains,
de la surface mais aussi du sous sol, afin de percevoir
les modalités d’édification sur ce milieu.

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2. Les recherches géophysiques

En 2007 et 2008 les premières prospections
géophysiques terrestres ont été réalisées dans le
secteur du Castélou et de Mandirac afin de déterminer
l’extension, la géométrie et la nature de traces visibles
sur d’anciennes photographies aériennes. Ces
traces pouvaient correspondre à un paléochenal de
l’Aude. Celui-ci aurait été susceptible d’avoir permis
l’acheminement des marchandises vers Narbonne,
depuis un nouvel avant-port remplaçant celui de Port-la-
Nautique, colmaté par un dépôt rapide (Falguéra et
al. 2000). Les sondages archéologiques réalisés en
2008 ont permis notamment de mettre en évidence un
tronçon d’environ 500 m d’une voie antique longeant
l’étang. Suite à ces résultats très encourageants, les
prospections géophysiques ont été poursuivies en 2009
au nord et au sud du secteur précédemment sondé. Des
investigations comparables ont également été menées
au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique) sur une
anomalie topographique particulièrement surprenante
située à quelques dizaines de mètres du littoral actuel,
au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique). Une
photographie aérienne de la zone indique la présence
probable de structures enfouies : une anomalie
rectangulaire au centre de l’image pourrait s’apparenter
aux vestiges d’un bâtiment. Plusieurs carottages
ont été réalisés sur le site en 1999 par EDF mais ces
investigations ont principalement révélé la présence
de matériaux naturels. La présence de moellons a
cependant été relevée dans deux carottages. Notons
que ce site se trouve à proximité des seuls vestiges
attribuables de manière certaine à des infrastructures
portuaires antiques.

Dans le secteur de Mandirac, un ensemble d’une
douzaine d’anomalies d’intérêt archéologique, d’une
superficie de quelques dizaines à quelques centaines
de mètres carrés chacune, ont été repérées. Elles
sont pour moitié plus conductrices que les terrains
avoisinants et pour moitié plus résistantes. Ces
anomalies se répartissent sur une zone de plus d’un
hectare recoupant trois parcelles de vignes. Une autre
anomalie présente une géométrie beaucoup plus
simple. Il s’agit d’une bande conductrice d’environ
25 m de large et 80 m de long qui pourrait correspondre
à un paléochenal. Elle est orienté NE-SW. Plus à l’est,
une autre bande conductrice est visible. Toutefois son
origine est incertaine car il pourrait s’agir d’un effet
de bordure. Notons que la voie de chemin de fer est
située à une très faible distance de cette limite de
parcelle. Au SW, les anomalies sont organisées en
longues bandes étroites, conductrices ou résistantes,
orientées NE-SW.

Au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique), des
investigations électromagnétiques ont été menées afin
d’identifier d’éventuelles structures archéologiques.
Au final, la structure globale apparait comme un
creusement subcirculaire du substrat rocheux sur
plusieurs mètres ayant une face d’environ 40 m à
l’est et une « ouverture » d’environ 11 m de large au
NW, peut-être fermée par un ouvrage. Cette structure
originale semble pouvoir avoir un lien très fort avec la
mer. En effet, il semblerait qu’elle ait pu être ouverte
vers l’étang. S’agit-il d’un bassin ou d’un vivier comme
certains l’on déjà proposé ? Ce n’est pas la prospection
géophysique qui permettra de trancher. Par contre
une fouille ou un sondage permettrait non seulement
d’identifier la fonction de cet aménagement, mais
aussi de le dater, car rien ne permet pour le moment
de l’attribuer à l’Antiquité.

Les études géophysiques au Castélou/Mandirac et
à La Nautique se révèlent particulièrement riche et
complètent largement notre connaissance de ces lieux.
D’un point de vue méthodologique, la prospection
électromagnétique s’est à nouveau révélée efficace
et rapide sur ces zones très conductrices. La facilité
d’utilisation de l’EM38 couplée à un ordinateur de
poche a permis d’implanter rapidement les sondages
archéologiques. Leur position a en effet pu être
déterminée sur le terrain le jour même, simplement en
observant les variations du signal de conductivité sur
l’écran, au cours de l’acquisition. De plus, l’utilisation
conjointe de l’EM38-MK2 et de l’EM31 offre trois
profondeurs d’investigations qui permettent, comme
à La Nautique, d’évaluer la profondeur des structures.

