Carcassonne Toutes opérations


Toutes les notices sont extraites du Bilan Scientifique 2009 du Service Régional d’Archéologie de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Languedoc-Roussillon.

Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 1
Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 2
Carcassonne Pôle culturel
Carcassonne 44, rue Jules Sauzède
Carcassonne Plateau de Grèzes
Carcassonne Lo Badarel 2, Montredon

Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 1

DIACHRONIQUE

Le diagnostic sur la future ZAC du Minervois a permis
la redécouverte du village médiéval de Brucafel. Situé
au nord de la ville basse de Carcassonne, le projet
de ZAC englobe en effet l’emplacement connu de
l’église Saint-Geniès de Brucafel et de son cimetière.
Les archives mentionnent explicitement le village
de Brucafel au XIIe siècle, lors de sa donation aux
Templiers.

Les premières traces d’occupation humaine consistent
en un groupe de silos datés du Néolithique final, voire
du début de l’Age du Bronze. En un autre point de
l’emprise, quelques foyers à pierres chauffées ont été
observés, mais se trouvant en bordure d’un paléo-vallon,
ces structures ont été noyées immédiatement sans
qu’on puisse les étudier véritablement. À l’époque
républicaine, le territoire est manifestement cultivé, si
l’on en juge par les tronçons de fossés mis au jour
çà et là. Aucune organisation claire de ces fossés ne
se dessine, ce qui exclut une interprétation comme
enclos de ferme. Ils doivent seulement matérialiser
des terres agricoles. Les amphores recueillies dans
leurs comblements fournissent une date autour de la
première moitié du Ier siècle avant notre ère.

Après un hiatus chronologique courant sur toute
l’Antiquité, le site de Brucafel semble crée ex nihilo au
moins dès le IXe siècle, peut-être avant. Même si nous
ignorons son statut, le lieu est déjà identifié et doit
donc contenir à minima quelques manses paysannes.
Nous manquons cruellement d’indices chronologiques
pour phaser cette formation d’un terroir villageois. À
titre d’hypothèse, nous proposerons d’y associer très
tôt un cimetière en plein champ. Le site prenant de
l’importance, il semble qu’une église soit fondée aux
alentours de l’an Mil et que le cimetière se développe
alors à sa périphérie. En 1133, date à laquelle Roger
de Béziers donne en franc alleu à Hugues Rigaud et
à ses confrères du Temple, la villa et “tout ce qu’il
y possède en hommes, femmes, terres, vignes,
manses...” donc le domaine fiscal de Brucafel. Le
terme de villa désigne alors le village. Les bâtiments se
sont multipliés depuis le IXe siècle. Dans le périmètre
de près de deux hectares où s’étend la plupart des
vestiges médiévaux, la première impression en
regardant le plan de masse est celle d’un village ouvert
avec un manque d’organisation flagrante. Les divers
bâtiments ne suivent pas un plan rationnel, signe de
leur construction sur une période étalée dans le temps
et sans conception préalable. Les ajouts s’effectuent
suivant les besoins et sans doute sans contrainte liée
à une clôture quelconque.

Se pose ensuite la question de l’usage des bâtiments,
simples habitations privées ou dépendances d’un
domaine seigneurial. Si la galerie identifiée comme
le bâtiment B s’apparente à une architecture liée au
pouvoir, le bâtiment C et sa pièce avec foyer comprend
au moins une partie résidentielle. Il faut souligner qu’en
l’absence de modules complets déterminer la hiérarchie
sociale à travers ces constructions est impossible.
Toutefois, l’emploi de fondations massives en pierres
est un argument pour y voir une construction de « haut
rang » en comparaison avec d’autres sites similaires
datés autour de l’an Mil qui ne livrent généralement
que des architectures sommaires de terre et bois. La
fonction du bâtiment A est encore plus problématique.
Il s’agit de la seule construction au contact du
cimetière ; il faut alors se demander s’il ne s’agit pas
de l’église Saint-Geniès. Cependant ce bâtiment B ne
ressemble en rien à une église, même carolingienne.
Toutefois l’église Saint-Geniès représentée sur le plan
terrier de 1714 était un rectangle de 10 m de long sur
6 m environ de large. Ses dimensions correspondent
au bâtiment A en tenant compte de la restitution de la
façade fantôme nord. La coïncidence est troublante
et elle renvoie à la date de création de l’église. Si elle
est fondée vers l’an Mil, l’église Saint-Geniès peut
encore disposer d’un chevet plat comme beaucoup
d’églises du haut Moyen Age languedociennes, mais
celui-ci est généralement séparé de la nef par un
léger retrait, voire un embryon de transept. Un plan
simplement rectangulaire n’est envisageable que pour
des périodes plus anciennes antérieures au VIIIe siècle
(comme à Saint-Genies de Litenis dans l’Hérault). Or,
au stade du diagnostic, aucun argument archéologique
ne permet de proposer une date aussi ancienne. La
typologie des tombes fournit même un argument en
faveur d’une fondation plus récente.

