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Carcassonne

CARCASSONNE Les Lices Hautes

L’extension du réseau d’eau potable et la pose d’une bouche à incendie dans les Lices hautes de la Cité de Carcassonne ont motivé un sondage dans ce secteur sensible.

Ces travaux portant sur une tranchée de 150 m de long par 0,50 m de large ont permis l’observation du soussol sur une profondeur allant de 0,80 m à deux mètres environ. Située à l’ouest de la Porte Narbonnaise et parallèle à la première enceinte de la Cité, la tranchée en suit le tracé de la Tour de Balthazar à la Tour Saint- Martin.

Deux opérations de fouilles avaient été menées en 1994 à l’est et en 2007 à l’ouest de ce secteur et avaient fait apparaître des vestiges médiévaux, modernes et contemporains.

L’état de la zone concernée par cette fouille nous est connu grâce aux compoix, au cadastre napoléonien et aux photographies anciennes, qui font apparaître une occupation du XVIIe au début du XXe siècle. Des maisons, accolées à l’enceinte ont été présentes tout au long de cette période et les derniers habitants seront expropriés en 1912. Une occupation médiévale de cette zone est également très probable puisqu’elle appartient à l’emprise des bourgs détruits en 1240.

Cependant, les vestiges sont peu nombreux en raison notamment des reprises en sous-oeuvre ayant affecté le secteur lors de la reconstruction de l’enceinte sous Philippe le Hardi (fin du XIIIe siècle).

Cette opération a permis de dégager les vestiges arasés de quinze murs, d’un sol de chaux et de deux sols couverts de carreaux en terre cuite, mettant en évidence des niveaux modernes et contemporains correspondant aux habitations mentionnées dans les documents cités plus haut. Des niveaux médiévaux recelant de la céramique réductrice ont également pu être observés.

Annick DESPRATX
ALC Archéologie

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Carcassonne, les Lices Hautes
Jeton de la Chambres des Comptes du Roi daté de 1556

CARCASSONNE Abords de la Cité, front ouest

Deux sondages archéologiques ont été effectués en février 2010 sur une grande parcelle située sur le talus ouest de la Cité, à proximité de la Porte d’Aude. Sur cette face occidentale du glacis, la Cité est protégée par sa topographie escarpée.

Entre la Cité et l’Aude, plusieurs phases d’habitat sont attestées au Moyen Âge :
- avant 1240, ce faubourg de la Cité était appelé Granolhet. Il est détruit à cette date, comme les autres faubourgs, suite à la rébellion du vicomte Trencavel.
- après 1247, le roi de France autorise la construction d’un nouveau bourg qui se trouve provisoirement sur l’emplacement de Granolhet, sur la rive droite de l’Aude. A partir de 1255, l’administration royale ordonne la destruction de ces maisons, qui sont trop proches du rempart et ce talus devient zone de servitude militaire. En 1260 commence l’édification du Bourg Neuf, actuelle ville basse, sur la rive gauche. Il était donc intéressant de vérifier la présence de structures médiévales sur ces pentes. D’autre part, cette parcelle a pu être affectée par le chantier d’édification de l’enceinte extérieure dans la deuxième moitié du XIIIe siècle.

Ces deux sondages, qui ont fourni sur moins de 100 m² une grande densité de structures médiévales, présentent un intérêt pour l’histoire de la forteresse de Carcassonne et l’évolution urbaine de cette ville. C’est à ce jour la seule « fenêtre » que nous possédions sur la ville avant sa destruction dans l’hiver 1240-1241.

Un bâti très dense y apparaît dans l’un des sondages (sondage 5), vestiges à vocation d’habitat, compte tenu de la nature du mobilier qui y a été recueilli. Mais l’un des murs, épais de 1,25 m, pourrait avoir eu une fonction défensive.

Un deuxième sondage (sondage 3) en haut du talus a permis d’observer la base de l’enceinte, directement construite sur le rocher et de constater qu’elle était probablement longée par une voie taillée dans le substrat.

Parmi les nombreux restes mobiliers recueillis (au nombre de 2637), la céramique représente plus de 46 % du mobilier. Plusieurs phases d’occupation alternant avec des phases d’abandon sont bien attestées :

- Phase 1 : Occupation antique proche ou diffuse (périodes attestées : fin République - Haut Empire). Un mobilier résiduel diffus est présent dans presque toutes les US.
- Phase 2 : Du mobilier résiduel datant de l’Antiquité et de l’Antiquité tardive témoigne d’une occupation antérieure au Moyen Age central. Un premier mur partiellement épierré est probablement à rattacher à cette phase résiduelle, mais sa fonction et sa datation sont difficiles, en l’absence d’éléments significatifs. La datation ne peut en être que relative : il est recoupé par un autre mur.
- Phase 3 : Ce mur bien bâti, d’une largeur de 1,22 m, structure majeure de ce secteur, est construit directement dans des contextes contenant du mobilier antique et de l’Antiquité tardive, probablement avant le milieu du XIIIe siècle (occupation des bourgs avant leur destruction en 1240 ?).
- Phase 4 : Un mur de construction plus sommaire que le précédent, est accompagné de sols et de couches de destruction contenant des céramiques de la deuxième moitié du XIIIe siècle et pourrait correspondre à l’occupation temporaire du faubourg de Granolhet entre 1247 et 1260.
- Phase 5 : Ce mur lui-même est détruit et recouvert, comme le précédent, par une couche contenant des restes assimilables à un dépotoir, fonctionnant entre la fin du XIIIe et le XVe siècle.
- Phase 6 : L’ensemble est recouvert de terre arable : des jardins et des vignes sont cultivés sur ce versant (XVe- début XXe s.).
- Phase 7 : Abandon du talus (XXe-XXIe s.). Humus, état actuel.

