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Sortie 1 Massif de la Malepère, 27 octobre 2013

Observation d’espèces corticoles et de Peltigera horizontalis dans le Bois de Caux (Villarzel-du-Razes).

Sommaire :
Le bois de Caux
Premières expériences
Une présence intéressante
D’un tronc à l’autre
Examen d’un chêne vert isolé
Glossaire
Galerie photographique

Cette première sortie du groupe lichens s’est déroulée au bois de Caux, dans le secteur oriental du massif de la Malepère. L’observation de dix espèces de lichens a permis d’initier les participants aux fondements de la lichénologie (symbiose lichénique, cycle de vie, reproduction sexuée et propagation végétative, structures anatomiques, écologie) et de se familiariser avec les méthodes de détermination sur le terrain.

Le bois de Caux

Ce bois occupe principalement le versant exposé au nord du ruisseau de Bonnemère. Le secteur prospecté se situe entre 350 et 380 mètres d’altitude. Il se caractérise par une couverture dense et bien développée dominée par le Chêne pubescent (Quercus humilis) même si des exemplaires de Chêne pédonculé (Quercus robur) y seraient associés. La Chênaie verte (Quercus ilex) se cantonne dans les secteurs les plus élevés et mieux éclairés au bord de la route. Situé dans la partie occidentale du département, le bois de Caux est soumis à la fois aux influences climatiques subméditerranéennes et atlantiques. La couverture forestière est globalement bien développée, dense et continue, ce qui favorise des espèces sciaphiles et aérohygrophiles profitant de l’ambiance forestière.

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Premières expériences

Après avoir traversé le manteau forestier plus thermophile nous descendons de quelques dizaines de mètres pour faire connaissance avec deux espèces foliacées corticoles très répandues qui se développent sur les troncs de chêne. La première est Flavoparmelia caperata au thalle très tapissant presque toujours stérile. Ce lichen est confondu avec Flavoparmelia soredians anatomiquement très similaire, dont l’identification se fait par le biais des réactifs chimiques. Ce dernier taxon serait bien représenté dans le Midi de la France spécialement sur les branches secondaires. Après avoir gratté le cortex supérieur, pour exposer la médulle blanche, nous appliquons sur celle-ci de la potasse. La réaction obtenue K+ jaune confirme l’espèce type, étant donné que la réaction de F. soredians évoluerait vers le rouge. Le deuxième lichen, encore une fois stérile, est Parmotrema perlatum, de couleur gris-bleuâtre qui possède des lobes redressés sinueux. La face inférieure du thalle montre souvent des cils noirs sortant de la marge. Les deux espèces possèdent des granulations ; ce sont des soralies qui occupent la partie centrale du thalle de Flavoparmelia caperata tandis que sur Parmotrema perlatum elles forment des « colliers de perles » à la marge des lobes, expliquant ainsi d’ailleurs le nom de l’espèce. Ces deux lichens sont souvent associés vu qu’ils appartiennent au Parmotremion perlatae ; un groupement qui montre une vaste amplitude écologique.

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Une présence intéressante Nous avons l’opportunité d’observer Peltigera horizontalis, espèce foliacée terricole et muscicole qui recouvre la souche moussue et caverneuse d’un chêne pubescent, dans l’atmosphère forestière plus humide du versant nord.

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Fig. 1 : Peltigera horizontalis, développe son thalle sur les bryophytes.

De nombreuses apothécies rouge-rouille occupent la marge des lobes gris-foncé qui ne réagissent pas à l’eau. Ce dernier élément exclut donc la présence d’algues vertes (chlorophycées) dans l’association lichénique, responsables du virage au vert-brillant d’une partie des espèces qui appartiennent à ce genre.

Le genre Peltigera montre des affinités avec d’autres lichens à grands lobes boursouflés ou sillonnés (rappelant des poumons) avec lesquels des confusions sont possibles.

Genre Substrat
Lobaria Corticoles, quelques terricoles et saxicoles
Lobarina Corticoles
Nephroma Corticoles et saxicoles
Peltigera Surtout des terricoles-muscicoles, quelques corticoles et saxicoles
Sticta Corticoles et saxicoles
Fig. 2 : Cinq genres morphologiquement similaires (thalles et fructifications) et leur substrat de prédilection. Lobaria pulmonaria est signalée sur la Malepère.

Ces lichens, exigeants en humidité, sont localement peu représentés et leur distribution est limitée à des stations ponctiformes.