Dans la discussion sur la date de fondation de
l’église, il nous semble important de dire quelques
mots du vocable de Saint Geniès. Le culte de ce
martyr arlésien de la fin du IIIe siècle connaît une
grande popularité en Provence et en Languedoc où
l’on trouve de nombreuses églises placées sous sa
protection. Grégoire de Tours au VIe siècle rapporte
que l’archevêque de Narbonne se glorifiait de
posséder en sa cathédrale des reliques de ce saint.
Toujours dans l’Aude, la paroisse de Caunes-Minervois
est dédiée à Saint-Geniès dès 791 (mention la plus
ancienne d’une paroisse) et aurait également possédé
des reliques du martyr (Griffe 1976). Si le critère du
vocable n’est pas décisif pour l’ancienneté d’une
fondation, il montre bien que le culte de ce saint
est populaire très tôt dans l’Aude et que les dédicaces
d’églises bien antérieures au Xe siècle. Si le bâtiment A
n’est pas l’église Saint-Geniès, où se trouve celle-ci ?
L’emplacement le plus probable est situé juste au nord
du bâtiment A, entre le sommet de la tranchée 175 et
la tranchée EO 171. Et si ce n’est pas le cas, l’église
St-Geniès peut-on pour autant en faire un bâtiment
civil ? La relation entre cette construction et les tombes
qui la jouxtent n’est pas fortuite. On pourrait alors
envisager que ce bâtiment soit la première chapelle
funéraire du domaine de Brucafel utilisée par la famille
des propriétaires du lieu et, que par la suite, elle a
pu être remplacée par une église plus vaste lorsque
la population s’est accrue. L’absence de vestiges et
de céramiques au-delà des XIIe - XIIIe siècles laisse
entrevoir l’abandon partiel ou total du site peu de temps
après la récupération de ces terres par les Templiers.
Cette désertion est-elle réelle ou une vision erronée
due à notre perception partielle du diagnostic ? Il
existe toutefois un évènement de taille qui pourrait
expliquer un abandon quasi complet au XIIIe siècle, la
création de la ville basse de Carcassonne par Saint-
Louis à la suite de la croisade contre les cathares. La
ville nouvelle se trouve en effet à quelques encablures
au sud de Brucafel et a forcément dû jouer un rôle
attractif important. Il est même possible qu’une partie
du territoire de Brucafel ait été prise pour la fondation
de la bastide. Brucafel n’est alors plus qu’un lieu-dit
avec peut-être une ou deux habitations paysannes.
Après la dissolution de l’ordre du Temple et le transfert
de son bien de Brucafel aux Hospitaliers de Saint-
Jean-de-Jérusalem, les nouveaux possesseurs créent
la commanderie Saint-Jean en bordure de l’Aude.
L’église et le cimetière sont-ils encore en usage ? Sans
doute de manière épisodique, puisque l’église Saint-
Geniès est encore considérée comme une annexe de
la paroisse de Gougens en 1714.

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

Carcassonne, ZAC du Minervois 1
Plan terrier de 1714

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Carcassonne ZAC du Minervois, tranche 2

NEOLITHIQUE AGE DU BRONZE ANTIQUITE

La seconde tranche de diagnostic archéologique sur
la ZAC du Minervois s’est déroulée durant le mois
de mai 2009 et a été menée par une équipe de deux
archéologues de l’Inrap sur une superficie de près de
10 hectares, en grande partie cultivée.

Les sondages de la première tranche de travaux,
menés sous la direction de M. Guillaume, avaient entre
autres montré la présence d’une occupation médiévale
dense et relativement bien conservée.

Les 130 tranchées ouvertes, représentant une surface
de 7500 m2, ont révélé, outre des fossés antiques et
modernes, de nombreuses structures appartenant à
l’âge du Bronze et/ou au Néolithique moyen.

