Bulletin de 2020 - Tome CXX

Table des matières

  • LA VIE DE LA SOCIÉTÉ
  • Présentation de la Société
  • La vie de la Société
  • Conseil d’administration
  • PEYTAVIE (Charles), Le Bulletin de la SESA, cent-vingt tomes et cent-trente ans d’existence
  • LANGLOIS (Gauthier), Mémoires, colloques et autres ouvrages : 120 ans de publications de la Société d’études scientifiques de l’Aude
  • Botanique
  • BARREAU, Dominique : Mise à jour du catalogue de la flore de l’Aude. Version 2019. Résultats et chorologie de quelques taxons
  • Archéologie
  • LOPPE, Frédéric, LESPES, Carole : Carcassonne, ville basse, n°20 rue Chartran : Les niveaux médiévaux et leur mobilier (milieu XIIIe-milieu XVe siècle) [1]
  • Histoire
  • RAYNAUD, Christian : La grange cistercienne de Parahou et la bastide de Saint-Louis, (XIe-XVe siècles) [2]
  • LANGLOIS, Gauthier : Deux pendants de cheval aux armes de l’archevêque de Narbonne Bernard de Fargues (1311-1341) trouvés à Paulhiac (Lot-et-Garonne). [3], [4]
  • TRÉTON, Rodrigue : L’ordonnance pour les peignes de Limoux (1390) : un témoignage inestimable sur l’industrie du peigne de buis dans les hautes vallées de l’Aude et de l’Hers à fin du Moyen Âge. [5]
  • ROBION, Claude-Marie : Entre austérités, pastorale et jansénisme : l’abbé de Caulet (diocèse de Saint-Papoul, XVIIIe siècle) [6]
  • Activités du groupe botanique
  • PLASSARD (Clémentine), Les Convergences botaniques, premières rencontres des botanistes francophones organisées par la SBOOC. Montpellier, 2-4 octobre 2020 123
  • Notes d’archéologie
  • FAVENNEC, Benoît : Le groupement artisanal de l’Antiquité tardive de Las Cravieros à Fanjeaux : bilan des trois premières campagnes de fouille
  • LANGLOIS, Gauthier : Vervelles, pendants et enseignes armoriés du Moyen Âge conservés au musée de Narbonne
  • Notes de numismatique
  • CAU, Michel : Médaille décernée à Charles Portal de Moux (1802-1870) à Avignon en 1858
  • CAU, Michel : Médaille décernée en 1892 à Charles Cabrié, futur président de la Société d’études scientifiques de l’Aude
  • Notes d’archives
  • LANGLOIS, Gauthier : Localiser une photo : mission impossible ?
  • LANGLOIS, Gauthier : Une manifestation viticole à Tuchan en 1901 ?
  • LANGLOIS, Gauthier : Où est passée la tête de Ponce Pilate du calvaire gothique de Villanière ?
  • Notes de lectures
  • Langlois, Gauthier : Mines des Corbières. Une histoire, des hommes, des techniques, par Julien Mantenant
  • Langlois, Gauthier : Vivre en ville près d’une abbaye. Les Pays d’Aude du VIIIe au XVIe siècle. Alet, Caunes, Lagrasse, par Julien Foltran
  • Peytavie, Charles : Le dolmen de Saint-Eugène. Autopsie d’une sépulture collective néolithique, sous la direction de Jean Guilaine
  • Peytavie, Charles : Petite histoire de Carcassonne, par Claude Marquié
  • ANNEXES
  • Comptes-rendus des séances mensuelles
  • Nécrologie : Jacques Pech de Laclause (1934-2021
  • Recommandations aux auteurs
  • Bulletin de demande d’adhésion
  • Publications de la SESA

[1En 2014 la réhabilitation d’un immeuble en Ville Basse de Carcassonne au n°20 rue Chartran a nécessité la réalisation d’une étude de bâti et de sondages archéologiques. Cette opération a révélé deux maçonneries médiévales de terre massive contenant un petit lot mobilier et supportant un colombage-torchis partiellement conservé mais également de nombreux niveaux médiévaux en place (sols, ruelle, remblais), et notamment celui de l’incendie de l’agglomération par les troupes anglo-gascones, en novembre 1355. La plupart de ces couches contenaient un abondant mobilier (près de 900 objets au total). Les sources planimétriques et l’ensemble de ces découvertes ont permis de proposer un essai d’évolution du parcellaire du Moyen Âge à l’époque contemporaine ainsi qu’un phasage de l’occupation et de l’aménagement de cet espace durant deux siècles (milieu XIIIe-milieu XVe siècle).