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Fig. 3 : Le réseau de veines foncées de Peltigera horizontalis et ses rhizines.

Parmi les caractères nécessaires à la détermination de Peltigera horizontalis on observera :

Sur la face supérieure du thalle :
- L’absence de virage à l’eau.
- L’absence de céphalodies et de schizidies.
- L’absence de feutrage.
- L’abondance d’apothécies.

Sur la face inférieure du thalle :
- La couleur ocracée devenant plus brune vers le centre.
- La forme des rhizines en touffe et leur disposition concentrique.
- La présence d’un réseau de « veines » foncées et aplaties.

Ce lichen, considéré bioindicateur de la continuité forestière, est le seul exemplaire actuellement connu dans cette localité. Il serait donc relictuel. Il semble lié à la préservation d’une couverture végétale suffisante pour garantir des conditions d’humidité constante pendant la période sèche.

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D’un tronc à l’autre

Nous continuons à observer les troncs des chênes en situation ombragée là où de vastes plaques blanches tapissent les écorces. Il s’agit de Phlyctis argena, une espèce crustacée stérile, qui apporte un élément supplémentaire à l’analyse des conditions écologiques. L’expansion de ce lichen témoigne d’une situation de blocage dans l’évolution du couvert forestier dû au caractère homogène de la chênaie et à l’absence d’interventions d’éclaircissement qui modifieraient le microclimat et la composition du sous-bois.

Phlyctis argena s’identifie assez facilement au moyen des réactifs chimiques : K+ jaune devenant rouge sang et P+ rouge orangé.

Ce lichen peut donner naissance à des peuplements presque monospécifiques qui trouvent leur optimum dans la chênaie pubescente supraméditerranéenne : l’absence du feuillage en hiver et les influences climatiques différentes génèrent de forts contrastes (variations de lumière et d’humidité entre l’été et l’hiver, écarts thermiques importants). La présence d’un thalle lépreux de Lepraria à la base d’un tronc en situation abritée de l’exposition directe de la pluie nous permet de parler des différentes typologies des thalles crustacés. Trois catégories semblent possibles :

- Thalles lépreux : formés par de fines granulations microscopiques d’aspect farineux (Lepraria, Chrysothrix, Psilolechia lucida) ;
- Thalles crustacés densément sorediés (faux lépreux) : les thalles, plaqués au support, sont complètement recouverts de soralies granuleuses qui donnent un aspect apparemment lépreux (Phlyctis argena, Lecanora expallens, Ochrolechia) ;
- Autres thalles crustacés granuleux : il s’agit des granulations possédant des squamules ou de minuscules lobes à la périphérie du thalle (Candelariella reflexa, Caloplaca xantholyta).

Malgré cet effort de clarification les distinctions restent très aléatoires et soumises aux interprétations des auteurs. Des apothécies farineuses à rebord rouge attirent notre attention. C’est une Arthonia cinnabarina dont le thalle grisâtre mesure un peu plus d’un centimètre de diamètre. Enfin nous nous arrêtons pour examiner des écorces dont les crevasses sont envahies par un lichen poussiéreux de couleur jaune-verdâtre ; c’est l’occasion pour débattre autour du genre Chrysothrix. Un essai chimique nous donne une réaction positive P+ devenant rouge tandis qu’on obtient K- et C-. Il s’agirait donc de Chrysothrix candelaris. Cette espèce est bien décrite dans nos guides de référence dans lesquels elle est mise en exergue à cause de sa diffusion et de la teinte variable du thalle allant du jaune-fluo au jeune-verdâtre. Par contre il existe un deuxième taxon qui serait assez répandu et qui se mélangerait au précédent : il s’agit de Chrysothrix chlorina qui possède également un thalle jaune-fluo et qui donne P-. Dans le Bois de Caux on note aussi des communautés lichéniques d’écorces lisses appartenant à l’association du Graphidetum scriptae, favorisées par les influences climatiques atlantiques. Sur la Malepère cette association est bien visible au fond des vallons humides sur les arbrisseaux de Tilleul, Noisetier, Alisier torminal, Néflier. Elle se compose d’un cortège d’espèces typiques telles que Graphis scripta, Pertusaria leioplaca, Phaeographis, Pyrenula.

Examen d’un chêne vert isolé

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Sur le talus de la route nous nous penchons sur la face ombragée d’un chêne vert en situation exposée à la lumière. Son écorce crevassée nous permet de voir des espèces déjà rencontrées et quelques nouvelles acquisitions.

