Lastours Castrum de Cabaret

MOYEN AGE [1]

Grâce à cette opération complétant le programme
triennal 2006-2008, il est maintenant avéré qu’une
grande quantité de sépultures entoure sur trois côtés,
nord, est et ouest, la « vieille église » de Cabaret située
au sud du site et datée du dernier quart du XIe siècle.
Cette époque pourrait être, comme semble l’indiquer
un dépôt funéraire, celle des premières inhumations.
Trois zones contiguës à l’église, l’une à l’ouest (la zone
63) et à l’est (la zone 65), mais aussi au nord (zone
66) ont livré des résultats significatifs confirmant leur
utilisation pendant la durée d’occupation du castrum
(fin XIe - début XIIIe siècle).

Dans le secteur 5 de la zone 62, des vérifications ont
été faites et la fouille de ce bâtiment est terminée. Cette
opération a permis d’atteindre dans la partie centrale
du bâtiment des structures et des aménagements qui
nous ont amenés à déterminer l’existence de deux
phases d’occupations distinctes, rapprochées l’une de
l’autre dans le temps (XIIe-XIIIe s.). Cette découverte est
d’autant plus intéressante que les édifices de ce versant,
notamment les autres secteurs de cette zone, largement
bouleversés par les épierrements et la mise en culture
de l’Epoque contemporaine, ne possédaient jusqu’alors
que des stratigraphies fortement perturbées.

Mais l’intérêt de poursuivre la fouille sur le versant sud
résidait essentiellement dans la présence d’une zone
cimetériale à l’ouest (zones 63), à l’est (zone 65) et,
on le sait depuis 2009, au nord de l’église (zone 66).
L’échantillon de sujets inhumés atteint la centaine
d’individus. Il y a donc quantité suffisante pour appliquer
des statistiques à ce corpus. Grâce au corpus déjà
recueilli, des tendances dans les pratiques funéraires
commencent à apparaître. L’aspect rupestre d’une partie
des inhumations confirme des pratiques déjà observées
dans cette région aux XIIe-XIIIe siècles, mais avec une
utilisation particulière du milieu naturel. L’existence des
réductions est par ailleurs bien attestée, à raison de 1
pour 2 environ, et l’état de conservation des squelettes
va permettre en aval une étude en laboratoire (biologie
et biométrie, paléopathologie, caractères discrets, etc).
Par ailleurs, les premiers résultats anthropologiques
semblent indiquer qu’il pourrait y avoir une spécialisation
des espaces dans ce cimetière. L’étude d’une
population médiévale rurale de cette période n’est pas
si fréquente, et des comparaisons pourront être faites
avec le cimetière de Mairac (Capendu, Aude), ou celui
de Vilarnau (Pyrénées-Orientales) contemporains de
celui de Cabaret. La partie située au nord de l’église
présente des aménagements très intéressants en lien
direct avec l’utilisation sépulcrale de la zone 65. En
effet, une sépulture maçonnée très soignée apparaît
contre le parement est du mur nord entre le contrefort
et le retour de la nef/chevet. Elle est constituée d’un
couvercle de très belles lauzes et d’une maçonnerie
en mortier de chaux. Sa forme est grossièrement
anthropomorphique, mais cette forme est le résultat
d’un remaniement : à l’origine, elle était oblongue (en
forme de sarcophage). Le mur nord-est longé par un
escalier et un aménagement de type calade est observé
dans le même secteur (pierres usées). Une liaison zone
66/zone 65 semble fort probable, utilisant des structures
de pavement ou d’escalier et permettant l’accès à
cette partie du cimetière. Le tout était recouvert par
une couche de lauzes provenant de la démolition de la
toiture de l’église.

La zone 65 semble donc, après démolition du mur en
pierres sèches, dans la continuité de la zone 66.

Mais l’étude du cimetière était indissociable de celle de
l’édifice qu’il entoure (Zone 67) : l’étude monumentale a
donc été affinée, notamment la réalisation du plan et un
pierre à pierre de certaines élévations, parallèlement à la
fouille, aidant en cela les interprétations archéologiques
et anthropologique, mais contribuant de façon non
négligeable à la préservation et à la mise en valeur du
site. En effet, si la Vieille Eglise est datée de la fin du
XIe siècle par ses structures, son élévation semblent
indiquer plusieurs phases de construction. De plus, des
structures sous-jacentes au chevet semblent indiquer
qu’un bâtiment, cultuel ou non, a existé avant celui-ci
et même avant le cimetière.

Le cimetière du castrum de Cabaret et la vielle église
offrent d’intéressantes données pour une période
encore lacunaire dans la région, en milieu castral,
permettant d’envisager la mise en oeuvre d’une
publication pluridisciplinaire, réunissant les acteurs de
cette fouille, archéologues et anthropologues.

Marie-Elise GARDEL
Amicale laïque de Carcassonne

Lastours, Castrum de Cabaret
Sépulture et réduction à l’est de l’église

[1Notice extraite du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon