Lastours, Fournès-Cabardès La mine antique des Barrencs
ANTIQUITÉ
Au cœur du célèbre district minier de Salsigne, le
gisement des Barrencs, sur le versant sud de la
Montagne Noire (communes de Fournes-Cabardès et
Lastours), est formé par deux filons principaux (filons
du Mourral de La Grave et des Barrencs de Fournes)
dépassant 500 m de longueur pour une épaisseur
variant de quelques centimètres à 3 m. Encaissés
dans les terrains paléozoïques, ils sont minéralisés
essentiellement en chalcopyrite, cuivres gris, galène
et oxydes de fer.
Entre les années 1890 et 1960, ce gisement a fait l’objet
de recherches minières limitées visant à évaluer son
potentiel économique. A défaut de zones minéralisées
susceptibles d’être exploitées, les mineurs modernes
ont recoupé d’anciens chantiers d’exploitation de
très grande ampleur. Les recherches que nous
avons réalisées en 2009 avaient permis de constater
l’excellent état de conservation des parties supérieures
des anciens travaux du Mourral de La Grave, et
confirmé l’existence d’une phase d’exploitation
particulièrement bien organisée remontant à l’époque
romaine républicaine (fin du IIe et Ier siècle av. n. è.). En
raison du caractère exceptionnel de ce site formant
une vaste zone d’exploitation souterraine de plus de
300 m de longueur et près de 120 m de hauteur, une
opération archéologique triennale a été démarrée en
2010. Cette étude vise à préciser la chronologie des
travaux miniers anciens repérés, l’hypothèse d’une
mise en valeur du gisement des Barrencs dès l’âge
du Fer ne pouvant être écartée, et à reconstituer la
dynamique d’exploitation et les stratégies mises en
œuvre par les anciens mineurs pour résoudre les
problèmes créés par une entreprise de cette envergure
(exhaure, aérage, circulation...). A terme, l’objectif
est d’évaluer la place de cette mine dans l’économie
régionale durant l’Antiquité.
De mai à novembre, plusieurs interventions ont été
réalisées sur le site. Commencés en 2009, l’exploration
et le relevé en plan et en coupe des travaux du Mourral
de La Grave ont été poursuivis, ce travail devant aboutir
à terme à une cartographie précise du réseau afin de
constituer peu à peu un véritable référentiel visant à
restituer l’organisation de la mine dans son ensemble.
L’étude du réseau minier concerne deux secteurs
nord et sud qui appartiennent au même ensemble.
La zone reconnue à ce jour à l’amont de la galerie
d’allongement nord (secteur TB-nord) correspond à
une vaste exploitation ancienne, comprise entre les
altitudes 223 et 325 m sur une centaine de mètres en
extension N/S, soit une surface exploitée d’environ
4000 m² pour près d’un kilomètre de cheminement
topographique. Tous ces ouvrages sont antérieurs à
l’époque moderne. Dans le secteur TB-sud, la zone
explorée est constituée d’un ensemble de chantiers et
de galeries de circulation et/ou de recherche ouverts
sur plusieurs minéralisations distinctes sécantes ou
parallèles, compris entre les cotes 197 et 217 m, sur
une cinquantaine de mètres en extension N/S. Les
travaux se prolongent sous le niveau hydrostatique
(cote 197) jusqu’à une profondeur inconnue ; ils étaient
sans nul doute reliés aux travaux supérieurs lorsque la
mine était encore en activité.
Les observations réalisées depuis 2009 sur les
travaux miniers anciens du filon du Mourral de la
Grave sont aujourd’hui suffisamment nombreuses
pour tirer des enseignements d’ordre général sur
l’organisation nécessaire pour l’exploitation d’un
gisement de cette importance. Les premières phases
de travail dans une zone vierge étaient consacrées
à la reconnaissance de la minéralisation. Plusieurs
indices suggèrent une parfaite compréhension des
zones riches et de leur situation dans l’espace de la
part des mineurs. La prospection minière était réalisée
de façon régulière et systématique dans l’axe du filon
et perpendiculairement à lui. Loin d’être effectués de
façon anarchique, le moment et l’ordre d’abattage
des zones riches étaient programmés, l’exploitation
d’une zone riche pouvant être arrêtée temporairement
afin de ne pas nuire à l’avancement des travaux
de la mine, avant d’être reprise ultérieurement.
