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Lastours et Fournès-Cabardès

Inclus dans le district minier de Salsigne, le plateau des Barrencs se situe dans la vallée de l’Orbiel, sur le versant méridional de la Montagne Noire (communes de Fournes-Cabardès et Lastours, Aude). Il est constitué de terrains paléozoïques traversés par deux filons subverticaux d’orientation N-S, dénommés Mourral de La Grave (filon ouest) et Barrencs de Fournes (filon est), minéralisés principalement en cuivre, mais aussi en plomb, argent et fer. Distants de 150 m l’un de l’autre, ils atteignent chacun 500 m de longueur pour une épaisseur variant de quelques centimètres à quelques mètres. Le gisement a fait l’objet de recherches minières limitées entre les années 1890 et 1960, visant à évaluer son potentiel économique. À défaut de zones minéralisées susceptibles d’être exploitées, les mineurs modernes ont recoupé d’anciens chantiers d’exploitation, de très grande ampleur. À l’aplomb de ces ouvrages souterrains, le plateau est percé de puits, de descenderies ou de fosses imposantes dépassant parfois 100 m de longueur et nommées barrencs (“gouffre” en occitan).

Ce site minier au potentiel archéologique exceptionnel, n’a jamais fait l’objet de recherches archéologiques approfondies. Des enquêtes effectuées en 1974-1975 et en 2001, limitées à une exploration très partielle des réseaux souterrains et une prospection du plateau, devaient alors fournir quelques précisions sur les techniques minières mises en oeuvre et l’ampleur des travaux. Elles ont permis de dater la principale phase d’exploitation de l’époque romaine républicaine (fin IIe- Ier s. av. n. è.), mais sans parvenir à situer précisément le démarrage de l’activité.

Les travaux effectués en 2009 s’inscrivent dans un programme à long terme qui vise à connaître dans son ensemble la mine antique, son organisation, la dynamique de l’exploitation, les techniques mises en œuvre dans celle-ci, sa chronologie et l’importance économique du site dans l’Antiquité. Cela passe par une exploration approfondie de tous les secteurs accessibles, au besoin par l’installation d’équipements en fixe et la mise en œuvre de techniques de progression propres à la spéléologie alpine, et la réalisation, ponctuellement, de sondages archéologiques. La campagne 2009 a été consacrée à l’un des deux filons du site, le Mourral de la Grave, accessible par le travers-banc creusé à partir de 1911 à la sortie du village de Lastours. Elle a révélé l’ampleur des travaux anciens, leur remarquable conservation malgré des reprises modernes, et l’existence de secteurs d’exploitation antiques intacts qui offrent la possibilité d’une étude technique et archéologique très prometteuse.

Les ouvrages souterrains qui ont été reconnus en 2009 sont inclus dans une zone de 75 m de longueur nord-sud et 120 m de hauteur. D’une manière générale, les travaux visités constituent un ensemble cohérent et homogène. La partie supérieure du réseau est formée d’un maillage serré d’ouvrages de recherche, répartis régulièrement au sein de la minéralisation. Celle-ci a été attaquée depuis la surface à partir de plusieurs galeries et puits reliés entre eux en profondeur, les travaux se développant du haut vers le bas. La forme et la section des ouvrages sont régulières et homogènes, le diamètre des galeries dépassant rarement 1 m. Nombre de ces ouvrages ont été attaqués au feu et finis à la pointerolle, une méthode d’extraction donnant généralement des formes bien caractéristiques (galeries ovoïdes aux parois couvertes de traces d’outils). Dans les parties riches des minéralisations, les mineurs ont ouvert des chantiers verticaux dépassant parfois plusieurs dizaines de mètres en hauteur et en longueur pour quelques mètres de largeur au maximum.

Plusieurs niveaux de circulation en très bon état de conservation ont été observés ; en place depuis l’Antiquité, ils sont parsemés de nombreux fragments d’amphores vinaires italiques, de charbons et fragments de bois ainsi que d’éléments métalliques (clous, crochets...). Globalement, le mobilier céramique découvert cette année (amphores Dressel 1A, céramique campanienne A...) permet de dater les travaux supérieurs de la fin du IIe siècle et du Ier siècle av. n. è.

Vers le sud, l’exploration de la base du réseau du Mourral de La Grave, partiellement noyée, a permis de repérer deux chantiers d’exploitation, ouverts sur le filon principal et un filon croiseur dont la terminaison n’a pu être alors atteinte. Les ouvrages anciens ont été creusés au feu et à la pointerolle selon la même technique que dans les parties supérieurs de l’exploitation ; ils appartiennent sans nul doute à la même période bien qu’aucun mobilier n’y était observé.

De nombreux aménagements sont visibles dans tous les travaux reconnus cette année, en particulier des encoches de boisage et des niches à lampe sur les parois. Leur étude apportera sans doute des informations importantes sur l’éclairage, la circulation des mineurs, le transport du minerai et la gestion des stériles.

En surface, une première prospection du versant méridional du plateau a permis de repérer plusieurs ouvrages, certains comblés, ouverts à l’affleurement sur le filon du Mourral de La Grave. Les alentours sont jonchés de céramiques (amphores) d’époque romaine républicaine (fin IIe-Ier siècle av. n. è.).

Cette première campagne a mis en lumière l’état de conservation exceptionnel des parties supérieures des anciens travaux du Mourral de La Grave. L’existence d’une phase d’exploitation particulièrement bien organisée d’époque romaine républicaine (fi n du IIe et Ier siècle av. n. è.) est définitivement admise. Plus généralement, le potentiel archéologique de la mine des Barrencs est très important : les travaux du Mourral de La Grave s’étendent sur au moins 300 m en direction nord-sud, sur une centaine de mètres de hauteur en moyenne. Des ouvrages anciens similaires par leur amplitude et leur morphologie sont signalés sur le fi lon des Barrencs de Fournes dont l’étude pourrait démarrer dès 2011.

Christian RICO, Jean-Marc FABRE, Éric KAMMENTHALER, Julien MANTENANT, Gabriel MUNTEANU,
TRACES, UMR 5608 CNRS – UTM

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Lastours, Fournès-Cabardès, Mine des Barrencs
Vue d’une galerie de la mine antique
  
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