Des restes de soutènement et des vestiges de pavement ou de calade peuvent eux aussi être rattachés à la phase 4. Son utilisation a peut-être perduré tant que la 2e enceinte n’a pas été terminée (acheminement des matériaux pour le chantier ?). En effet, en 2008, lors de sondages précédents, nous avions découvert, dans une couche de démolition, un méreau datant des années 1250 à 1290, évoquant l’activité de minoterie. Cet objet permet d’avancer l’hypothèse qu’on acheminait peut-être par là les matériaux et des marchandises au Château comtal : il pourrait avoir été utilisé quelques temps après la désertion de ce faubourg. Enfin, soulignons l’intérêt économique de ce quartier proche de l’eau et du moulin, appelé encore de nos jours « Moulin du Roi », proche aussi des terrains fertiles qui alimentaient la population de la ville.

Au vu de la faible quantité d’informations archéologiques dont on dispose à ce jour sur les abords de la Cité, ces sondages contribuent à l’étude de l’évolution urbaine de Carcassonne, sur la rive droite de l’Aude. En effet, nous disposons actuellement de cette seule fenêtre sur les anciens bourgs médiévaux antérieurs au déplacement du bourg sur la rive gauche, dont les résultats sont du plus haut intérêt pour l’histoire de Carcassonne et au-delà, pour la connaissance de l’évolution des villes au Moyen Age.

Marie-Elise GARDEL
ALC Archéologie

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CARCASSONNE Moreau
NÉOLITHIQUE FINAL

La future zone commerciale de Moreau se situe à l’est de Carcassonne. Elle est bordée au sud par la via Aquitania mais les seuls vestiges découverts dans l’emprise datent du Néolithique final.

Le principal consiste en une dépression fermée dont le remplissage argilo-sableux gris foncé traduit une zone mal drainée, peut-être de type mare. Au bord de cette dernière, se trouvaient répartis sur un mètre carré des tessons appartenant à un grand « vase-silo » à parois convergentes. Cette production est caractéristique des cultures « post-chasséennes » de la fin de Néolithique du Sud de la France (entre 3500 et 2000 av. notre ère).

Dans la région audoise, au sein du complexe Saintpono- vérazien, le motif de cordons superposés est généralement attribué au début du Néolithique final c’est-à-dire au Vérazien ancien (entre 3500 et 3000). L’utilisation comme mare de cette dépression est confirmée par la présence d’une bande empierrée avec des grès sur la bordure septentrionale de la dépression, soit du côté de la céramique. Ces pierres ont été disposées sur le bord de la mare, sans doute pour faciliter l’accès à l’eau, à la fois pour le puisage, dont témoignerait la céramique, et pour permettre au bétail de venir s’y abreuver.

Ce type de site qui montre l’occupation ponctuelle de petites dépressions a été reconnu à plusieurs reprises autour de Carcassonne. Béragne (commune de Trèbes), Félines, la métairie de Serres (commune de Carcassonne) en sont d’autres exemples. Reste maintenant à synthétiser ces données pour essayer de caractériser au mieux ces sites. À titre d’hypothèse de travail, nous proposons d’y voir des stations liées à de l’élevage (surveillance des troupeaux et abreuvoir).

Maxime GUILLAUME
INRAP Méditerranée

CARCASSONNE Les Jardins de Grèze

L’opération de diagnostic archéologique réalisé sur les 17 000 m² des deux parcelles concernées par le projet de lotissement « Les Jardins de Grèze » a mis au jour des vestiges de trois moments précis : début et fin de la romanisation et Epoque moderne.

Les aménagements de toutes ces périodes sont en relation avec des activités agro-pastorales, comme la délimitation des champs et l’assainissement des zones humides. Les fossés et les concentrations de mobilier étaient visibles à une profondeur de 0,50 à 0,60 m.

Les lotissements « Le Régal » et « Plateau de Grèze » accolés côté est au futur lotissement « Les Jardins de Grèze » avaient fait l’objet de deux opérations de diagnostic réalisées par des équipes Inrap en 2003 et en 2006 (Alessandri, 2003, Wibaut, 2006).

Les résultats de la première opération étaient les suivants : un petit épandage de scories, des fragments de céramiques modelées du Bronze Final II, de la céramique du Premier âge du Fer et de la céramique du XVIIIe siècle.