De nombreuses jonctions réalisées entre diverses
parties de la mine prouvent que les mineurs avaient
une très bonne maîtrise de leur orientation dans le
réseau. L’étude des sens de creusement montre une
progression générale de l’exploitation de haut en bas,
depuis le versant surplombant l’Orbiel. Si dans la
partie supérieure du gisement, la minéralisation, assez
pauvre, n’a pas donné lieu à des travaux d’extraction
importants, des chantiers de grande ampleur ont en
revanche été ouverts dans la partie inférieure du filon,
sur des zones riches. Après l’approfondissement de
la mine et l’exploitation de ces grandes zones riches,
les travaux ont cessé sur une série de recherches
étagées marquant le niveau inférieur nord des travaux
connus. En revanche, près de la terminaison sud du
filon, l’exploitation s’est poursuivie sur plus d’une
vingtaine de mètres de profondeur, atteignant le niveau
hydrostatique.
Six sondages ont été réalisés en 2010 dans six
galeries du réseau, afin de documenter de façon
préciser les différents types d’ouvrages percés par
les Anciens (dimensions, morphologie, méthodes
d’exécution, techniques de creusement, fonction
dans la dynamique de l’exploitation) et d’obtenir des
éléments de chronologie absolue par la fouille des
sols en place et des déblais miniers. Des morceaux
de minerai de cuivre (malachite, chalcopyrite, cuivres
gris) et des fragments métalliques correspondant très certainement à des éclats d’outils ont été découverts
dans la plupart des ouvrages sondés, mêlés aux
déblais d’abattage. La fouille du chantier 178-182 a
révélé la présence d’indices très net d’un abattage par
le feu parfaitement maîtrisé et très efficace, tandis que
la galerie de recherche 27/1-27/2 a livré un mobilier
céramique de la fin du IIe s. av. n. è., formant un niveau
d’abandon non perturbé depuis l’arrêt des travaux
dans ce secteur de la mine (fi g. 1).
En surface, la prospection a été poursuivie sur le
plateau et sur les versants mais n’a pas permis de
repérer de nouveaux accès au réseau souterrain,
excepté l’emplacement d’une entrée totalement
bouchée, identifiée depuis l’intérieur grâce à une balise
ARVA. Ce travail a été complété par une prospection
géophysique (magnétique et électrique ; responsable
M. Llubes, Université de Toulouse III), effectuée non
loin des grandes fosses du deuxième filon, celui des
Barrencs de Fournes. Plusieurs anomalies pourraient
trahir la présence de deux concentrations de scories et
d’un hypothétique four ou foyer de forge. La méthode
utilisée, cependant, ne permet pas de trancher sur
l’origine des sources responsables des variations
mesurées. Le mobilier découvert en différents points des
travaux prouve clairement que la mine a connu son
essor à la fin de l’époque républicaine romaine. On
se situe dans le contexte de la mise en place de la
domination romaine en Gaule méditerranéenne, qui
s’accompagne, ici comme dans d’autres régions du
bassin méditerranéen (péninsule Ibérique, Chypre),
d’une intensification de l’exploitation des ressources
du sous-sol, minières en particulière. Ceci ne signifie
pas pour autant que le gisement fut découvert et mis
en exploitation à ce moment-là. Certains éléments
semblent démontrer que la mine a connu plusieurs
phases d’exploitation, dont l’une, antérieure à la fin du
IIe s. av. n. è., reste à identifier précisément. De même,
le moment où la mine antique cesse toute activité
doit être préciser, et on ne peut exclure une reprise
à l’époque médiévale, même si aucun élément ne le
confirme pour l’heure.
Le réseau du Mourral de La Grave, particulièrement
étendu, se présente comme un ouvrage exécuté
de façon méthodique et rationnelle, témoignant du
savoir-faire des mineurs antiques qui surent trouver
les solutions techniques pour tirer le profit maximum
d’un gisement particulièrement vaste malgré les
contraintes qu’il posait. Avec les travaux anciens reconnus au XXe s. sur le filon des Barrencs de
Fournes, il forme un ensemble minier exceptionnel
par ses dimensions et son état de conservation. Les
recherches programmées en 2011 au Mourral de la
Grave, ambitieuses (poursuite de l’exploration et du
relevé topographique des travaux, étude statistique
des galeries et chantiers anciens, étude géologique
du gisement, sondages dans le réseau souterrain
et sur le plateau des Barrencs), sont à la mesure de
l’importance exceptionnelle du site.
A. BEYRIE, J.-M. FABRE, E. KAMMENTHALER,
J. MANTENANT, G. MUNTEANU, Chr. RICO
(TRACES UMR 5608, UTM/CNRS)
Galerie de recherche 27/1-27-2 avec niveau d’abandon (à gauche) et sommet du puits d’accès aux travaux supérieurs du Mourral de la Grave (à droite)
L'Herbiel de Gabriel



