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Narbonne : toutes opérations

Notices extraites du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

Cloître des Cordeliers

Narbonne Cloître des Cordeliers

MOYEN AGE - EPOQUE MODERNE

L’étude conduite au lieu dit Cloître des Cordeliers, avait pour principal objectif l’étude d’un tronçon du mur nord de l’enceinte urbaine attribuée à la fin du IIIe siècle de n.e. Il s’agissait par là même de vérifier l’hypothèse du tracé de la fortifi ation, fondée sur la prise en compte de découvertes anciennes, notamment celle d’un mur large de 2,70 m au niveau de l’impasse du refuge longeant le côté ouest du groupe de maisons bâties sur le site de l’ancien couvent des Cordeliers. Le mur fortifié n’a malheureusement pas été mis au jour. Aucune architecture n’est présente à l’aplomb de la fondation des piliers de la galerie nord ainsi que dans les deux autres sondages ouverts plus au sud. Une tranchée d’épierrement a bien été identifiée à l’approche de ladite fondation, mais l’excavation s’inscrit dans une chronologie beaucoup plus récente que celle jusqu’à présent retenue s’agissant du démantèlement du mur primitif. Sinon d’opter, par conséquent, pour une révision des datations attachées à l’évolution et à la destruction de l’enceinte primitive (mais le peut-on sur la foi de sondages limités ?), il faudra se résoudre à plaider en faveur d’un tracé plus septentrional que celui jusqu’à présent proposé.

S’ils n’ont pas permis de repérer la fortification recherchée, les trois sondages ont cependant livré des informations qui concernent l’occupation antique, médiévale et moderne du secteur. A une profondeur comprise entre 3,20 et 3,40 m sous le sol actuel, une séquence d’occupation antique a été atteinte sous forme de murs maçonnés et d’un sol construit de type terrazo-opus signinum ; le niveau ainsi matérialisé n’est pas le plus ancien du site, mais simplement le plus ancien accessible, la fouille n’ayant pu être poursuivie jusqu’au substrat en raison de son exiguïté. Pour des raisons et à une date inconnues, les ouvrages ont été arasés, puis couverts par une accumulation de sols en terre potentiellement liés à un mur relativement puissant, ce même mur qui pourrait correspondre à l’édification du mur d’enceinte, si l’on acceptait de revoir la date de son occultation.

Les lieux sont ensuite remblayés, après que le mur sujet à interrogation ait été épierré. Les sols se superposent les uns aux autres dans un contexte dépourvu de constructions. On peut se demander de la sorte, si les lieux, durant l’ensemble du Moyen Age, n’ont pas été fréquentés dans le cadre, sinon d’une place, tout au moins d’un dégagement situé à l’approche d’un carrefour ou d’un édifice public.

A la fin du XVe s., le site fait l’objet d’un important exhaussement lors de la construction du nouveau couvent des Franciscains. Un mur, construit quelques décennies auparavant, à la lisière sud du périmètre investigué, servira de fondation aux piliers de la galerie méridionale du nouveau cloître.

Olivier GINOUVEZ
INRAP Méditerranée

Rue des Nauticards

Narbonne 15, rue des Nauticards

ANTIQUITE - ANTIQUITE TARDIVE

Le terrain d’une superficie de 800 m2, était destiné à la construction d’une maison particulière. Le projet est situé sur les bords de l’étang de Bages, à l’intérieur de la petite station balnéaire crée au début du XXe s. Elle avoisine des terrains ayant révélé de nombreuses découvertes archéologique appartenant à des éléments du port antique de Narbonne.

Deux occupations distinctes ont été reconnues. La première qui couvre les années 20-70 ap. J.-C., voit l’édification d’un bâtiment en bordure de rivage dont seule la partie nord-orientale a été dégagée, et sans doute d’un second bâtiment établi à flanc de pente grâce à une structuration en terrasses. La seconde occupation qui concerne le IIe s. correspond à la restructuration du premier bâtiment et à l’occupation certaine du bâtiment à flanc de pente. Les récupérations de matériaux sur les murs, et notamment ceux mis au jour dans le premier sondage, s’opèrent durant l’Antiquité tardive.

