Sortie 4 Ruisseau de St-Polycarpe 16 février 2014

Sortie lichens dans la vallée du ruisseau de St-Polycarpe (Saint-Polycarpe) du 16 février 2014

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Cette sortie a permis de prospecter la
ripisylve et le versant à exposition méridionale
entre St-Polycarpe et Buc à une altitude
comprise entre 250 et 360 mètres.

La diversité des milieux traversés,
conjointement à l’hétérogénéité des supports
prospectés, a permis d’inventorier des espèces
relevant de communautés écologiquement et
morphologiquement éloignées. Nous y avons
observé 34 corticoles, 7 terricoles-muscicoles
et 22 saxicoles.

La ripisylve

Par rapport aux observations des sorties
précédentes, l’analyse des essences
arbustives à écorce lisse (noisetier, tilleul,
jeunes frênes, aubépine) des formations
forestières ripariales constitue une nouveauté.

On y voit des espèces crustacées souvent
endophléodes pourvues de lirelles ou de
périthèces immergés dans le thalle.

La proximité de l’eau et la couverture
végétale dense favorisent des associations
lichéniques aérohygrophiles et sciaphiles
qui s’apparentent à celles décrites dans les
régions atlantiques. Ces communautés
présentent localement des variantes
méditerranéennes.

Le long périple d’un Noisetier

Sur l’écorce lisse d’un Noisetier nous
avons recensé au moins 9 taxons recouvrant
75% de la surface disponible à partir du sol
jusqu’à une hauteur de deux mètres environ.

Graphis scripta était nettement dominante
avec des thalles gris clair, souvent contigus et
caractérisés par des lirelles ramifiées. Dans le
genre Graphis les lirelles forment des
bourrelets qui semblent surgir d’une fissure
centrale.

En revanche, les lirelles d’Arthonia atra
semblent directement apposées sur le thalle.

Non sans difficultés, nous avons
commencé à chercher des espèces moins
visibles comme Porina (groupe aenea)
pourvue de périthèces en forme de dômes
noirs enfoncés dans le thalle. Nous avons eu
du mal à la distinguer d’un autre lichen à
lirelles très courtes formant des petites taches
noires. Ces spores (de 11x4 à 25x4 µm) sont
triseptées et presque toujours recourbées.
Ces caractères le rapprochent d’Opegrapha
rufescens.

Les deux espèces montrent des thalles de
couleur bronze et des fructifications très
réduites qui permettaient à peine de le
différencier à l’œil-nu.

Fig. 1 : Tronc de Noisetier de 4-5 cm de
diamètre avec Graphis scripta (au centre),
Arthonia atra (lirelles plus épaisses), Caloplaca
ferruginea
(apothécies rouges).

Ensuite, nous avons identifié Lecidella
elaeochroma
grâce à la mosaïque
d’hypothalles noirs ; ce lichen est bien plus
commun sur les écorces altérées.

Au milieu du joyeux palimpseste de thalles
lichéniques, nous avons encore décelé
quelques nouveaux taxons : un individu isolé
de Caloplaca ferruginea dont les apothécies
sont rouge orangé, une Lecanora, un thalle de
Pertusaria pertusa avec des verrues vert
jaunâtre portant 2 ostioles (généralement un
seul trou chez Pertusaria leioplaca) et des
thalles blancs peu développés que nous avons
déterminé comme Phlyctis argena grâce aux
réactions chimiques positives (P+ jaune et K+
jaune devenant rouge).

Enfin nous avons porté notre regard sur les
écorces plus ou moins crevassées d’Érable
champêtre, de Chêne blanc et d’Aubépine qui
entourent le noisetier « didactique », pour étudier
certains thalles clairs de Phlyctis argena et de
Phlyctis agelaea qui se différencie de son
congénère complètement stérile par les
apothécies couvertes de soralies.

Lecidella elaeochroma est presque le seul
lichen à coloniser le tronc d’une Aubépine
mais, à la différence des sujets observés sur
Noisetier, elle est complètement dépourvue
d’hypothalles. Après avoir confirmé la
détermination à l’aide des caractères
microscopiques, nous avons élaboré une
hypothèse : l’hypothalle témoignerait de la lutte
biochimique d’individus stressés par la
concurrence sur des supports fortement
lichénisés.

Sur des ramifications terminales de Chêne
pubescent nous avons constaté la présence de
plusieurs petites rosettes verdissantes à l’eau
(1-2 cm de diamètre). Des lobes
microscopiques un peu rayonnants et très
adhérents à l’écorce nous ont permis de
déterminer Hyperphyscia adglutinata dont la
partie centrale est sorédiée.

Fig. 2 : Hyperphyscia adglutinata à l’état
humide avec ses lobes allongés-sinueux très
adhérents au support.

L’association de l’Hyperphyscietum
adglutinatae
se caractérise par des
peuplements pionniers sur écorces peu
altérées dans les boisements proches des
milieux agricoles secs.

La chênaie clairsemée sur le versant
méridional.

Sur le versant d’adret, une chênaie
thermophile clairsemée à Quercus humilis et
Quercus ilex laisse entrevoir des clairières en
correspondance avec des escarpements
molassiques.

Plusieurs espèces subméditerranéennes
sont inféodées au substrat appauvri et
rocailleux : Aphyllanthes monspeliensis, Rubia
peregrina, Smilax aspera, Genista hispanica,
Cistus albidus, Thymus vulgaris, Cornus
sanguinea.

D’autres profitent des ambiances
préforestières : Viburnum lantana, Ruscus
aculeatus, Ligustrum vulgare, Osyris alba,
Tamus communis.

D’abord les thalles jaunes

Nous avons commencé la prospection de
la chênaie pubescente à partir des lichens de
couleur jaune. Sur un tronc mort, un thalle
finement déchiqueté nous a rappelé une
espèce lépreuse.

Seule l’analyse à la loupe nous a montré
l’existence de lobes et d’apothécies
microscopiques permettant de déterminer
Candelaria concolor qui colonise les écorces
spongieuses à développement horizontal et
envahies de mousses.

Sur des branchettes secondaires nous
avons aussi noté une espèce classique
pourvue de nombreuses apothécies, Xanthoria
parietina.

Cette dernière cachait une belle surprise,
étant donné que tout près de ses thalles
foliacés nous avons remarqué très tardivement
des touffes de Teloschistes chrysophthalmus,
un très beau lichen qui porte des apothécies
munies de longs cils, situées au bout des
lanières. Cette espèce préfère les ramifications
périphériques bien ensoleillées et semble plus
répandue dans les régions méditerranéennes.

Nous l’avons repéré sur Chêne pubescent
et Poirier sauvage autour de Cépie et au
sommet de la Malepère, sur Amandier en Val
de Dagne, sur Poirier sauvage à Mouthoumet.
Dans le maquis autour de Ségure (Corbières
orientales), il devient très abondant sur
Phyllirea angustifolia, Quercus ilex, Q.
coccifera, Rosa
.

Dans les crevasses de la partie inférieure
d’un tronc de chêne nous avons aperçu un
Chrysothrix dont le thalle forme des traînées
de poussière jaune fluo.

Enfin, des apothécies jaune orange nous
ont rappelé Candelariella vitellina dont le thalle
crustacé est formé par des granulations
éparses ou groupées en croûte épaisse.

Quelqu’un a perdu sa barbe !

Parmi les thalles foliacés qui s’entassent
et se superposent sur les branches de chêne
nous observons Punctelia subrudecta de
couleur gris pâle envahie par de nombreuses
soralies (médulle C+ rouge immédiat),
Parmotrema perlatum à soralies marginales
dessinant des lèvres, Parmelia sulcata
pourvue de pseudocyphelles et
Flavoparmelia caperata. Etant donné le
caractère assez héliophile de la formation
boisée, cette dernière espèce est très
développée et tapissante.

Melanelixia subaurifera fait quelques
apparitions avec ses thalles vert cuivre. Des
lobes d’un vert sombre nous rappellent
Pleurosticta acetabulum, lichen non rare, qui
semble faire défaut dans le creux de la vallée
de l’Aude pour se cantonner sur les reliefs des
Corbières au-dessus de 400 mètres d’altitude.
L’exemplaire identifié est peu représentatif et
dépourvu d’apothécies.

Physcia clementei possède des lobes
maculés de blanc sortant des nombreuses
isidies soralifères qui recouvrent le thalle.
Malheureusement les sujets observés sont
stériles ou presque (on y voit des apothécies
en formation).

À cause de la proximité des thalles et des
ressemblances morphologiques, certains
lichens peuvent être confondus. Par exemple,
P. clementei se développe à côté d’une
espèce presque entièrement recouverte de
soralies blanches. La réaction C+ jaune fugace
semble suggérer Ochrolechia turneri.

Un lichen de petite taille attire notre
attention ; les grandes apothécies à disque
noir (entre 1 et 2,5 mm) sur un thalle craquelé
et globuleux à teinte gris verdâtre rappellent
Tephromela atra var. torulosa. L’examen des
spores (simples, ovales allongées, 7x15 µm)
semble confirmer cette hypothèse.

Des fruticuleux émergent de la trame des
thalles foliacés pour former des touffes
dressées ou pendantes : on y voit Evernia
prunastri
et Ramalina farinacea, espèces
dépourvues d’apothécies et portant des
soralies marginales. Un exemplaire de R.
farinacea
nous surprend par ses longues
lanières formant une barbe épaisse et souple.

Des crustacés recouvrent les branches
secondaires : Caloplaca ferruginea, Lecidella
elaeochroma
et probablement Lecanora
chlarotera.

Sur les branchettes terminales, ces taxons
se mêlent à des espèces foliacées
pionnières comme Xanthoria parietina,
Physcia adscendens
et Physcia leptalea.

En revanche, sur le tronc principal nous
remarquons des lichens lépreux comme
Lepraria sp. (en situation abritée) ou
crustacés stériles comme Phlyctis argena.

Fig.3 : L’algue Trentepohlia aurea montre ses
filaments à la loupe.

Dans un secteur plus touffu et humide de
la chênaie nous observons des espèces qui
colonisent les troncs crevassés et ombragés,
qui conservent plus longtemps l’humidité de la
pluie.

Arthonia cinnabarina peut être confondue
avec Caloplaca ferruginea à cause des
dimensions du thalle et des apothécies rouges
mais l’observation à la loupe du disque blanc
entouré par un rebord granuleux de couleur
rouge permet de faire la différence.

L’algue Trentepohlia aurea de couleur
orange fait aussi son apparition.

Une présence inquiétante

Nous continuons le repérage sur un
arbrisseau de Chêne blanc très déformé et
envahi par de nombreuses présences
familières.

Fig. 4 : Pseudevernia furfuracea étouffe sous
les nombreuses isidies.

Soudain, un sujet très « perturbé » accroupi
au-dessus de nos têtes nous intrigue. Il s’agit
d’une touffe hérissée d’isidies en massue
dont l’apex est brunâtre. Nous parvenons enfin
à distinguer Pseudevernia furfuracea qui peut
présenter des formes très isidiées.

Sur une branche secondaire, nous
découvrons Flavoparmelia soredians
confirmée par l’examen aux réactifs. Sa
médulle est K+ jaune devenant rouge.

Les escarpements molassiques

Les molasses constituent un milieu très
complexe et diversifié qui réunit plusieurs
facteurs écologiques parfois antagonistes : la
pente, l’écoulement des eaux de pluie, la
résistance du substrat à l’érosion, la présence
de plafonds et de crevasses abritées de la
pluie, l’utilisation des têtes des rochers comme
perchoirs d’oiseaux, l’envahissement du
substrat par les bryophytes.

Du point de vue de la lithologie, la nature
acide ou carbonatée des galets qui forment les
conglomérats et leur morphologie (lisses,
anguleux, arrondis) déterminent un ensemble
de microhabitats de quelques centimètres
carrés.

La végétation des versants escarpés se
compose d’espèces arbustives thermophiles
subméditerranéennes : Thymus vulgaris,
Fumana ericoides, Fumana thymifolia,
Juniperus communis, Juniperus oxycedrus,
Arbutus unedo, Cistus albidus, Teucrium
polium, Buxus sempervirens, Staehelina dubia,
Genista scorpius
et parfois Erica scoparia.
Quelques touffes d’Asplenium ruta-muraria se
nichent dans les interstices des parois.

Ces formations végétales xérophiles sont
fortement contraintes par des sols
squelettiques à forte déclivité.

En correspondance de certains faciès
molassiques, on remarque aussi la présence
d’une flore acidocline.

Fig. 5 : Banc de conglomérat prospecté
formant un escarpement d’environ 1,5-2
mètres de hauteur.

C’est pourquoi l’interprétation des
peuplements qui occupent les affleurements
molassiques révèle une forte complexité
accentuée par le caractère fragmenté des
thalles lichéniques.

Mouillés, mais heureux

Le but de notre visite était l’observation
d’une nouvelle espèce assez remarquable qui
occupe certains galets non carbonatés. Il s’agit
de Caloplaca rubelliana qui présente la
particularité d’avoir un thalle d’un beau rouge
et des apothécies enfoncées dans les aréoles,
rappelant ainsi une Aspicilia. Ces spores
polariloculaires (11x5 µm), qui montrent les
caractères typiques du genre Caloplaca,
possèdent un épaississement équatorial de
2-3 µm.

Les thalles observés sont très petits (de
0,5 cm à 3 cm de diamètre) et occupent une
surface limitée à quelques galets ; ceci nous
laisse perplexes quant à l’éventualité
d’effectuer des prélèvements.

Ce lichen partage un galet de 5-6 cm avec Rhizocarpon geographicum, espèce jaune vif très répandue sur les schistes ou les granites et avec Lecidella carpathica qui montre un thalle dispersé en plaques globuleuses couvertes d’apothécies noires. Les spores, simples et ovales, mesurent en moyenne16x8 µm.

Un autre galet acide est couvert par Xanthoparmelia pulla à thalle brun non isidié et à réaction de la médulle C+ rouge fugace.

Fig. 6 : Caloplaca rubelliana, apothécies et auréoles.

Nous avons alors l’opportunité de réviser les noms de nombreux lichens ; des squamuleux se plaisent sur les surfaces rocheuses très dégradées, recouvertes de mousses ou de dépôts terrigènes. Il s’agit de saxicoles à comportement partiellement muscicolo-terricole que l’on pourrait qualifier d’opportunistes.

Nous observons Squamarina cartilaginea qui forme des thalles vert gris de 10-15 cm de diamètre recouverts d’apothécies en forme de papilles orange.

Romjularia lurida qui verdit à l’eau semble parasitée par un champignon, car son thalle est peu reconnaissable.

Des squamules marron imbriquées présentent des petits points noirs. Au microscope on y voit plusieurs pycnides noirs dispersés et des rhizohyphes en forme de réseaux de poils sortent des marges. Ces caractères nous semblent plus proches de Placidium rufescens que de P. squamulosum.

Fig. 7 : Spores de 5 espèces citées.

Toninia diffracta, dont les squamules blanches à surface rayée sont assez dispersées, se niche dans les interstices des petites parois conglomératiques.

Entre le terrain et la roche, nous apercevons une masse globuleuse marron rouge très agglomérée et un peu verdissante à l’eau. L’examen au microscope montrera des spores allongées, fusiformes, à une cloison, mesurant jusqu’à 25x5 µm. Les apothécies noires globuleuses et les squamules convexes nous font penser à Toninia tristis.

Dans quelques cavités abritées de la pluie nous remarquons Caloplaca citrina qui forme une poussière orange.

Sur les galets carbonatés, Placynthium nigrum à thalle noir assez épais entouré par un hypothalle bleuté très fin côtoie Verrucaria nigrescens à thalle noir bien appliqué au substrat.

Aspicilia calcarea et Caloplaca aurantia nous renseignent sur la présence d’un substrat carbonaté aussi bien que les lichens endolithiques du genre Bagliettoa qui s’identifient à l’aide des périthèces enfoncés dans la roche. Deux taxons semblent présents parmi lesquels B. marmorea mais l’observation n’est pas aisée et les sujets sont très mal développés.