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3. Les sondages archéologiques terrestres au
Castélou

Au coeur du conservatoire du littoral, le site du Castélou/
Mandirac, à l’est des étangs de Bages et de Sigean,
correspond à une zone atterrie. Les photographies
aériennes ont mis en évidence des anomalies
interprétées comme les traces d’une canalisation du
fleuve Aude. Des zones résistantes parallèles à la
route ainsi que des structures en creux sont clairement
visibles. La publication de synthèse sur « Narbonne :
cadre naturel et ports à l’époque romaine » évoque
pour le Castélou, à partir des traces très nettes sur les
photographies aériennes, une « embouchure canalisée
(de 30 à 40 m de large) » (Falguéra et al. 2000). Une
anomalie rectiligne dans le secteur Sud de direction
Nord-Ouest/Sud-Est est interprétée comme un canal de
jonction entre deux étangs. Port-la-Nautique est alors
proposé comme port relais pendant la construction
ou la réfection du Castélou-Mandirac, l’Aude étant
alors déviée vers l’étang de Bages. Le croisement des
interprétations des photographies aériennes et des
résultats géophysiques ont orienté le positionnement
des sondages archéologiques. En 2009, les sondages
ont confirmé l’importance de la voie découverte en
2008 ; elle est fondée sur des niveaux instables dans
une zone extrêmement marécageuse.

Du Nord au Sud, cette chaussée s’adapte au
milieu dans lequel elle s’installe et sur lequel elle va
certainement avoir des implications.

Au Nord, la voie est stabilisée par des alignements
d’amphores plantées à la verticale dans des niveaux
sableux. Ces dernières, essentiellement des Dr.2/4 de
Tarraconaise, correspondent à un type que l’on retrouve
très ponctuellement dans les derniers niveaux de Port-la-
Nautique. L’espace entre les amphores est comblé
par de nombreux tessons et des ossements de grands
animaux. Le tout est recouvert par des coquillages et
des fragments d’amphores posés à plat. Vient ensuite
la surface de circulation, composée par deux niveaux
de cailloutis. La chaussée longe un chenal probable
de 80 m de large mis en évidence par les prospections
géophysiques. Vers l’ouest, l’observation des dépôts
montre que l’on est à environ 150 mètres d’une paléo-baie
en partie encore existante sur les cartes du XVIIIe
siècle.

Vers le sud, cette voie se poursuit et se trouve au plus
près de la paléo-baie observée sur les cartes anciennes.
Bordée par deux empierrements, elle est comblée par
des remblais provenant de niveaux de destruction de
domus incendiées à la fi n du Ier ou au début du IIe s.
ap. J.-C. Le mobilier, présentant clairement des traces
de feu, est abondant et de grande qualité : les sigillées
marbrées sont ici représentées dans des proportions
exceptionnelles. Se retrouvent également de nombreux
matériaux de construction : tegulae, moellons, mortier
de tuileau, enduits peints… Touchée par les entrées
maritimes, la partie orientale est maintenue par des
planches soutenues par des pieux bruts, en chêne,
d’une dizaine de centimètres de diamètre. Devant
ces pieux, un amas de moellons calcaire d’au moins
1,20 m de hauteur consolide l’ouvrage.

Toujours plus au sud, longeant l’étang, la voie prend
appui sur des niveaux assez stables. De direction nord/
sud, elle est parallèle à la route actuelle et correspond
aux anomalies observées en photographie aérienne
et par les prospections géophysiques. La voie, qui
mesurait 12,5 m de large vers le Nord, s’élargit vers
le sud et se suit en largeur sur plus de 17 m. Sa limite
occidentale n’est pas très claire car elle s’enfonce vers
l’étang. Sa pente est proche de 4% et dépasse les 4%
plus au sud.

Cette voie est formée par un important apport de
galets qui repose sur un niveau sableux très humide.
L’anomalie formant un tracé blanc visible sur les
photographies aériennes et interprétée comme la
limite d’un chenal correspond à une limite de l’étang
contre la voie. Le premier niveau de voie, assez épais,
est composé de galets de petites dimensions : 3 cm
de diamètre en moyenne. Dans un second état, ils
sont en général plus grands, atteignant parfois 5 à 6
cm. Ces galets proviennent des affleurements de la
terrasse du Quatourze, visibles dans la rupture de pente
surplombant Port-la-Nautique. Pour les deux états, les
ornières sont peu marquées ainsi que les niveaux de
rechargement. Le premier aménagement de la voie se
caractérise par un cailloutis extrêmement compact
et formant une surface très uniforme et dense en
surface. Sa limite occidentale, au contact avec l’étang,
est identique à la seconde voie, avec une construction
en pierres calcaires. En revanche, sa limite orientale,
visible par la disparition du cailloutis prouve que sa
largeur est moindre, une dizaine de mètres au lieu de
12,5 m pour la voie la plus récente.