Sur l’ensemble des structures mises au jour, huit sont
rattachées au Néolithique, dont six au Néolithique
moyen, quatre à l’âge du Bronze (deux au Bronze final
2b-3 et une au Bronze final 3b) et quinze n’ont pas
livré assez de mobilier pour pouvoir trancher entre la
Préhistoire et la Protohistoire. Plusieurs d’entre-elles
sont dispersées sur l’emprise du diagnostic mais une
concentration très nette est perceptible dans la partie
orientale, regroupée sur une aire d’environ 5000 m2.
Parmi ces creusements, on note la présence de silos,
foyers, foyers à pierres chauffées, fosses dépotoirs,
sans qu’aucun niveau de sol ne puisse leur être
rattaché. Une structure se détache de l’ensemble :
un four creusé dans les marnes argileuses, de plan
piriforme (3,45 x 1,80m), présentant des parois et un
fond fortement rubéfiés, qui pourrait être rattaché à un
artisanat céramique, bien qu’aucun rebut n’ait été mis
au jour. Cette structure est prolongée par une tranchée
sinueuse longue de plusieurs mètres qui semble
témoigner d’une extraction d’argile liée à cette même
activité. Le mobilier issu de la fouille partielle de cette
installation ne permet pas de préciser sa datation entre
le Néolithique et l’âge du Bronze.

Philippe MELLINAND
INRAP Méditerranée

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Carcassonne Pôle culturel

NEOLITHIQUE

Le diagnostic effectué au lieu-dit Prat Mary, au sud de la
ville basse de Carcassonne, a permis de découvrir une
petite aire d’ensilage du Néolithique moyen. Sept silos
ont été mis au jour dans deux tranchées concomitantes.
Ils se singularisent par l’encaissant dans lequel ils ont
été creusés. En effet, alors que le substrat de la parcelle
se compose d’une terrasse alluviale de galets, les silos
sont implantés au seul endroit où existent des graves
très sableuses, mélangeant des graviers, gravillons et
sables grossiers. Il faut donc considérer cette situation
comme relevant d’un choix volontaire. La présence des
graves sableuses implique que le silo n’était pas utilisé
en mettant directement les denrées dans le sol, mais
dans des vases de stockage. Le sable présente alors
l’avantage de permettre de caler aisément des vases
dont les fonds sont toujours bombés, voire de maintenir
un degré d’hygrométrie empêchant une dessiccation trop
rapide. Certains de ces vases de stockage, du moins des
fragments, ont été retrouvés dans les comblements des
différents silos. Le plus riche d’entre eux ne contient pas
moins de quatre-vingts tessons pour une seule moitié
fouillée. La céramique date de l’époque chasséenne
avec un penchant pour sa période ancienne. Cette
incertitude tient au faible nombre de bords et à l’absence
d’éléments discriminants. Le vase archéologiquement
le plus complet évoque en effet d’autres exemplaires
provenant du site des Plots à Berriac. Les pâtes sont
généralement bien cuites, en atmosphère la plus souvent
réductrice comme en témoigne la couleur des surfaces
majoritairement brunes à noires. Les surfaces sont lisses.
Quant à l’industrie lithique, elle brille par son absence.
Ce gisement s’inscrit dans un contexte local qui est l’un
des mieux documentés de France pour le Néolithique
moyen. Les nombreux sites chasséens montrent que
l’occupation est devenue permanente sur un territoire
qui possède plusieurs avantages : des sols fertiles ; la
présence de l’Aude, à la fois source d’approvisionnement
en eau et voie navigable en pirogue ; une position
stratégique avec la confl uence de vallées qui en fait un
lieu naturel d’échanges. Parmi ces gisements, il apparaît
une dichotomie entre des implantations modestes
(quelques centaines de mètres carrés) et des zones
d’occupation beaucoup plus vastes couvrant plusieurs
hectares. Ces derniers forment les premiers habitats
groupés préhistoriques. Le site de Prat Mary appartient
évidemment à la première catégorie, celle des habitats
isolés. La fouille de ce petit gisement, malgré le mauvais
état de conservation, pourrait apporter d’autres données
sur ces habitats. Elle permettrait de préciser la chronologie
du site et de documenter certaines pratiques comme
l’élevage, étant donné la bonne conservation des os.

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

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Carcassonne 44, rue Jules Sauzède

MOYEN AGE EPOQUE MODERNE

Le diagnostic archéologique prescrit sur l’immeuble sis
au 44, rue Jules Sauzède à Carcassonne, comprenait
deux types d’interventions. En premier lieu il s’agissait
de mener une étude du bâti, le projet immobilier
consistant en une réhabilitation générale du bâtiment
au sein duquel se trouverait une construction originelle
datable de la bastide Saint-Louis créée au XIIIe s. Une
seconde intervention était prévue dans le jardin, en
arrière du bâti actuel, afin de vérifier par sondage la
présence éventuelle d’une ruelle traversant le quartier
selon un axe nord-sud. Enfin le second sondage qui
était prévu dans la cave pour caractériser l’encaissant
n’a pas pu être réalisé pour des raisons techniques.

Les observations de terrain ont été limitées en raison
de l’excellent état de conservation de l’immeuble :
certains appartements ont été complètement rénovés
récemment et les murs à étudier masqués derrière
des cloisons de placo-plâtre. Nous avons donc ciblé
les sondages (décroutage manuel des murs) sur les
parties les plus rapidement accessibles. Dans le jardin,
le sondage manuel a révélé la présence d’une vaste
cave en lieu et place de la ruelle attendue.

Les vestiges datables de la bastide Saint-Louis n’ont
pu être confirmés puisque la cave qui passe pour
être le rez-de-chaussée de l’unité orientale, n’a pas
été accessible. Nous garderons donc l’hypothèse de
deux unités se développant vers le sud. Cependant la
présence d’une fenêtre exactement dans l’axe du mur
du jardin, permet d’envisager une extension initiale de
l’unité vers l’est, avant la construction de la façade sur
le jardin et l’existence d’un espace ouvert mitoyen.
Durant la Renaissance, l’existence d’un espace ouvert
au nord de la (ou des) maison(s) patricienne(s), voire
d’une impasse débouchant d’est en ouest sur la rue
Jules Sauzède, est confirmée par la présence d’une
baie à croisée ajourant son mur septentrional. Cette
hypothèse se confirme au regard du terrier de 1729 où
se dessine très nettement une limite parcellaire divisant
le quartier d’ouest en est, limite se poursuivant dans
celui voisin de Berriac et rejoignant la place centrale
de la bastide, l’actuelle place Carnot.

Véronique CANUT
INRAP Méditerrannée

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Carcassonne Plateau de Grèzes

AGE DU BRONZE

Le projet de réalisation du lotissement « Le Plateau de
Grèzes » a donné lieu à un diagnostic archéologique
mené en 2006 par Tanguy Wibaut (INRAP). A cette
occasion, la découverte d’une probable fosse
polylobée de la fin de l’âge du Bronze avait conduit le
Service régional de l’archéologie à prescrire une fouille
préventive sur l’emprise du lot n°48. Cette parcelle
jouxte un cours d’eau, le Régal, qui limite le lotissement
au sud. La superficie du lot retenu par la prescription
archéologique est d’environ 600 m2. La zone prescrite
à l’intérieur de ce lot est d’environ 400 m2.

Contrairement à la nature des vestiges pressentis lors
du diagnostic, le site de Grèzes a permis d’étudier
une structure excavée de faible ampleur (FS 1020),
située dans l’alignement d’un petit paléochenal dont
le comblement est anthropisé. Les derniers niveaux de
comblement de cette dépression semblent sceller la
fosse 1020 et l’abondant mobilier prélevé dans celle-ci
permet d’attribuer la fin de fonctionnement du site à la
transition entre la fin de l’Age du Bronze et le début de
l’Age du Fer. L’étude de l’abondant mobilier céramique
issu de la structure 1020 a permis de mettre en évidence
une notable homogénéité chrono-culturelle impliquant
une durée de comblement relativement courte et
d’autre part, une relative récurrence d’éléments
caractérisant cette période en Languedoc occidental.
Les données issues des analyses carpologiques (étude
de Ch. Hallavant) paraissent également conformes
aux données disponibles pour cette période avec
la présence attestée d’orge vêtu, millet commun et
amidonnier. Toutefois, le mauvais état de conservation
des taxons limite ces observations.

La fonction initiale de cette structure reste
problématique. Sa forme irrégulière, la nature du
substrat et la proximité d’un cours d’eau incitent
toutefois à privilégier la piste d’une fosse d’extraction
aux dépends d’une structure de stockage et a fortiori,
d’une unité d’habitation.

En revanche, l’un des points saillants du site est
certainement lié à la convergence d’éléments
témoignant d’une activité métallurgique à proximité
immédiate de la zone de fouille. Il semble en effet
remarquable d’observer des pièces telles qu’un moule
de bronzier en grès, un probable fragment de tuyère en
terre cuite ou encore les nombreux résidus métalliques
(étude de L. Robbiola), participant au comblement
d’une même structure. Bien que ces éléments soient
en position de rejet, ils appartiennent à un contexte
chrono-culturel précis. Contexte qui fait la plupart du
temps défaut aux exemples analogues.