Ainsi ce diagnostic permet d’établir une continuité avec ceux menés par O. Ginouvez et D. Rolin à quelques dizaines de mètres à l’ouest, à savoir une urbanisation assez luxueuse qui couvre la fin de l’époque augustéenne et le Ier s., période de plein fonctionnement du port antique. Par ailleurs nous avons pu observer en extension et en stratigraphie, les couches de coquillages aperçues dans la parcelle voisine, à l’est, lors d’un diagnostic mené en 2003 par O . Ginouvez. Il apparaît donc que ces deux niveaux, dont l’un est mis en place à la fin de l’époque augustéenne et l’autre après 70, sont des remblais d’assainissement destinés à mettre hors d’eau les constructions de bordure de rivage.

Véronique CANUT
INRAP Méditerranée

Rue de Pressencé

Narbonne 7 bis, rue de Pressencé

ANTIQUITE - ANTIQUITE TARDIVE

Le terrain d’une superficie de 35 m2, destiné à l’aménagement d’une piscine, est situé dans le quartier nord de la ville actuelle, dans le secteur d’une vaste nécropole et à proximité immédiate de la voie Domitienne. Il voisine des terrains où les découvertes ont été nombreuses, en arrière du boulevard de 1848 : incinérations, inhumations en amphores, sarcophages.

Le sondage ouvert sur 10 m2, révèle une occupation antique dense. Cependant une vaste tranchée de récupération tardive, présente sur plus de la moitié du sondage , réduit en grande partie toute compréhension des niveaux archéologiques. Si nous n’avons obtenu qu’une vision lacunaire des occupations du Haut Empire, nous pouvons toutefois envisager l’existence d’un, voire deux, monuments funéraires grâce à la mise en évidence d’un épais sol en mortier de chaux et d’un bloc de taille à parements dressés entre 1,35 et 1,50 m sous le sol actuel. Une fosse de plan ovale, à parois droites et fond plat, contemporaine de la tranchée de récupération contenant sur son fond, trois vases intacts et deux récipients en verre évoquant un dépôt datable du IVe s. de notre ère. Une tombe de même époque a été repérée dans l’angle du sondage.

Véronique CANUT
INRAP Méditerranée

Lotissement Emeraude

Narbonne Lotissement Emeraude

HAUT MOYEN AGE

Le site de Narbonne-Emeraude se situe à moins de 5 km au sud de la colonie romaine de Narbo Martius, en périphérie et en zone d’influence de celle-ci. Le site a fait l’objet d’un diagnostic archéologique conduit par Tanguy Wibaut (INRAP) en octobre 2008, qui avait permis l’identification d’un bâtiment daté de l’Antiquité tardive ou du haut Moyen Age, d’un silo probablement associé à ce bâtiment et d’un fossé recoupant le bâti et s’établissant dans la continuité d’une large combe du massif calcaire du Villar de Fargues, située juste en amont. Les résultats de ce diagnostic et la présence avérée de vestiges antiques et médiévaux à proximité immédiate ont motivé une prescription une fouille archéologique préventive précédant la construction d’un lotissement.

La fouille a permis de dégager un bâtiment quadrangulaire orienté nord-sud de 8,6 m de longueur sur 5,6 m de largeur. Les vestiges de ce bâtiment sont très arasés : il n’en reste que les fondations grossièrement parementées et sans traces de mortier. En l’absence de niveaux de sols, l’aménagement interne du bâtiment reste inconnu, mais la présence de deux trous de poteaux et d’un massif empierré à quelques dizaines de centimètres d’un des murs porteurs du bâtiment attestent de la présence d’un étage dans la partie nord du bâti, desservi par un petit escalier interne.

Quelques silos, creusés pour la plupart directement dans le substrat argilo-conglomératique, sont associés au bâtiment, à une dizaine de mètres au sud de ce dernier. Leur comblement a révélé la présence d’un mobilier archéologique permettant de dater l’ensemble de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle après J.-C. Une sépulture en coffre d’individu périnatal, là encore associée à la période d’occupation du site, a été identifiée dans les remblais d’assainissement et de préparation du bâti. La construction et l’aménagement de l’ensemble a en effet nécessité une important phase de remblaiement, très vraisemblablement dans le but d’assainir cette zone. La proportion importante du mobilier des VIe-VIIe siècles après J.-C. au sein de ces remblais permet d’envisager la proximité immédiate d’un site de cette période, non révélé par la fouille.

