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Carcassonne Toutes opérations

Toutes les notices sont extraites du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 1
Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 2
Carcassonne Pôle culturel
Carcassonne 44, rue Jules Sauzède
Carcassonne Plateau de Grèzes
Carcassonne Lo Badarel 2, Montredon

Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 1

DIACHRONIQUE

Le diagnostic sur la future ZAC du Minervois a permis la redécouverte du village médiéval de Brucafel. Situé au nord de la ville basse de Carcassonne, le projet de ZAC englobe en effet l’emplacement connu de l’église Saint-Geniès de Brucafel et de son cimetière. Les archives mentionnent explicitement le village de Brucafel au XIIe siècle, lors de sa donation aux Templiers.

Les premières traces d’occupation humaine consistent en un groupe de silos datés du Néolithique final, voire du début de l’Age du Bronze. En un autre point de l’emprise, quelques foyers à pierres chauffées ont été observés, mais se trouvant en bordure d’un paléo-vallon, ces structures ont été noyées immédiatement sans qu’on puisse les étudier véritablement. À l’époque républicaine, le territoire est manifestement cultivé, si l’on en juge par les tronçons de fossés mis au jour çà et là. Aucune organisation claire de ces fossés ne se dessine, ce qui exclut une interprétation comme enclos de ferme. Ils doivent seulement matérialiser des terres agricoles. Les amphores recueillies dans leurs comblements fournissent une date autour de la première moitié du Ier siècle avant notre ère.

Après un hiatus chronologique courant sur toute l’Antiquité, le site de Brucafel semble crée ex nihilo au moins dès le IXe siècle, peut-être avant. Même si nous ignorons son statut, le lieu est déjà identifié et doit donc contenir à minima quelques manses paysannes. Nous manquons cruellement d’indices chronologiques pour phaser cette formation d’un terroir villageois. À titre d’hypothèse, nous proposerons d’y associer très tôt un cimetière en plein champ. Le site prenant de l’importance, il semble qu’une église soit fondée aux alentours de l’an Mil et que le cimetière se développe alors à sa périphérie. En 1133, date à laquelle Roger de Béziers donne en franc alleu à Hugues Rigaud et à ses confrères du Temple, la villa et “tout ce qu’il y possède en hommes, femmes, terres, vignes, manses...” donc le domaine fiscal de Brucafel. Le terme de villa désigne alors le village. Les bâtiments se sont multipliés depuis le IXe siècle. Dans le périmètre de près de deux hectares où s’étend la plupart des vestiges médiévaux, la première impression en regardant le plan de masse est celle d’un village ouvert avec un manque d’organisation flagrante. Les divers bâtiments ne suivent pas un plan rationnel, signe de leur construction sur une période étalée dans le temps et sans conception préalable. Les ajouts s’effectuent suivant les besoins et sans doute sans contrainte liée à une clôture quelconque.

Se pose ensuite la question de l’usage des bâtiments, simples habitations privées ou dépendances d’un domaine seigneurial. Si la galerie identifiée comme le bâtiment B s’apparente à une architecture liée au pouvoir, le bâtiment C et sa pièce avec foyer comprend au moins une partie résidentielle. Il faut souligner qu’en l’absence de modules complets déterminer la hiérarchie sociale à travers ces constructions est impossible. Toutefois, l’emploi de fondations massives en pierres est un argument pour y voir une construction de « haut rang » en comparaison avec d’autres sites similaires datés autour de l’an Mil qui ne livrent généralement que des architectures sommaires de terre et bois. La fonction du bâtiment A est encore plus problématique. Il s’agit de la seule construction au contact du cimetière ; il faut alors se demander s’il ne s’agit pas de l’église Saint-Geniès. Cependant ce bâtiment B ne ressemble en rien à une église, même carolingienne. Toutefois l’église Saint-Geniès représentée sur le plan terrier de 1714 était un rectangle de 10 m de long sur 6 m environ de large. Ses dimensions correspondent au bâtiment A en tenant compte de la restitution de la façade fantôme nord. La coïncidence est troublante et elle renvoie à la date de création de l’église. Si elle est fondée vers l’an Mil, l’église Saint-Geniès peut encore disposer d’un chevet plat comme beaucoup d’églises du haut Moyen Age languedociennes, mais celui-ci est généralement séparé de la nef par un léger retrait, voire un embryon de transept. Un plan simplement rectangulaire n’est envisageable que pour des périodes plus anciennes antérieures au VIIIe siècle (comme à Saint-Genies de Litenis dans l’Hérault). Or, au stade du diagnostic, aucun argument archéologique ne permet de proposer une date aussi ancienne. La typologie des tombes fournit même un argument en faveur d’une fondation plus récente.