Non loin des Aspicilia nous avons noté quelques thalles blancs de Diplotomma hedinianum et des apothécies orange et globuleuses de Protoblastenia rupestris.

Fig. 8 : Toninia tristis  ? avec les apothécies noires sur des squamules bombées.

Fig. 9 : Partie périphérique de thalles de Caloplaca aurantia après la disparition de la partie centrale.

Parmi les gélatineux nous identifions Collema tenax qui forme de petites touffes riches en apothécies et probablement C. cristatum à lobes étroits en gouttière.

Malgré son aspect inhabituel, nous reconnaissons les grands thalles crustacés à marges légèrement lobées de Lobothallia radiosa qui semble mal s’adapter à la composition hétérogène du substrat.

De petits thalles blancs de Caloplaca teicholyta sont également présents.

Sur un bloc détaché, une petite « médaille » blanche de 2 cm de diamètre posée sur un galet nous permet de faire connaissance avec Rhizocarpon petraeum qui présente la particularité de posséder des apothécies en rangs concentriques. Ce taxon, à thalle de couleur variable (du brun au blanc), peut être confondu avec R. umbilicatum à cause de ses thalles blancs de craie qui colonisent préférentiellement le substrat calcaire. Pour éviter d’endommager le sujet, nous avons évité de vérifier les réactions chimiques de la médulle.

Fig. 10 : Rhizocarpon petraeum possède des apothécies disposées en plusieurs rangés concentriques. À côté on observe les périthèces incrustés dans la roche de Bagliettoa.

Les terricoles-muscicoles

Dans cette catégorie, nous avons observé Collema undulatum qui forme des thalles gélatineux ambrés à l’état humide. Ces lobes ondulés s’étalent sur la mousse qui recouvre les replats et les dalles gréseuses.

Collema crispum qui forme des rosettes sur les mousses s’identifie par des isidies sphériques sur des lobes plus courts et arrondis.

Cladonia foliacea et Cladonia foliacea subsp. endiviifolia sont bien représentées sur les replats moussus au pied des arbustes.

Parmi les Cladonia à podetia buissonnants, nous avons remarqué trois taxons occupant les plages terreuses et muscicoles sur une dalle de grès calcaire : C. furcata qui est peu ramifiée et très allongée (réaction P+ rouge), C. rangiformis avec des apothécies marron (réaction P-) et probablement C. furcata morphotype pinnata qui présente de nombreuses squamules. Cette dernière montre une réaction incertaine (P+ rouge seulement sur les squamules) et des caractères intermédiaires entre le groupe C. furcata et C. rangiformis (hybride ?). Le mystère persiste !

Textes et illustrations : Enrico Cangini
Conseil et correction : Jean Sanègre

Discussion autour de la lichénosociologie

Nous avons tenté d’appliquer la méthode phytosociologique à l’étude des associations lichéniques
d’une ripisylve.

Mais une tentative d’évaluation préalable du terrain d’étude s’impose afin de comprendre la
complexité des facteurs écologiques en jeu et les variétés des conditions stationnelles identifiées.

C’est pourquoi, pour repérer et décrire une association comme le Graphidium scriptae [1] il faudrait
restreindre les inventaires à des secteurs de l’écorce d’une essence arborescente choisie à l’intérieur
d’une formation boisée assez homogène. Voici un exemple :

Etape 1 : Dans une ripisylve caractérisée par une certaine uniformité de la couverture végétale,
définir une bande étroite de 100 ou 200 mètres le long du cours d’eau.

Etape 2 : Sur l’ensemble des arbres et arbrisseaux, prendre en considération les essences à
écorce lisse.

Etape 3 : Sur l’ensemble des écorces lisses limiter le choix aux noisetiers (ou considérer un
échantillon de 10-15 arbrisseaux). Certains pieds sont très riches tandis que d’autres apparaissent
assez pauvres.

Etape 4 : Considérer les premiers mètres des troncs principaux à partir du sol jusqu’aux
ramifications principales. Il s’agit donc de la partie la plus âgée des arbrisseaux. A ce niveau on
remarquera une certaine uniformité liée à la prédominance de l’association du Graphidetum.