Le lot de mobilier récolté lors de cette opération se distingue par la présence de nombreux éléments d’importation céramiques (amphores africaines notamment) offrant une datation relativement précise de l’ensemble. Ce lot pourrait témoigner de l’influence persistante entre les VIe et VIIIe siècles de Narbonne dans la diffusion et le commerce du mobilier du monde méditerranéen.

Julien COURTOIS
SARL ACTER

Le système portuaire

Narbonne Le système portuaire narbonnais entre Méditerranée et Atlantique : du IIe siècle avant J.-C. au Bas Empire

Introduction
Evolution du SIG
Les recherches géophysiques
Les sondages archéologiques terrestres au Castélou
Synthèse

Narbonne, Colonia Narbo Martius, représente le point de rencontre entre les grands axes terrestres (voies domitienne et d’Aquitaine) mais également fluviaux et maritimes. Or, exceptés des tronçons de voie domitienne observés en ville ou dans sa périphérie, le système viaire reste peu appréhendé dans Narbonne et sur son territoire proche. C’est dans le cadre d’un PCR intitulé « Le système portuaire narbonnais entre Méditerranée et Atlantique du IIe siècle avant J.-C. au Bas Empire » qu’une chaussée menant très certainement à une zone portuaire a été mise au jour. À quatre kilomètres au sud de Narbonne, les étangs de Bages et de Sigean auraient abrité, durant l’Antiquité, des « avant-ports » reliés à la ville par un réseau encore très visible dans le paysage. En 1955, M. Guy avait cerné le parcellaire de ce secteur qui n’a jamais été archéologiquement sondé. Excepté le site de Port-la-Nautique qui a fonctionné entre les années 40/30 av. J.-C. et 60/70 ap. J.-C. (Sanchez 2008), aucun autre port postérieur à ces dates n’est connu, sans doute à cause du fort atterrissement de la lagune narbonnaise. Les questions soulevées, notamment les contraintes naturelles des plaines alluviales, le risque fluvial et les répercussions de l’anthropisation, nécessitent une approche pluridisciplinaire. Ainsi, la méthodologie développée dans le cadre de ce PCR propose de coupler la photo-interprétation avec le géoréférencement des cartes anciennes, les données géomorphologiques et archéologiques afin d’aboutir à une interprétation paléo-hydrographique de la zone littorale narbonnaise qui permettra de cerner l’organisation de l’espace portuaire antique.

Ce projet collectif de recherche commencé en 2005 s’est poursuivi en 2009 par les opérations suivantes :
- le développement du S.I.G. avec l’intégration des nouvelles données archéologiques et géophysiques,
- des prospections géophysiques dans les secteurs de Mandirac et du Castelou, au nord et au sud des secteurs prospectés en 2007 et 2008,
- des investigations comparables au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique) sur une anomalie topographique repérée sur des photographies aériennes,
- des sondages archéologiques terrestres af n de valider les hypothèses résultant de la détection géophysique.

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1. Evolution du S.I.G.

Toutes les données du P.C.R. sont intégrées dans le S.I.G. qui a permis de constituer une cartothèque historique quasiment complète depuis le début du XVIIIe siècle. Le recueil des cartes, leur numérisation, leur géo-référencement et la connaissance du contexte dans lequel elles ont été produites sont autant d’informations que nous pouvons dorénavant exploiter dans le cadre de nos recherches. Les méthodes de géo-référencement mises au point, tant pour les cartes utilisant un système de projection plus ancien que l’actuel, que pour celles n’en utilisant pas, constituent une approche relativement inédite et très prometteuse des études paléogéographiques. De plus la création de métadonnées qui précisent les questions de levé, de publication, d’échelle, d’auteur et de révisions des différentes cartes, nous permettent de mettre à disposition l’ensemble de ces documents avec l’appareil critique nécessaire à leur analyse. Le P.C.R. dispose aujourd’hui d’un ensemble de données cohérent, tant du point de vue des référentiels que des sites archéologiques ou des opérations menées par ses membres. L’enregistrement systématique dans le S.I.G. permet de sauvegarder l’ensemble des informations acquises dans des formats de fichiers standards et géo-référencés. Le S.I.G. a été largement sollicité dans le cadre de la préparation de certaines opérations de terrain mais aussi pour la réalisation de documents cartographiques à fin de publication ou d’exposition.

Les recherches géomorphologiques en cours vont venir apporter leur lot d’informations nouvelles qui seront intégrées au S.I.G. et qui vont l’orienter au cours des années futures vers la modélisation des terrains, de la surface mais aussi du sous sol, afin de percevoir les modalités d’édification sur ce milieu.

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2. Les recherches géophysiques

En 2007 et 2008 les premières prospections géophysiques terrestres ont été réalisées dans le secteur du Castélou et de Mandirac afin de déterminer l’extension, la géométrie et la nature de traces visibles sur d’anciennes photographies aériennes. Ces traces pouvaient correspondre à un paléochenal de l’Aude. Celui-ci aurait été susceptible d’avoir permis l’acheminement des marchandises vers Narbonne, depuis un nouvel avant-port remplaçant celui de Port-la- Nautique, colmaté par un dépôt rapide (Falguéra et al. 2000). Les sondages archéologiques réalisés en 2008 ont permis notamment de mettre en évidence un tronçon d’environ 500 m d’une voie antique longeant l’étang. Suite à ces résultats très encourageants, les prospections géophysiques ont été poursuivies en 2009 au nord et au sud du secteur précédemment sondé. Des investigations comparables ont également été menées au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique) sur une anomalie topographique particulièrement surprenante située à quelques dizaines de mètres du littoral actuel, au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique). Une photographie aérienne de la zone indique la présence probable de structures enfouies : une anomalie rectangulaire au centre de l’image pourrait s’apparenter aux vestiges d’un bâtiment. Plusieurs carottages ont été réalisés sur le site en 1999 par EDF mais ces investigations ont principalement révélé la présence de matériaux naturels. La présence de moellons a cependant été relevée dans deux carottages. Notons que ce site se trouve à proximité des seuls vestiges attribuables de manière certaine à des infrastructures portuaires antiques.

Dans le secteur de Mandirac, un ensemble d’une douzaine d’anomalies d’intérêt archéologique, d’une superficie de quelques dizaines à quelques centaines de mètres carrés chacune, ont été repérées. Elles sont pour moitié plus conductrices que les terrains avoisinants et pour moitié plus résistantes. Ces anomalies se répartissent sur une zone de plus d’un hectare recoupant trois parcelles de vignes. Une autre anomalie présente une géométrie beaucoup plus simple. Il s’agit d’une bande conductrice d’environ 25 m de large et 80 m de long qui pourrait correspondre à un paléochenal. Elle est orienté NE-SW. Plus à l’est, une autre bande conductrice est visible. Toutefois son origine est incertaine car il pourrait s’agir d’un effet de bordure. Notons que la voie de chemin de fer est située à une très faible distance de cette limite de parcelle. Au SW, les anomalies sont organisées en longues bandes étroites, conductrices ou résistantes, orientées NE-SW.

Au nord de l’étang de Bages (Port-La-Nautique), des investigations électromagnétiques ont été menées afin d’identifier d’éventuelles structures archéologiques. Au final, la structure globale apparait comme un creusement subcirculaire du substrat rocheux sur plusieurs mètres ayant une face d’environ 40 m à l’est et une « ouverture » d’environ 11 m de large au NW, peut-être fermée par un ouvrage. Cette structure originale semble pouvoir avoir un lien très fort avec la mer. En effet, il semblerait qu’elle ait pu être ouverte vers l’étang. S’agit-il d’un bassin ou d’un vivier comme certains l’on déjà proposé ? Ce n’est pas la prospection géophysique qui permettra de trancher. Par contre une fouille ou un sondage permettrait non seulement d’identifier la fonction de cet aménagement, mais aussi de le dater, car rien ne permet pour le moment de l’attribuer à l’Antiquité.

Les études géophysiques au Castélou/Mandirac et à La Nautique se révèlent particulièrement riche et complètent largement notre connaissance de ces lieux. D’un point de vue méthodologique, la prospection électromagnétique s’est à nouveau révélée efficace et rapide sur ces zones très conductrices. La facilité d’utilisation de l’EM38 couplée à un ordinateur de poche a permis d’implanter rapidement les sondages archéologiques. Leur position a en effet pu être déterminée sur le terrain le jour même, simplement en observant les variations du signal de conductivité sur l’écran, au cours de l’acquisition. De plus, l’utilisation conjointe de l’EM38-MK2 et de l’EM31 offre trois profondeurs d’investigations qui permettent, comme à La Nautique, d’évaluer la profondeur des structures.

