Lastours : castrum de Cabaret

MOYEN AGE

Grâce à l’opération de sondage réalisée en 2010,
complétant le programme triennal 2006-2008 et une
année de fouille programmée complémentaire en 2009,
des résultats supplémentaires ont été obtenus sur le
cimetière du castrum de Cabaret. Il est maintenant
certain qu’une grande quantité de sépultures entoure
sur trois côtés, nord, est et ouest, la « vieille église »
de Cabaret située au sud du site et datée du dernier
quart du XIe siècle. Cette époque pourrait être, comme
semble l’indiquer une céramique en dépôt funéraire,
celle des premières inhumations. Trois zones contiguës
à l’église, situées à l’ouest (la zone 63) et à l’est (la
zone 65), mais aussi au nord de celle-ci (la zone 66)
ont livré des résultats significatifs confirmant leur
utilisation pendant la durée d’occupation du castrum
(fi n XIe - début XIIIe siècle).

Les fouilles ont donc eu
pour objectif d’en déterminer l’extension et les limites
et d’en préciser les modalités d’utilisation. Il est en
effet intéressant de mieux appréhender les modes
d’utilisation de l’espace cimetérial et d’en étudier
l’évolution. Les pratiques funéraires, en cette période
de transition, ont pu elles aussi être observées.
Au niveau des modes d’inhumation, on observe trois
sortes d’architectures funéraires : des sépultures en
coffres de lauzes (souvent liés aux structures de l’église),
d’autres en pleine terre, d’autres encore, utilisant des
anfractuosités rocheuses, qu’on pourrait rapprocher
des tombes rupestres, fréquentes en Languedoc sur
des sites du Moyen Âge médian. De plus, de discrets
remaniements du substrat ou de petits aménagements
comme des loges céphaliques tendent à les rapprocher
des tombes rupestres anthropomorphes.

La question
de la rupture ou de la continuité de l’occupation du
site sépulcral, celle de la chronologie d’utilisation entre
l’est et l’ouest de l’église ainsi que celle de la répartition
sociologique des individus sont des problématiques
intéressantes pour lesquelles l’étude approfondie des
données sera nécessaire, en vue de la publication.

Enfin, plusieurs analyses au 14C seront indispensables
pour confirmer la datation absolue des sépultures et
tenter d’établir un phasage d’utilisation du cimetière.
Du point de vue des restes humains proprement dits,
on pourra tenter une approche sociologique de ce
cimetière castral ainsi qu’une étude biologique et paléopathologique
autour d’un échantillonnage suffisant.
Les sépultures primaires fouillées à l’heure actuelle
sont au nombre de 88 et les réductions, bien attestées,
au nombre de 56, tendent peut-être à regrouper des
individus ayant un lien social, probablement familial. Le
NMI reste à calculer.

Afin d’achever dans les meilleures conditions le travail
préalable à une publication du versant sud de Cabaret,
il convenait d’abord de fouiller les quatre sépultures
découvertes en fin de campagne 2009 et recouvertes
pour les protéger. Il s’agissait d’une sépulture et d’une
réduction en zone 63, secteur 1 (SP 75 et RD 50) et de
deux sépultures en zone 65 (SP 69 et SP 74).
La fouille de ces sépultures a entraîné la découverte
et la fouille de trois sépultures sous-jacentes et de
deux réductions qui n’avaient pas été perçues
précédemment.

Une autre question restait à élucider. En zone 63,
secteur 1, les US associées aux sépultures, très
remaniées par la phase sépulcrale, contiennent du
mobilier résiduel antérieur à l’occupation du castrum
(Antiquité tardive, haut Moyen Âge). Ces US méritaient
d’être sondées, car plusieurs indices d’occupation
antérieure à l’église et au cimetière sont apparus à
plusieurs reprises au cours du programme sur les
zones 63, 65 et 66… Il était donc intéressant, outre le
prélèvement des sépultures qui n’avaient pas pu l’être
en 2009, de réaliser sur quelques m² une vérification
sur la zone 63, afin de déterminer s’il s’agissait bien
d’une occupation antérieure aux sépultures. Or les
US fouillées correspondent à une couche de lauzes
dont la taille et la disposition laissent penser qu’il
s’agit d’une toiture effondrée. Un bâtiment a donc
bien existé sur cet emplacement avant les sépultures,
qui pour certaines ont été encadrées avec des lauzes
de récupération. Cependant, le mobilier prélevé
n’est pas vraiment significatif, ni quantitativement,
ni qualitativement. On peut simplement remarquer
qu’il diffère en tous points de celui que l’on retrouve
dans les ruines du castrum. Ici, c’est plutôt la quasi-absence
de mobilier qui surprend. Le mode de
désertion semble donc différent et surtout remontant
à une époque nettement antérieure, qu’on ne peut
que situer globalement (entre le VIIe et le Xe siècle)…

Ce programme pluriannuel concernant le versant sud
de Cabaret étant achevé, il fera l’objet en 2011 d’une
année de préparation à la publication.

Marie-Elise GARDEL,
ALC Archéologie