Etape 5 : Commencer le relevé des taxons. La distribution des lichens est influencée par la
proximité du sol, l’ensoleillement, l’exposition, la présence de ramifications et d’autres facteurs ; ceci
peut favoriser des espèces appartenant à d’autres associations. Ces microhabitats peuvent réduire
davantage l’aire maximale du repérage au-delà de laquelle on observera une augmentation rapide de
nouveaux taxons recensés.

1a et 1b : Ripisylve (en vert) et délimitation d’un secteur ± homogène (cadre rouge).

2 : Arbres et arbustes à écorce lisse (en jaune).

3 : Réduction de l’aire prospectée aux noisetiers (N).

4 : Réduction de l’aire prospectée aux troncs de noisetier.

5a et 5b : Identification de microhabitats sur un tronc incliné.

La zone rouge indique le secteur du tronc couvert par les lichens.

Le Graphidetum scriptae et les associations proches.

CLASSE : Opegraphetea vulgatae

ORDRE : Bacidietalia phacodis

ORDRE : Bacidietalia phacodis
Sciaphiles, dans les biotopes ± humides, sur écorce rugueuse

ORDRE : Arthonietalia radiatae

Crustacés fertiles astégophiles, non lépreux, sur écorce lisse

  • ALLIANCE : Graphidion scriptae
    (Graphis scripta, Arthonia cinnabarina, A. didyma, Arthopyrenia cinereopruinosa, Bacidia arceutina, B.
    laurocerasi, Opegrapha atra, O. vulgata, Pertusaria leioplaca, Porina aenea
    ).
    Surtout hêtre, noisetier, charme, jeunes frênes
    Astégophiles, aérohygrophiles, ± photophiles, toxiphobes, nitrophobes
    Variante méditerranéenne plus sciaphile
  • Ass. : Graphidetum scriptae
    (Graphis scripta, G. elegans, Graphina anguina, Lecanora intumescens, Pertusaria leioplaca, P.
    pertusa, Phaeographis dendritica, P. lyelii
    )
    variante méditerranéenne
    (Graphis scripta, Arthonia didyma, A. cinnabarina, A. radiata, Porina aenea)
    Anémophobe, assez sciaphile, sur écorce lisse.
    Normalement liée à une pluviométrie de plus de 950 mm par an.
  • Ass. : Pyrenuletum nitidae
    (Pyrenula nitida, P. nitidella, Pertusaria amara, Hypogymnia physodes, Graphis scripta, Phlyctis,
    Opegrapha vulgata, Pertusaria coronata, Platismatia glauca, Melanelixia fuliginosa, Enterographa
    crassa, Porina aenea
    )
    Sciaphiles, ombrophiles, sur écorces lisses
    Hêtraie plus sombre et ancienne
  • ALLIANCE : Lecanorion carpineae
    (Lecanora carpinea, Caloplaca cerina, Lecidella elaeochroma, Bacidia rubella)
    Crustacés épiphléodes sur écorce lisse. Pionniers à croissance rapide

ORDRE : Schismatommetalia

ORDRE : Schismatommetalia decolorantis
Sciaphiles, un peu stégophiles, sur écorce rugueuse

ORDRE : Leprarietalia

  • ALLIANCE : Leprarion
    (Lepraria incana, Chrysothrix candelaris, Schismatomma decolorans)
    Sciaphile, hygrophile, à optimum atlantique
  • ALLIANCE : Leprarion (variante méditerranéenne)
    (Lepraria sp. L. lobificans, L. rigidula)
    Troncs protégés de la pluie, en milieux sombres.
    Caractère expansionniste à développement rapide,
    il envahit le Graphidion scriptae et détruit les bryophytes
  • ALLIANCE : Calicion viridis
  • Ass. : Opegraphetum vermicelliferae
    (Phlyctis argena, Pertusaria hemisphaerica, Dendrographa decolorans,
    Lepraria incana
    )
    Feuillus, parties abritées de la pluie, schiaphiles, à affinité atlantique
  • Ass. : Opegraphetum (variante méditerranéenne)
    (Bacidina phacodes, Porina aenea, Opegrapha vulgata, Arthonia cinnabarina, A. didyma, Lecidella elaeochroma, Metzgeria furcata)
    Sur Hedera helix, Q. humilis, Q. ilex, Sambucus nigra, Sorbus aria

Glossaire

Endophléode  : lichen dont le thalle crustacé est immergé dans l’écorce.