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3. Les sondages archéologiques terrestres au Castélou

Au coeur du conservatoire du littoral, le site du Castélou/ Mandirac, à l’est des étangs de Bages et de Sigean, correspond à une zone atterrie. Les photographies aériennes ont mis en évidence des anomalies interprétées comme les traces d’une canalisation du fleuve Aude. Des zones résistantes parallèles à la route ainsi que des structures en creux sont clairement visibles. La publication de synthèse sur « Narbonne : cadre naturel et ports à l’époque romaine » évoque pour le Castélou, à partir des traces très nettes sur les photographies aériennes, une « embouchure canalisée (de 30 à 40 m de large) » (Falguéra et al. 2000). Une anomalie rectiligne dans le secteur Sud de direction Nord-Ouest/Sud-Est est interprétée comme un canal de jonction entre deux étangs. Port-la-Nautique est alors proposé comme port relais pendant la construction ou la réfection du Castélou-Mandirac, l’Aude étant alors déviée vers l’étang de Bages. Le croisement des interprétations des photographies aériennes et des résultats géophysiques ont orienté le positionnement des sondages archéologiques. En 2009, les sondages ont confirmé l’importance de la voie découverte en 2008 ; elle est fondée sur des niveaux instables dans une zone extrêmement marécageuse.

Du Nord au Sud, cette chaussée s’adapte au milieu dans lequel elle s’installe et sur lequel elle va certainement avoir des implications.

Au Nord, la voie est stabilisée par des alignements d’amphores plantées à la verticale dans des niveaux sableux. Ces dernières, essentiellement des Dr.2/4 de Tarraconaise, correspondent à un type que l’on retrouve très ponctuellement dans les derniers niveaux de Port-la- Nautique. L’espace entre les amphores est comblé par de nombreux tessons et des ossements de grands animaux. Le tout est recouvert par des coquillages et des fragments d’amphores posés à plat. Vient ensuite la surface de circulation, composée par deux niveaux de cailloutis. La chaussée longe un chenal probable de 80 m de large mis en évidence par les prospections géophysiques. Vers l’ouest, l’observation des dépôts montre que l’on est à environ 150 mètres d’une paléo-baie en partie encore existante sur les cartes du XVIIIe siècle.

Vers le sud, cette voie se poursuit et se trouve au plus près de la paléo-baie observée sur les cartes anciennes. Bordée par deux empierrements, elle est comblée par des remblais provenant de niveaux de destruction de domus incendiées à la fi n du Ier ou au début du IIe s. ap. J.-C. Le mobilier, présentant clairement des traces de feu, est abondant et de grande qualité : les sigillées marbrées sont ici représentées dans des proportions exceptionnelles. Se retrouvent également de nombreux matériaux de construction : tegulae, moellons, mortier de tuileau, enduits peints… Touchée par les entrées maritimes, la partie orientale est maintenue par des planches soutenues par des pieux bruts, en chêne, d’une dizaine de centimètres de diamètre. Devant ces pieux, un amas de moellons calcaire d’au moins 1,20 m de hauteur consolide l’ouvrage.

Toujours plus au sud, longeant l’étang, la voie prend appui sur des niveaux assez stables. De direction nord/ sud, elle est parallèle à la route actuelle et correspond aux anomalies observées en photographie aérienne et par les prospections géophysiques. La voie, qui mesurait 12,5 m de large vers le Nord, s’élargit vers le sud et se suit en largeur sur plus de 17 m. Sa limite occidentale n’est pas très claire car elle s’enfonce vers l’étang. Sa pente est proche de 4% et dépasse les 4% plus au sud.

Cette voie est formée par un important apport de galets qui repose sur un niveau sableux très humide. L’anomalie formant un tracé blanc visible sur les photographies aériennes et interprétée comme la limite d’un chenal correspond à une limite de l’étang contre la voie. Le premier niveau de voie, assez épais, est composé de galets de petites dimensions : 3 cm de diamètre en moyenne. Dans un second état, ils sont en général plus grands, atteignant parfois 5 à 6 cm. Ces galets proviennent des affleurements de la terrasse du Quatourze, visibles dans la rupture de pente surplombant Port-la-Nautique. Pour les deux états, les ornières sont peu marquées ainsi que les niveaux de rechargement. Le premier aménagement de la voie se caractérise par un cailloutis extrêmement compact et formant une surface très uniforme et dense en surface. Sa limite occidentale, au contact avec l’étang, est identique à la seconde voie, avec une construction en pierres calcaires. En revanche, sa limite orientale, visible par la disparition du cailloutis prouve que sa largeur est moindre, une dizaine de mètres au lieu de 12,5 m pour la voie la plus récente.