C’est l’occasion pour observer Parmelia sulcata qui se caractérise par des pseudocypelles en forme de sillons blancs à la surface du thalle.

Sa teinte gris pâle se différencie du vert-jaunâtre du thalle de Flavoparmelia caperata et du gris-plomb de Parmotrema perlatum qui se trouvent juste à côté.

Parmelia sulcata, qui se rencontre facilement sur les arbres bordant les routes, est employée dans la biosurveillance grâce à sa capacité d’accumulation des métaux et des radioéléments. Ces trois lichens appartiennent à des communautés composées d’espèces de mi-lumière qui sont très répandues en lisière de forêt et dans les bois clairsemés. Parmotrema perlatum, plus forestier, est moins photophile et plus hygrophile. De petites touffes juvéniles de Ramalina farinacea nous permettent d’observer les soralies situées le long des lanières du thalle fruticuleux. Un lichen poudreux jaune-fluo nous fait penser à Chrysotrix chlorina qui est P- ; un essai chimique effectué quelques jours après confirmera cette hypothèse. De la poussière orangée éparpillée tout le long du tronc attire enfin notre attention : l’examen à la loupe montre la structure filamenteuse d’une algue verte unicellulaire du genre Trentepohlia. Ces algues sont parmi les principaux constituants de la symbiose lichénique.

Enrico Cangini
Conseil et correction : Jean Sanègre

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Taxon Face sup. Face inf. Soralies
Flavoparmelia caperata Gris verdâtre Noire à marge brun clair Principalement au centre
Parmotrema perlatum Gris plomb ou gris-bleuté Noire et brune à la marge Marginales
Parmelia sulcata Gris pâle Noire et brun sombre à la marge Laminales et marginales, naissant dans les pseudocyphelles
Fig. 4 : Nuances de couleur du thalle et disposition des soralies sur trois espèces foliacées.

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GLOSSAIRE

Apothécie : fructification souvent en forme de coupe dans laquelle l’hyménium plat ou plus ou moins globuleux est entouré ou non d’un rebord.
Céphalodie : structure externe ou interne au thalle contenant des cyanobactéries (algues bleues), typique des lichens possédant des chlorophycées (algues vertes photosymbiontes).
Cortex : enveloppe externe du thalle formée par des hyphes enchevêtrées plus ou moins serrées.
Corticole : lichen se développant sur l’écorce des arbres.
Crustacé : thalle lichénique en forme de croûte très adhérente au substrat.
Foliacé : thalle formé par des lames plus ou moins lobées seulement partiellement accrochées au substrat par des rhizines. Le thalle des lichens foliacés possède un cortex supérieur et inférieur.
Fruticuleux : Thalle en forme de touffe ou de buisson (prostré ou retombant) accroché au support par un point réduit. Le cortex entoure la médulle centrale.
Isidié : Thalle possédant des isidies, c’est-à-dire de petites excroissances contenant les deux partenaires de la symbiose lichénique. Elles augmentent la surface photosynthétique, les échanges gazeux et leur dispersion permet la reproduction végétative.
Lépreux  : thalle formé par de minuscules granulations qui confèrent au lichen un aspect farineux.
Médulle  : couche interne du thalle constituée d’hyphes lâches située sous la couche algale.
Pseudocyphelle  : ouverture du cortex inférieur ou supérieur qui permet des échanges avec les couches internes de la médulle.
Rhizine  : organe de fixation au support en forme de filament typique des lichens à thalle foliacé. Selon l’espèce on distinguera des rhizines simples, ramifiées, en touffe.
Schizidie  : structure en forme d’écaille, se développant sur le thalle et servant à la propagation végétative (formée par le cortex, la couche algale et la médulle).
Soralie  : amas de sorédies, généralement visibles à l’œil-nu.
Sorédié  : thalle possédant des sorédies, c’est-à-dire des glomérules de taille microscopique formés d’un ensemble d’hyphes et d’algues. La dispersion des sorédies permet la propagation végétative.

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Fig. 5 : Les échanges entre les organismes partenaires de l’association lichénique (d’après J. Valance).
Cliquez sur le tableau pour l’agrandir

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GALERIE PHOTOGRAPHIQUE

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Chrysothrix chlorina
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Arthonia cinnabarina
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Trentepohlia (Alguae)
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Lepraria sp.
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Parmelia sulcata
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Ramalina farinacea
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Parmotrema perlatum
Flavoparmelia caperata
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Chrysothrix candelaris

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Pour avoir le compte rendu en pdf : cliquez ci-dessous.

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