Un niveau sablo-limoneux d’une vingtaine de
centimètres d’épaisseur vient totalement recouvrir le
premier niveau de voie. Il a emprisonné des tessons
de grandes dimensions mais également des tessons
roulés. La présence de fragments de sigillées sud-gauloises
Drag.37 permet de proposer une datation
postérieure à 70 ap. J.-C. Cette date est importante
car elle correspond à l’abandon du site de Port-la-
Nautique où des activités portuaires sont reconnues
depuis la fin du Ier s. ap J.-C. Ce niveau ne semble pas
correspondre à un remblai de rehaussement mais à un
important événement naturel.

Le dernier état de la voie est recouvert par du sable
amenant de nombreux tessons antiques. Les limites
orientales et occidentales de la voie sont observables.
La limite occidentale est réalisée à l’aide de blocs
calcaires non taillés. Ces blocs de calcaire sont de
modules différents, entre 13 et 36 cm et sont noyés
dans les galets. Ils sont disposés lors du premier
niveau de voie. La limite orientale se caractérise par la
raréfaction progressive des galets mais il semble aussi
que des aménagements ont été réalisés sur certains
tronçons où des négatifs de piquets sont visibles.
Un autre événement naturel mais ayant drainé moins
de matériaux est matérialisé par une faible épaisseur
de sédiments qui recouvre le second état de la voie.
Il est probable qu’un apport de matériaux ait en partie
recouvert la seconde voie. Dans ce cas, cet apport
est plus important vers le sud et l’ouest. Alors que le
premier recouvrement est uniforme (une vingtaine de
centimètres), ce dernier événement semble lié à un
apport de sédiments venant du sud-ouest.

Encore plus au sud, l’instabilité grandissante nécessite
des aménagements toujours plus imposants : des blocs
de plus d’une tonne chacun, récupérés probablement
d’un temple antique, renforcent le bas-côté de la voie
contre laquelle des dépôts sableux sont visibles. Deux
linteaux et surtout une dizaine de blocs en molasse ont
été dégagés. Ils reposent sur un niveau de moellons
calcaires. Le basculement d’une des pierres en grand
appareil permet de l’identifi er comme un élément de
corniche.

Les vestiges les plus méridionaux devraient permettre
d’interpréter la fonction de ce secteur : en surface,
du grand appareil montre l’existence d’une structure
imposante dans une zone marécageuse. Dans la zone
méridionale, des traces est/ouest sur les photographies
aériennes sont interprétées comme un chenal. En effet,
selon les hypothèses anciennes, un canal d’1 km de
long de direction est-ouest permettait aux bateaux de
passer d’un étang à l’autre. Cette hypothèse pourrait-elle
expliquer la forte concentration d’épaves vers
Gruissan (Solier et col. 1981), ces derniers s’échouant
en tentant d’accéder à cette passe ? Il n’est pas non
plus exclu qu’il s’agisse d’une autre voie, faisant
peut-être le lien entre l’Aude et l’étang ou bien entre
les étangs de Gruissan et de Bages. Cette limite est
visible sur le cadastre napoléonien. Les questions de
chronologie sont également à vérifier.

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Actuellement, les recherches menées dans le cadre du
Projet Collectif sur les zones portuaires de Narbonne
posent la question du passage depuis les étangs de
Gruissan vers l’étang de Bages et Sigean : le Castélou
pourrait être une zone de contact. Au sud, la voie
s’arrête près d’une anomalie très importante. Les
prospections subaquatiques dans l’étang de Bages
ont montré la présence à ce niveau de nombreux
fragments de céramiques, témoignant d’une forte
activité dans ce secteur. Les sondages réalisés en
2009 démontrent l’existence d’une chaussée qui, de
part son importance, son intégration et son adaptation
à un milieu contraignant très humide, ne peut être
qu’un ouvrage public.

Pour l’équipe du PCR : Julien CAVERO,
Marion DRUEZ, Marie-Pierre JEZEGOU,
Vivien MATHE, Corinne SANCHEZ
Coordination : Marie-Pierre JEZEGOU,
MCC - DRASSM

Narbonne, Système portuaire narbonnais
Vue générale de la zone du Castélou avec la chaussée matérialisée (J. Cavero).

Suite à une mauvaise récupération de cette illustration, nous vous invitions à vous reporter à l’original.

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