Dans la discussion sur la date de fondation de l’église, il nous semble important de dire quelques mots du vocable de Saint Geniès. Le culte de ce martyr arlésien de la fin du IIIe siècle connaît une grande popularité en Provence et en Languedoc où l’on trouve de nombreuses églises placées sous sa protection. Grégoire de Tours au VIe siècle rapporte que l’archevêque de Narbonne se glorifiait de posséder en sa cathédrale des reliques de ce saint. Toujours dans l’Aude, la paroisse de Caunes-Minervois est dédiée à Saint-Geniès dès 791 (mention la plus ancienne d’une paroisse) et aurait également possédé des reliques du martyr (Griffe 1976). Si le critère du vocable n’est pas décisif pour l’ancienneté d’une fondation, il montre bien que le culte de ce saint est populaire très tôt dans l’Aude et que les dédicaces d’églises bien antérieures au Xe siècle. Si le bâtiment A n’est pas l’église Saint-Geniès, où se trouve celle-ci ? L’emplacement le plus probable est situé juste au nord du bâtiment A, entre le sommet de la tranchée 175 et la tranchée EO 171. Et si ce n’est pas le cas, l’église St-Geniès peut-on pour autant en faire un bâtiment civil ? La relation entre cette construction et les tombes qui la jouxtent n’est pas fortuite. On pourrait alors envisager que ce bâtiment soit la première chapelle funéraire du domaine de Brucafel utilisée par la famille des propriétaires du lieu et, que par la suite, elle a pu être remplacée par une église plus vaste lorsque la population s’est accrue. L’absence de vestiges et de céramiques au-delà des XIIe - XIIIe siècles laisse entrevoir l’abandon partiel ou total du site peu de temps après la récupération de ces terres par les Templiers. Cette désertion est-elle réelle ou une vision erronée due à notre perception partielle du diagnostic ? Il existe toutefois un évènement de taille qui pourrait expliquer un abandon quasi complet au XIIIe siècle, la création de la ville basse de Carcassonne par Saint- Louis à la suite de la croisade contre les cathares. La ville nouvelle se trouve en effet à quelques encablures au sud de Brucafel et a forcément dû jouer un rôle attractif important. Il est même possible qu’une partie du territoire de Brucafel ait été prise pour la fondation de la bastide. Brucafel n’est alors plus qu’un lieu-dit avec peut-être une ou deux habitations paysannes. Après la dissolution de l’ordre du Temple et le transfert de son bien de Brucafel aux Hospitaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem, les nouveaux possesseurs créent la commanderie Saint-Jean en bordure de l’Aude. L’église et le cimetière sont-ils encore en usage ? Sans doute de manière épisodique, puisque l’église Saint- Geniès est encore considérée comme une annexe de la paroisse de Gougens en 1714.

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

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Carcassonne, ZAC du Minervois 1
Plan terrier de 1714

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Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 2

NEOLITHIQUE AGE DU BRONZE ANTIQUITE

La seconde tranche de diagnostic archéologique sur la ZAC du Minervois s’est déroulée durant le mois de mai 2009 et a été menée par une équipe de deux archéologues de l’Inrap sur une superficie de près de 10 hectares, en grande partie cultivée.

Les sondages de la première tranche de travaux, menés sous la direction de M. Guillaume, avaient entre autres montré la présence d’une occupation médiévale dense et relativement bien conservée.

Les 130 tranchées ouvertes, représentant une surface de 7500 m2, ont révélé, outre des fossés antiques et modernes, de nombreuses structures appartenant à l’âge du Bronze et/ou au Néolithique moyen.

Sur l’ensemble des structures mises au jour, huit sont rattachées au Néolithique, dont six au Néolithique moyen, quatre à l’âge du Bronze (deux au Bronze final 2b-3 et une au Bronze final 3b) et quinze n’ont pas livré assez de mobilier pour pouvoir trancher entre la Préhistoire et la Protohistoire. Plusieurs d’entre-elles sont dispersées sur l’emprise du diagnostic mais une concentration très nette est perceptible dans la partie orientale, regroupée sur une aire d’environ 5000 m2. Parmi ces creusements, on note la présence de silos, foyers, foyers à pierres chauffées, fosses dépotoirs, sans qu’aucun niveau de sol ne puisse leur être rattaché. Une structure se détache de l’ensemble : un four creusé dans les marnes argileuses, de plan piriforme (3,45 x 1,80m), présentant des parois et un fond fortement rubéfiés, qui pourrait être rattaché à un artisanat céramique, bien qu’aucun rebut n’ait été mis au jour. Cette structure est prolongée par une tranchée sinueuse longue de plusieurs mètres qui semble témoigner d’une extraction d’argile liée à cette même activité. Le mobilier issu de la fouille partielle de cette installation ne permet pas de préciser sa datation entre le Néolithique et l’âge du Bronze.

Philippe MELLINAND
INRAP Méditerranée

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Carcassonne Pôle culturel

NEOLITHIQUE

Le diagnostic effectué au lieu-dit Prat Mary, au sud de la ville basse de Carcassonne, a permis de découvrir une petite aire d’ensilage du Néolithique moyen. Sept silos ont été mis au jour dans deux tranchées concomitantes. Ils se singularisent par l’encaissant dans lequel ils ont été creusés. En effet, alors que le substrat de la parcelle se compose d’une terrasse alluviale de galets, les silos sont implantés au seul endroit où existent des graves très sableuses, mélangeant des graviers, gravillons et sables grossiers. Il faut donc considérer cette situation comme relevant d’un choix volontaire. La présence des graves sableuses implique que le silo n’était pas utilisé en mettant directement les denrées dans le sol, mais dans des vases de stockage. Le sable présente alors l’avantage de permettre de caler aisément des vases dont les fonds sont toujours bombés, voire de maintenir un degré d’hygrométrie empêchant une dessiccation trop rapide. Certains de ces vases de stockage, du moins des fragments, ont été retrouvés dans les comblements des différents silos. Le plus riche d’entre eux ne contient pas moins de quatre-vingts tessons pour une seule moitié fouillée. La céramique date de l’époque chasséenne avec un penchant pour sa période ancienne. Cette incertitude tient au faible nombre de bords et à l’absence d’éléments discriminants. Le vase archéologiquement le plus complet évoque en effet d’autres exemplaires provenant du site des Plots à Berriac. Les pâtes sont généralement bien cuites, en atmosphère la plus souvent réductrice comme en témoigne la couleur des surfaces majoritairement brunes à noires. Les surfaces sont lisses. Quant à l’industrie lithique, elle brille par son absence. Ce gisement s’inscrit dans un contexte local qui est l’un des mieux documentés de France pour le Néolithique moyen. Les nombreux sites chasséens montrent que l’occupation est devenue permanente sur un territoire qui possède plusieurs avantages : des sols fertiles ; la présence de l’Aude, à la fois source d’approvisionnement en eau et voie navigable en pirogue ; une position stratégique avec la confl uence de vallées qui en fait un lieu naturel d’échanges. Parmi ces gisements, il apparaît une dichotomie entre des implantations modestes (quelques centaines de mètres carrés) et des zones d’occupation beaucoup plus vastes couvrant plusieurs hectares. Ces derniers forment les premiers habitats groupés préhistoriques. Le site de Prat Mary appartient évidemment à la première catégorie, celle des habitats isolés. La fouille de ce petit gisement, malgré le mauvais état de conservation, pourrait apporter d’autres données sur ces habitats. Elle permettrait de préciser la chronologie du site et de documenter certaines pratiques comme l’élevage, étant donné la bonne conservation des os.

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

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Carcassonne 44, rue Jules Sauzède

MOYEN AGE EPOQUE MODERNE

Le diagnostic archéologique prescrit sur l’immeuble sis au 44, rue Jules Sauzède à Carcassonne, comprenait deux types d’interventions. En premier lieu il s’agissait de mener une étude du bâti, le projet immobilier consistant en une réhabilitation générale du bâtiment au sein duquel se trouverait une construction originelle datable de la bastide Saint-Louis créée au XIIIe s. Une seconde intervention était prévue dans le jardin, en arrière du bâti actuel, afin de vérifier par sondage la présence éventuelle d’une ruelle traversant le quartier selon un axe nord-sud. Enfin le second sondage qui était prévu dans la cave pour caractériser l’encaissant n’a pas pu être réalisé pour des raisons techniques.

Les observations de terrain ont été limitées en raison de l’excellent état de conservation de l’immeuble : certains appartements ont été complètement rénovés récemment et les murs à étudier masqués derrière des cloisons de placo-plâtre. Nous avons donc ciblé les sondages (décroutage manuel des murs) sur les parties les plus rapidement accessibles. Dans le jardin, le sondage manuel a révélé la présence d’une vaste cave en lieu et place de la ruelle attendue.

Les vestiges datables de la bastide Saint-Louis n’ont pu être confirmés puisque la cave qui passe pour être le rez-de-chaussée de l’unité orientale, n’a pas été accessible. Nous garderons donc l’hypothèse de deux unités se développant vers le sud. Cependant la présence d’une fenêtre exactement dans l’axe du mur du jardin, permet d’envisager une extension initiale de l’unité vers l’est, avant la construction de la façade sur le jardin et l’existence d’un espace ouvert mitoyen. Durant la Renaissance, l’existence d’un espace ouvert au nord de la (ou des) maison(s) patricienne(s), voire d’une impasse débouchant d’est en ouest sur la rue Jules Sauzède, est confirmée par la présence d’une baie à croisée ajourant son mur septentrional. Cette hypothèse se confirme au regard du terrier de 1729 où se dessine très nettement une limite parcellaire divisant le quartier d’ouest en est, limite se poursuivant dans celui voisin de Berriac et rejoignant la place centrale de la bastide, l’actuelle place Carnot.

Véronique CANUT
INRAP Méditerrannée

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Carcassonne Plateau de Grèzes

AGE DU BRONZE

Le projet de réalisation du lotissement « Le Plateau de Grèzes » a donné lieu à un diagnostic archéologique mené en 2006 par Tanguy Wibaut (INRAP). A cette occasion, la découverte d’une probable fosse polylobée de la fin de l’âge du Bronze avait conduit le Service régional de l’archéologie à prescrire une fouille préventive sur l’emprise du lot n°48. Cette parcelle jouxte un cours d’eau, le Régal, qui limite le lotissement au sud. La superficie du lot retenu par la prescription archéologique est d’environ 600 m2. La zone prescrite à l’intérieur de ce lot est d’environ 400 m2.

Contrairement à la nature des vestiges pressentis lors du diagnostic, le site de Grèzes a permis d’étudier une structure excavée de faible ampleur (FS 1020), située dans l’alignement d’un petit paléochenal dont le comblement est anthropisé. Les derniers niveaux de comblement de cette dépression semblent sceller la fosse 1020 et l’abondant mobilier prélevé dans celle-ci permet d’attribuer la fin de fonctionnement du site à la transition entre la fin de l’Age du Bronze et le début de l’Age du Fer. L’étude de l’abondant mobilier céramique issu de la structure 1020 a permis de mettre en évidence une notable homogénéité chrono-culturelle impliquant une durée de comblement relativement courte et d’autre part, une relative récurrence d’éléments caractérisant cette période en Languedoc occidental. Les données issues des analyses carpologiques (étude de Ch. Hallavant) paraissent également conformes aux données disponibles pour cette période avec la présence attestée d’orge vêtu, millet commun et amidonnier. Toutefois, le mauvais état de conservation des taxons limite ces observations.

La fonction initiale de cette structure reste problématique. Sa forme irrégulière, la nature du substrat et la proximité d’un cours d’eau incitent toutefois à privilégier la piste d’une fosse d’extraction aux dépends d’une structure de stockage et a fortiori, d’une unité d’habitation.

En revanche, l’un des points saillants du site est certainement lié à la convergence d’éléments témoignant d’une activité métallurgique à proximité immédiate de la zone de fouille. Il semble en effet remarquable d’observer des pièces telles qu’un moule de bronzier en grès, un probable fragment de tuyère en terre cuite ou encore les nombreux résidus métalliques (étude de L. Robbiola), participant au comblement d’une même structure. Bien que ces éléments soient en position de rejet, ils appartiennent à un contexte chrono-culturel précis. Contexte qui fait la plupart du temps défaut aux exemples analogues.

Arnaud GAILLARD et Julien VIAL
avec les collaborations de Charlotte Hallavant et Luc Robbiola
SARL ACTER

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Carcassonne, Plateau de Grèzes
Détail d’une tête d’épingle enroulée en bronze

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Carcassonne Lo Badarel 2, Montredon

La fouille de Lo Badarel 2 fait suite à une première opération réalisée en 2008 qui avait mis au jour quelques aménagements agraires (fossés, drain, bâti vernaculaire) de la fin de l’époque républicaine. Ces vestiges font en réalité partie d’un ensemble plus vaste que la fouille de 2009 a permis de mieux cerner.

Le site prend place sur le sommet de la colline de Montredon, éminence qui domine l’Aude, dans le méandre qu’elle forme au nord de Carcassonne avant de se diriger vers la Méditerranée. La première occupation humaine date du Néolithique final. Elle comprend une quarantaine de structures attribuables à la culture de Véraza. Ces éléments sont disséminés sur l’ensemble du site, mais une organisation spatiale se dessine nettement, si l’on pose comme postulat la contemporanéité de toutes ces structures. Une première zone, dans l’angle nord-ouest de la fouille, regroupe une dizaine de foyers à pierres chauffées. Plus au sud, un bâtiment matérialisé par des trous de poteau avec son sol conservé est associé à quelques vestiges très érodés de possibles fosses de rejet ou dépotoirs. D’une largeur oscillant entre 4,00 m et 3,20 m pour une longueur de 7,50 m, la superstructure en bois comporte huit poteaux et dessine deux nefs avec une façade orientale légèrement rétrécie. À l’extérieur, deux autres poteaux peuvent appartenir soit à un autre état du bâtiment, soit à un possible appentis ou encore une structure annexe sans relation physique avec le bâtiment. Le sol à l’intérieur se matérialise par des pans entiers de vases fractionnés en place, en position horizontale et associés à des restes de faunes et parfois de charbons de bois, ainsi que les restes d’une « sole » ou plaque foyère constituée de quelques éléments en grès rubéfiés sous l’effet de la chaleur. À l’extérieur, contre la façade septentrionale, se trouve un foyer en cuvette avec des plaquettes de grès. Si l’on excepte les bâtiments reconnus au Mourral à Trèbes, dont le caractère ostentatoire ne fait pas de doute, Lo Badarel 2 est le seul témoin d’un habitat du Néolithique final audois.

Après cette phase, la colline de Montredon semble inoccupée jusqu’à la fin de la Protohistoire. Un réseau de fossés apparaît alors, formant la trame d’une mise en exploitation du terroir. Un enclos fossoyé semble se dessiner parmi ce parcellaire. Nous serions alors dans la configuration d’une ferme gauloise, comme le Carcassonnais en a déjà livré de nombreux exemples : la Cavayère ; les Troubadours à Montredon ; Béragne à Trèbes ; le Chapitre, etc. Les principaux fossés de cette période sont comblés entre la fin du IIe siècle et le début du Ier siècle avant notre ère. Pour autant le territoire n’est pas déserté. En effet, le volumineux mobilier collecté sur le site et daté de la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère montre qu’il existe une phase d’occupation que nous ne percevons pas directement, soit parce qu’elle est centrée au-delà de l’emprise de la fouille, soit parce qu’elle a été totalement « masquée » par les reconstructions ultérieures. Autre argument allant dans ce sens, certains fossés ne sont comblés que vers la fin du Ier siècle avant notre ère, sans doute en préalable de la construction de la villa. En effet, vers le dernier quart du Ier siècle avant notre ère, un grand domaine rural de modèle romain est constitué avec une partie résidentielle de plan classique, centré autour d’une cour intérieure avec péristyle à colonnade en briques. L’état d’arasement important de la villa ne permet guère de décrire son évolution architecturale. Il semble toutefois, qu’un remaniement intervienne dans le cours du IIe siècle de notre ère. Sa pars urbana est clairement séparée de la pars rustica par un grand mur doté de massifs ornementaux. Nulle trace de bâtiments artisanaux et agricoles n’a été mise au jour dans l’emprise de la fouille. Il faut donc les placer plus au nord. La villa est desservie par une voie, qui a été décapée sur plus de 60 m de long. Bordée sur son flanc occidental par le mur de clôture du domaine, elle file plein sud, sans doute en direction de la via Aquitania. À l’est de la route, se développe une zone humide où la proximité de l’eau a été exploitée à des fins agricoles. Une grande fosse a notamment pu servir de point d’eau pour du bétail ou de rouissoir pour plantes textiles (analyses en attente). Encore plus à l’est, débute un verger planté selon une trame orthogonale de 6 m environ entre les rangées d’arbres.