Un niveau sablo-limoneux d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur vient totalement recouvrir le premier niveau de voie. Il a emprisonné des tessons de grandes dimensions mais également des tessons roulés. La présence de fragments de sigillées sud-gauloises Drag.37 permet de proposer une datation postérieure à 70 ap. J.-C. Cette date est importante car elle correspond à l’abandon du site de Port-la- Nautique où des activités portuaires sont reconnues depuis la fin du Ier s. ap J.-C. Ce niveau ne semble pas correspondre à un remblai de rehaussement mais à un important événement naturel.

Le dernier état de la voie est recouvert par du sable amenant de nombreux tessons antiques. Les limites orientales et occidentales de la voie sont observables. La limite occidentale est réalisée à l’aide de blocs calcaires non taillés. Ces blocs de calcaire sont de modules différents, entre 13 et 36 cm et sont noyés dans les galets. Ils sont disposés lors du premier niveau de voie. La limite orientale se caractérise par la raréfaction progressive des galets mais il semble aussi que des aménagements ont été réalisés sur certains tronçons où des négatifs de piquets sont visibles. Un autre événement naturel mais ayant drainé moins de matériaux est matérialisé par une faible épaisseur de sédiments qui recouvre le second état de la voie. Il est probable qu’un apport de matériaux ait en partie recouvert la seconde voie. Dans ce cas, cet apport est plus important vers le sud et l’ouest. Alors que le premier recouvrement est uniforme (une vingtaine de centimètres), ce dernier événement semble lié à un apport de sédiments venant du sud-ouest.

Encore plus au sud, l’instabilité grandissante nécessite des aménagements toujours plus imposants : des blocs de plus d’une tonne chacun, récupérés probablement d’un temple antique, renforcent le bas-côté de la voie contre laquelle des dépôts sableux sont visibles. Deux linteaux et surtout une dizaine de blocs en molasse ont été dégagés. Ils reposent sur un niveau de moellons calcaires. Le basculement d’une des pierres en grand appareil permet de l’identifi er comme un élément de corniche.

Les vestiges les plus méridionaux devraient permettre d’interpréter la fonction de ce secteur : en surface, du grand appareil montre l’existence d’une structure imposante dans une zone marécageuse. Dans la zone méridionale, des traces est/ouest sur les photographies aériennes sont interprétées comme un chenal. En effet, selon les hypothèses anciennes, un canal d’1 km de long de direction est-ouest permettait aux bateaux de passer d’un étang à l’autre. Cette hypothèse pourrait-elle expliquer la forte concentration d’épaves vers Gruissan (Solier et col. 1981), ces derniers s’échouant en tentant d’accéder à cette passe ? Il n’est pas non plus exclu qu’il s’agisse d’une autre voie, faisant peut-être le lien entre l’Aude et l’étang ou bien entre les étangs de Gruissan et de Bages. Cette limite est visible sur le cadastre napoléonien. Les questions de chronologie sont également à vérifier.

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Actuellement, les recherches menées dans le cadre du Projet Collectif sur les zones portuaires de Narbonne posent la question du passage depuis les étangs de Gruissan vers l’étang de Bages et Sigean : le Castélou pourrait être une zone de contact. Au sud, la voie s’arrête près d’une anomalie très importante. Les prospections subaquatiques dans l’étang de Bages ont montré la présence à ce niveau de nombreux fragments de céramiques, témoignant d’une forte activité dans ce secteur. Les sondages réalisés en 2009 démontrent l’existence d’une chaussée qui, de part son importance, son intégration et son adaptation à un milieu contraignant très humide, ne peut être qu’un ouvrage public.

Pour l’équipe du PCR : Julien CAVERO,
Marion DRUEZ, Marie-Pierre JEZEGOU,
Vivien MATHE, Corinne SANCHEZ
Coordination : Marie-Pierre JEZEGOU,
MCC - DRASSM

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Narbonne, Système portuaire narbonnais
Vue générale de la zone du Castélou avec la chaussée matérialisée (J. Cavero).
Suite à une mauvaise récupération de cette illustration, nous vous invitions à vous reporter à l’original.

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