Les résultats de la deuxième opération concernent notamment la présence d’une fosse trilobée dont la surface estimée est de 40 m². Elle présentait une forte concentration de matériel céramique associé à de petits objets en bronze et à deux moules pour la fabrication des pointes de lance et des rasoirs.

L’ensemble est à dater du Bronze Final IIIb (autour du IXe siècle avant J.-C.). Ultérieurement, cette fosse a fait l’objet d’une fouille réalisée par l’opérateur d’archéologie Acter. Aucun indice du travail du bronze (scories, petits objets, moules) ni aucun fragment de céramique du Bronze Final ou du Premier âge du Fer n’ont été découverts lors de cette opération de diagnostic archéologique et cela malgré la proximité de la fosse trilobée à vocation métallurgique, identifiée en 2006.

Un parcellaire du début de la romanisation. Les quatre fossés délimitant la parcelle quadrangulaire de 75 m de côté située au centre des parcelles sondées ont livré des fragments d’amphores gréco-italiques et italiques et des terres cuites architecturales (tegulae et imbrex) à dater de la fin IIe-Ier s. av. J.-C. La largeur des fossés formant l’enclos varie, au moment de leur identification, entre 0,85 et 1,50 m. Le pendage de ces quatre fossés confluerait dans la partie sud-ouest de la zone expertisée. Il y a, à cet endroit, une concentration de terres cuites architecturales (tuiles et briques) associées à un fragment d’un fond de vase vernissé, l’ensemble ayant vraisemblablement été rapporté pour assainir une zone humide côtoyant le ruisseau Régal qui longe les parcelles à sonder, côté sud. Les deux fossés situés au sud des précédents ont fourni le même type de mobilier, des fragments d’amphores italiques et des terres cuites architecturales. Un aménagement de la fin de la période romaine.

À l’intérieur de la grande parcelle, la concentration de céramiques de la fin du IVe-Ve siècle après J.-C. correspond à un aménagement ponctuel visant à combler un léger creux. Cette concentration de mobilier s’étend sur une zone de 4 m sur 3 et son épaisseur avoisine les 10 cm. Le mobilier récupéré, identifié par Jérôme Kotarba, est à rattacher à une fourchette chronologique allant de la fin du IVe au début du Ve siècle après J.-C.

Cette concentration comportait des fragments d’un mortier à lèvre pendante en céramique tournée fine oxydante du type « pâte claire » (orange), un fragment d’un deuxième mortier à lèvre pendante en céramique tournée fine oxydante du type « pâte claire » (rose), des fragments d’une attache d’anse d’une amphore africaine et des fragments d’amphore hispanique du type Almagro 51A. Parmi les types céramiques, il convient de noter :
- une vingtaine de fragments de panse en céramique tournée fine oxydante, certains conservant des traces d’engobe rouge,
- un fragment de bord d’une cruche dans le même type de céramique,
- une dizaine de fragments de panse en céramique tournée fine réductrice avec des traces d’engobe,
- un fragment de panse d’une assiette en céramique tournée fine réductrice avec des incisions sur la carène,
- trois fragments d’un vase caréné en céramique tournée fine réductrice du type DSP 16,
- un fragment de bord d’un vase en céramique tournée fine réductrice du type DSP 6.
- Un fragment de panse en céramique tournée fine réductrice connue sous l’appellation « paléo-chrétienne estampée » à décor en palmettes leur était associé. Ce type de céramique est produit à partir de 370 après J.-C. et tout au long du Ve siècle.

L’assainissement des zones humides au XVII-XVIIIe siècle. L’apport d’une quantité conséquente de matériaux de construction sur la partie sud-ouest des parcelles sondées avait pour but d’assainir une zone humide du fait de sa proximité avec le ruisseau Régal et des eaux de ruissellement canalisées par les fossés qui y débouchent. Nous avons appelé « mares » les concentrations de mobilier dans une matrice grise, limono-argileuse comportant des galets épars comblant de légères dépressions dans le substrat. Un fragment du fond d’un vase vernissé vert clair associé aux terres cuites architecturales de la mare « K » permet de rattacher l’ensemble au XVIIe- XVIIIe siècle. L’identification a été faite par Patrice Alessandri. Les tuiles, les pavés et les briques qui constituent le remplissage des trois mares identifiées à l’angle sud-ouest du chantier présentent les mêmes caractéristiques. Ces trois lots de matériaux sont donc vraisemblablement contemporains.

Parmi les gabarits des matériaux, on note la présence des tuiles courbes à pâte jaune d’une longueur minimale conservée de 27 cm, des tuiles courbes à pâte orange d’une longueur minimale conservée de 24 cm, des pavés carrés à pâte orange de 16 cm de côté et des fragments de briques rectangulaires. Notons la présence d’un raté à la cuisson : deux tuiles courbes à pâte jaune cuites l’une par-dessus l’autre.

Assumpcio Toledo I Mur
INRAP Méditerranée

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Carcassonne, Jardins de Grèze Plan général du diagnostic
  
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