Sur le sommet de la colline, face à la façade méridionale de la villa, est construit un mausolée, tombeau probable du fondateur de ce domaine. Il n’en demeure que la chambre sépulcrale enterrée d’une superficie de près de 16 m2. Elle devait être couverte par une voûte en plein cintre également en grand appareil de grès. Ses dimensions monumentales en font un cas quasiment unique à ce jour en Gaule. Seules deux chambres sépulcrales dépassent cette mesure : le mausolée de Callas (Var) dont la superficie de la chambre fait près de 23 m2, et le mausolée de Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) avec une surface de 21,36 m2. Dans les deux cas, il s’agit de structures construites en élévation et qui appartiennent à des monuments dont les datations proposées ne sont pas antérieures au IIe siècle de notre ère. L’élévation peut être esquissée grâce aux blocs retrouvés dans le comblement de démolition. La voûte était insérée dans un podium bâti en grès. Sa base et son couronnement porte la même moulure, dont le style date du dernier quart du Ier siècle avant notre ère. Cette datation est compatible avec la céramique retrouvée dans les rares niveaux liés à la construction du monument. Hormis le podium, l’intégralité de l’élévation était en calcaire. Quelques fragments sculptés permettent d’affirmer la présence d’un ornement récurrent dans le répertoire de l’architecture funéraire, les postes. Plusieurs morceaux du même type ont été répertoriés et permettent d’envisager la restitution d’une frise architecturale horizontale qui courait le long d’un étage de l’élévation, ou visible par panneau sur chaque face du monument. On envisagera la présence de ce décor au niveau du second étage plutôt qu’au premier, le podium étant déjà orné d’une moulure. En plus de ce décor de postes, la découverte d’un fragment de chapiteau de petit module trahit l’existence d’un décor architectonique qui contraste avec le grand appareil employé dans la maçonnerie. Cette utilisation révèle l’existence de colonnes et chapiteaux corinthiens situés très certainement en hauteur, au dernier niveau du bâtiment. L’emploi de ce type de décor avec un pareil module se retrouve fréquemment sur les monuments funéraires. On en distingue aussi bien sur des piles que sur les mausolées de type turriforme au sein de tholos par exemple. La découverte de dalles de calcaire dont certaines faces sont encore marquées des traces d’outils, permet d’envisager la présence soit d’une niche située dans l’élévation, soit d’un étage à claire-voie dont le sol était plaqué de ces dalles, sans doute pour recevoir des statues monumentales à l’effigie du défunt.

Une fosse était aménagée au sud du monument en avant de la chambre. Elle semble n’avoir servi que pour la construction du tombeau. En effet, dès les rites funéraires effectués (nous ne possédons aucun indice pour trancher entre inhumation ou incinération), l’accès à la chambre est condamné par la pose d’un bloc obturant le passage.

La villa comme le mausolée sont abandonnés et démolis vraisemblablement vers la fin du IIIe siècle ou au cours du IVe siècle. Cette phase précède sans doute de peu l’implantation d’une nouvelle occupation de la colline, au sud-ouest de l’ancienne villa. Elle est matérialisée par des silos, des puits, des traces d’activité métallurgique, de grandes fosses empierrées, mais sans vestige patent d’habitation. Il est possible que celle-ci ait été entièrement détruite, nous laissant que les structures en creux les plus profondes.

Maxime GUILLAUME, Sandy GUALANDI et Christophe RANCHE
INRAP Méditerranée.

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Carcassonne, Badarel 2 Montredon
Plan général du site

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Carcassonne, Badarel 2 Montredon
Chambre sépulcrale enterrée du mausolée

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