Arnaud GAILLARD et Julien VIAL
avec les collaborations de Charlotte Hallavant
et Luc Robbiola
SARL ACTER

Carcassonne, Plateau de Grèzes
Détail d’une tête d’épingle enroulée en bronze

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Carcassonne Lo Badarel 2, Montredon

La fouille de Lo Badarel 2 fait suite à une première
opération réalisée en 2008 qui avait mis au jour
quelques aménagements agraires (fossés, drain, bâti
vernaculaire) de la fin de l’époque républicaine. Ces
vestiges font en réalité partie d’un ensemble plus vaste
que la fouille de 2009 a permis de mieux cerner.

Le site prend place sur le sommet de la colline de
Montredon, éminence qui domine l’Aude, dans le
méandre qu’elle forme au nord de Carcassonne
avant de se diriger vers la Méditerranée. La première
occupation humaine date du Néolithique final. Elle
comprend une quarantaine de structures attribuables
à la culture de Véraza. Ces éléments sont disséminés
sur l’ensemble du site, mais une organisation spatiale
se dessine nettement, si l’on pose comme postulat
la contemporanéité de toutes ces structures. Une
première zone, dans l’angle nord-ouest de la fouille,
regroupe une dizaine de foyers à pierres chauffées.
Plus au sud, un bâtiment matérialisé par des trous de
poteau avec son sol conservé est associé à quelques
vestiges très érodés de possibles fosses de rejet ou
dépotoirs. D’une largeur oscillant entre 4,00 m et 3,20
m pour une longueur de 7,50 m, la superstructure en
bois comporte huit poteaux et dessine deux nefs avec
une façade orientale légèrement rétrécie. À l’extérieur,
deux autres poteaux peuvent appartenir soit à un
autre état du bâtiment, soit à un possible appentis ou
encore une structure annexe sans relation physique
avec le bâtiment. Le sol à l’intérieur se matérialise
par des pans entiers de vases fractionnés en place,
en position horizontale et associés à des restes de
faunes et parfois de charbons de bois, ainsi que les
restes d’une « sole » ou plaque foyère constituée de
quelques éléments en grès rubéfiés sous l’effet de la
chaleur. À l’extérieur, contre la façade septentrionale,
se trouve un foyer en cuvette avec des plaquettes
de grès. Si l’on excepte les bâtiments reconnus au
Mourral à Trèbes, dont le caractère ostentatoire ne fait
pas de doute, Lo Badarel 2 est le seul témoin d’un
habitat du Néolithique final audois.

Après cette phase, la colline de Montredon semble
inoccupée jusqu’à la fin de la Protohistoire. Un réseau
de fossés apparaît alors, formant la trame d’une mise
en exploitation du terroir. Un enclos fossoyé semble
se dessiner parmi ce parcellaire. Nous serions alors
dans la configuration d’une ferme gauloise, comme le
Carcassonnais en a déjà livré de nombreux exemples :
la Cavayère ; les Troubadours à Montredon ; Béragne
à Trèbes ; le Chapitre, etc. Les principaux fossés de
cette période sont comblés entre la fin du IIe siècle
et le début du Ier siècle avant notre ère. Pour autant
le territoire n’est pas déserté. En effet, le volumineux
mobilier collecté sur le site et daté de la seconde
moitié du Ier siècle avant notre ère montre qu’il existe
une phase d’occupation que nous ne percevons pas
directement, soit parce qu’elle est centrée au-delà de
l’emprise de la fouille, soit parce qu’elle a été totalement
« masquée » par les reconstructions ultérieures. Autre
argument allant dans ce sens, certains fossés ne sont
comblés que vers la fin du Ier siècle avant notre ère,
sans doute en préalable de la construction de la villa.
En effet, vers le dernier quart du Ier siècle avant
notre ère, un grand domaine rural de modèle romain
est constitué avec une partie résidentielle de plan
classique, centré autour d’une cour intérieure avec
péristyle à colonnade en briques. L’état d’arasement
important de la villa ne permet guère de décrire son
évolution architecturale. Il semble toutefois, qu’un
remaniement intervienne dans le cours du IIe siècle
de notre ère. Sa pars urbana est clairement séparée
de la pars rustica par un grand mur doté de massifs
ornementaux. Nulle trace de bâtiments artisanaux et
agricoles n’a été mise au jour dans l’emprise de la
fouille. Il faut donc les placer plus au nord. La villa est
desservie par une voie, qui a été décapée sur plus de
60 m de long. Bordée sur son flanc occidental par le
mur de clôture du domaine, elle file plein sud, sans
doute en direction de la via Aquitania. À l’est de la
route, se développe une zone humide où la proximité
de l’eau a été exploitée à des fins agricoles. Une grande
fosse a notamment pu servir de point d’eau pour du
bétail ou de rouissoir pour plantes textiles (analyses en
attente). Encore plus à l’est, débute un verger planté
selon une trame orthogonale de 6 m environ entre les
rangées d’arbres.