Lirelle  : apothécie très allongée (parfois divisée ou étoilée) dont le disque est en forme de fissure centrale (Graphis, Graphina, Opegrapha, Phaeographis). Les lirelles ressemblent à des caractères d’écriture asiatiques.

Polariloculaire  : spore divisée en deux loges situées aux pôles par un épaississement interne.

Rhizohyphes  : hyphes filamenteuses formant un feutrage sur la face inférieure du thalle de certains lichens terricoles (Placidium) pour favoriser l’adhésion au substrat grâce à des substances mucilagineuses.

Triseptée  : spore pluriloculaire ayant trois septes ou divisions internes.

ANNEXES I

Taxon Thalle Apothécies Réactions Milieu
Rhizocarpon petraeum Brunâtre ou blanc Noires. Enfoncées dans le thalle puis un peu saillantes Médulle K+ jaune et P+ jaune Roche siliceuse ou à peine calcaire
Rhizocarpon umbilicatum Blanc de craie Noires. Enfoncées dans le thalle puis un peu saillantes - Roche calcaire
Diplotomma alboatrum Gris clair Gris foncé pruineuses - Roche calcaire
Lecidea lapicida Gris cendré à gris bleuâtre Hypothalle noir Noires. Un peu enfoncées dans les auréoles. K+ jaune puis après quelques minutes brun rougeâtre Roche siliceuse compacte

Fig. 11 : Lichens dont les apothécies sont disposées en rangées concentriques sur thalle blanc et circulaire.

  • *********************

Galerie photographique

Teloschistes chrysophthalmus Caloplaca rubelliana (rouge), Rhizocarpon geographicum (jaune), Lecidella carpathica (apothécies noires).
Graphis scripta Arthonia atra
Candelaria concolor Candelaria concolor, lobes
Caloplaca ferruginea avec une Lecanora
et Physcia adscendens
Arthonia cinnabarina
Phlyctis argena Phlyctis agelaea
Lecidella elaeochroma Opegrapha rufescens
Porina gr. aenea Pertusaria pertusa
Flavoparmelia soredians Flavoparmelia soredians, soralies et réaction
Punctelia subrudecta Punctelia subrudecta, soralies
Tephromela atra var. torulosa ? Parmelia sulcata
Ochrolechia turneri ? Ochrolechia turneri, soralies isioïdes
Placidium rufescens Toninia diffracta
Squamarina cartilaginea Romjularia lurida
Squamarina cartilaginea, apothécies Toninia diffracta, lobes et apothécies
Xanthoparmelia pulla Placynthium nigrum avec Bagliettoa sp.
Diplotomma hedinianum Lobothallia radiosa
Caloplaca ochracea Cladonia foliacea
Cladonia furcata morphotype pinnata ? Réaction P+ rouge des squamules Cladonia rangiferina, squamules et apothécies
Collema undulatum

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[1Le Graphidetum scriptae

Caractérisé par des espèces crustacées
à lirelles et à périthèces, le Graphidetum
scriptae
occupe les écorces lisses dans les
boisements sciaphiles à microclimat humide
assez stable (ripisylves, hêtraies).

Cette association est bien représentée
dans les régions atlantiques soumises à une
pluviométrie de plus de 950 mm par an.
Les espèces caractéristiques sont Graphis
scripta, G. elegans, Pertusaria leioplaca, P.
pertusa, Pyrenula nitida et Thelotrema
lepadinum
.

Dans les régions méditerranéennes,
soumises à un régime pluviométrique plus
versatile, le Graphidetum scriptae montre des
variantes appauvries en espèces réfractaires
à la sécheresse. On y voit Arthonia didyma et
Graphis scripta avec A. cinnabarina, A.
radiata, Porina aenea.

Nous avons observé cette association
dans les vallons humides de la partie
occidentale de la Malepère en contiguïté
avec le Pyrenuletum nitidae.