[2Saint-Louis-et-Parahou, une commune audoise des hautes Corbières, occupe une cuvette allongée d’Est en Ouest, à une altitude de 600 à 700 mètres. Au Moyen-Âge, existaient là deux entités territoriales bien distinctes : Parahou, une grange monastique de Fontfroide, et la bastide royale de Saint-Louis. Le voisinage d’une bastide et d’une grange monastique, exceptionnel en Languedoc, est plus fréquent dans le bassin de la Garonne, où souvent la fondation d’un village neuf s’est effectuée sur le terroir de la grange, jusqu’à entraîner sa disparition. A Saint Louis, la création de la bastide en 1299 ne s’est pas faite au détriment de la grange, qui a pu se maintenir jusqu’à la fin du Moyen Âge.
Mais si les cisterciens de Fontfroide sont parvenus à conserver leur domaine de Parahou,un territoire vital pour leurs activités d’élevage, ce fut au prix de conflits répétés avec les communautés voisines. Les nombreux actes générés par ces frictions avec les villageois de Bugarach et de Saint-Louis, apportent d’intéressants éclairages sur l’évolution des formes de mise en valeur et de peuplement de ce territoire. L’implantation d’une bastide à cet endroit n’est pas non plus étrangère à la délimitation de la frontière entre les royaumes de France et d’Aragon consécutive au Traité de Corbeil (1258). Cette terre de confins, hérissée de châteaux, a subi les remous de la Croisade Albigeoise jusqu’à la fin du XIIIe siècle. Saint Louis a été une bastide de défrichement et de peuplement, mais aussi une bastide frontière, proche d’un point de passage important. Cette situation exposée explique la destruction de la bastide au XVIè siècle.

[3À partir du XIIIe siècle se répand dans l’aristocratie l’usage d’étiquettes métalliques armoriées, appelées vervelles, écussons ou pendants, pour marquer sa propriété sur des animaux ou des équipements. La découverte de deux pendants qui décoraient le harnais d’un cheval est l’occasion de faire le point des recherches sur ces objets peu connus et ne bénéficiant pas encore d’étude de synthèse. Les armes qui y figurent identifient leur possesseur à l’archevêque de Narbonne Bernard de Fargues. L’étude de ces armes est l’occasion de comprendre leur origine et leur place au sein de l’emblématique d’une fratrie qui doit son ascension sociale à l’oncle, le pape Clément V. L’article évoque enfin l’usage social des pendants et vervelles, notamment à la chasse.

[4]Two pendants with the coat of arms of the archbishop of Narbonne Bernard de Fargues (1311-1341) found in Paulhiac (Lot-et-Garonne).
From the thirteenth century spread throughout the aristocracy the use of emblazoned metal labels called vervels, escutcheons or pendants, to mark his property on animals or equipment. This paper is an opportunity to take a stock of the research. Recent studies allow to identify objects found as decorative pendants on a horse’s harness. These pendants bear the coat of arms of archbishop Bernard de Fargues. Their study allows to understand their origin and their place within the emblematic of a sibling who owes their social rise to their uncle, Pope Clement V. The paper il also an opportunity to discuss the social use of pendants and vervels, especially at the hunt.

[5En dépit de leur intérêt évident pour l’étude et la compréhension de l’histoire des anciens pays d’Aude, bon nombre de documents d’archives médiévaux se rapportant à l’organisation des métiers et à la diffusion des savoir-faire artisanaux demeurent à ce jour inédits. Cette lacune éditoriale entrave bien évidemment notre connaissance de faits économiques et sociaux primordiaux qui, durant des siècles, ont scandé la vie quotidienne de générations d’hommes et de femmes, autant d’activités ayant participé de la construction de l’identité culturelle de ces territoires. Dans cette perspective, il nous a paru utile de porter à la connaissance du public un document, à bien des égards exceptionnel, témoignant de l’importance d’un art aujourd’hui révolu, mais qui pendant des siècles a constitué un moteur économique pour bon nombre de communautés d’habitants du piémont pyrénéen : la fabrication de peignes de toilette en buis. Rédigés en occitan, les quarante-neuf articles de l’ordonnance pour les peigniers édictée à Limoux le 1er novembre 1390 dévoilent avec une précision inégalée les contours subtils d’un artisanat beaucoup plus complexe et technique qu’on ne saurait l’imaginer. La diversité du vocabulaire technique qu’il donne ainsi à connaître confère également à ce règlement un indéniable intérêt philologique.

[6La vie de l’abbé de Caulet se présente comme une longue suite d’austérités, dont son biographe reconnaît d’ailleurs qu’elles sont plus admirables qu’imitables. Fortement tenté par la vie érémitique ou monastique et le retrait du monde, le jeune clerc devient finalement curé de Bélesta, dans le diocèse de Mirepoix, puis de Mireval dans celui de Saint-Papoul. Dans ces paroisses, il déploie une pastorale ardente et rigoriste ; multipliant les missions, les confessions et les prédications ; pourchassant les fêtes profanes, les danses et la musique ; pratiquant une charité incessante et un apostolat de tous les instants. Il se heurte toutefois au parti janséniste, et est aussi en bute à l’hostilité de ses évêques : Monseigneur de La Broue, puis Monseigneur de Ségur qui le rejette après l’avoir écouté. Refusant toute rupture avec Rome, il illustre parfaitement le clergé paroissial fidèle au Pape. Avec lui, s’ébauche aussi la figure du « bon prêtre » qui ne se fixera définitivement qu’avec le clergé rural du XIXe siècle.