Sur le sommet de la colline, face à la façade
méridionale de la villa, est construit un mausolée,
tombeau probable du fondateur de ce domaine. Il n’en
demeure que la chambre sépulcrale enterrée d’une
superficie de près de 16 m2. Elle devait être couverte
par une voûte en plein cintre également en grand
appareil de grès. Ses dimensions monumentales en
font un cas quasiment unique à ce jour en Gaule.
Seules deux chambres sépulcrales dépassent cette
mesure : le mausolée de Callas (Var) dont la superficie
de la chambre fait près de 23 m2, et le mausolée de
Sisteron (Alpes-de-Haute-Provence) avec une surface
de 21,36 m2. Dans les deux cas, il s’agit de structures
construites en élévation et qui appartiennent à des
monuments dont les datations proposées ne sont
pas antérieures au IIe siècle de notre ère. L’élévation
peut être esquissée grâce aux blocs retrouvés dans le
comblement de démolition. La voûte était insérée dans
un podium bâti en grès. Sa base et son couronnement
porte la même moulure, dont le style date du dernier
quart du Ier siècle avant notre ère. Cette datation est
compatible avec la céramique retrouvée dans les
rares niveaux liés à la construction du monument.
Hormis le podium, l’intégralité de l’élévation était en
calcaire. Quelques fragments sculptés permettent
d’affirmer la présence d’un ornement récurrent dans
le répertoire de l’architecture funéraire, les postes.
Plusieurs morceaux du même type ont été répertoriés
et permettent d’envisager la restitution d’une frise
architecturale horizontale qui courait le long d’un étage
de l’élévation, ou visible par panneau sur chaque face
du monument. On envisagera la présence de ce décor
au niveau du second étage plutôt qu’au premier, le
podium étant déjà orné d’une moulure. En plus de
ce décor de postes, la découverte d’un fragment de
chapiteau de petit module trahit l’existence d’un décor
architectonique qui contraste avec le grand appareil
employé dans la maçonnerie. Cette utilisation révèle
l’existence de colonnes et chapiteaux corinthiens
situés très certainement en hauteur, au dernier niveau
du bâtiment. L’emploi de ce type de décor avec
un pareil module se retrouve fréquemment sur les
monuments funéraires. On en distingue aussi bien sur
des piles que sur les mausolées de type turriforme au
sein de tholos par exemple. La découverte de dalles
de calcaire dont certaines faces sont encore marquées
des traces d’outils, permet d’envisager la présence
soit d’une niche située dans l’élévation, soit d’un étage
à claire-voie dont le sol était plaqué de ces dalles,
sans doute pour recevoir des statues monumentales
à l’effigie du défunt.

Une fosse était aménagée au sud du monument en
avant de la chambre. Elle semble n’avoir servi que
pour la construction du tombeau. En effet, dès les
rites funéraires effectués (nous ne possédons aucun
indice pour trancher entre inhumation ou incinération),
l’accès à la chambre est condamné par la pose d’un
bloc obturant le passage.

La villa comme le mausolée sont abandonnés et
démolis vraisemblablement vers la fin du IIIe siècle
ou au cours du IVe siècle. Cette phase précède sans
doute de peu l’implantation d’une nouvelle occupation
de la colline, au sud-ouest de l’ancienne villa. Elle
est matérialisée par des silos, des puits, des traces
d’activité métallurgique, de grandes fosses empierrées,
mais sans vestige patent d’habitation. Il est possible
que celle-ci ait été entièrement détruite, nous laissant
que les structures en creux les plus profondes.

Maxime GUILLAUME, Sandy GUALANDI
et Christophe RANCHE
INRAP Méditerranée.

Carcassonne, Badarel 2 Montredon
Plan général du site

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Carcassonne, Badarel 2 Montredon
Chambre sépulcrale enterrée du mausolée

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Portfolio