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Excursion à Montferrand et à Sorèze

M.Massard, président de l’association « Patrimoine et culture de Montferrand » souhaite la bienvenue à la soixantaine de personnes qui ont répondu à l’invitation de la Société d’études scientifiques de l’Aude ce 18 juin 2005, puis cède la parole à M.Passelac qui décrit le site d’Elesiodunum/Elusio et retrace brièvement son histoire .
- Le site de Montferrand
- Pris entre les hauteurs qui le dominent au nord et les collines de la Piège qui ferment son horizon, au sud, Montferrand occupe une position stratégique évidente sur la voie de circulation est-ouest, contrôlant le passage obligé qui s’ouvre d’un côté sur la Méditerranée, de l’autre sur le pays toulousain.
- Les populations se fixèrent sur la crête qui porte le village actuel de Montferrand dès le Ve siècle avant notre ère, peut-être même au VIe, ainsi que l’attestent les vestiges recueillis au cours de prospections et de travaux. Dans la seconde moitié du IIe siècle, les habitants du lieu gagnèrent la plaine pour s’établir en bordure de la voie. Elesiodunum mentionné dans le Pro Fonteio de Cicéron est encore le nom de l’ancien oppidum dont le suffixe -dunum indique le caractère fortifié. Au bord de la voie se situait le poste de douane où étaient taxés les vins à destination des Ruthènes. Sous le Haut-Empire, l’habitat se développa sur le même emplacement et s’y maintint jusqu’au Bas-Empire sous le nom d’Elusio. Les prospections au sol et les observations aériennes révèlent un étirement de l’habitat de part et d’autre de la voie sur 600 m environ et sur 100 m de profondeur. Dans leur plus grande extension, les bâtiments et la voirie se répartissent sur une superficie de 12 à 16 ha . On a vraisemblablement affaire à une mansio (relais)
- En 1986, un petit sanctuaire gallo-romain était découvert à 300 m à peine des basiliques paléochrétiennes, tandis qu’un vaste édifice, de plan basilical, déjà aperçu en 1982, pouvait être mieux observé. Sa structure et sa surface au sol font penser à un bâtiment appartenant au complexe routier, comme ceux, tout proches, qui peuvent être interprétés comme des auberges, avec écurie ou affenage. Des fouilles permettraient de préciser ces fonctions, dit Michel Passelac.
- En 1995 les travaux d’élargissement de la RN 113 ont mis au jour des bases de portiques qui, selon toute vraisemblance, ont abrité des activité artisanales (forge, mouture et grillage de céréales...) et commerciales. Michel Passelac conclut : l’archéologie montre à Elusio une agglomération où devaient transiter de nombreux produits issus du monde romain mais aussi des arrière-pays, et dont l’organisation peut être rapprochée des stations routières connues dans des régions plus septentrionales de la France.

- Le complexe paléochrétien
- Voilà six ans que Mme Brandenburg dirige les campagnes de fouilles de Peyre Clouque, afin « de tenter d’éclaircir, dit-elle, quelques problèmes relatifs à l’étude de l’Antiquité tardive qui court du IIIeau VIIIesiècle de notre ère ». Depuis la passerelle aménagée au-dessus de la nécropole, sous le vaste bâtiment qui protège les vestiges archéologiques, Bénédicte Brandenbourg décrit les travaux anciens et récents effectués sur le site et présente les résultats. Elle s’attache à préciser la chronologie, ce qui relève de la gageure, explique-telle, faute d’éléments totalement incontestables.
- Les deux églises ou basiliques auraient été fondées à la fin du Ve siècle ou au début VIe . A cette époque l’agglomération d’Elusio se trouvait à l’extrême limite sud-est de la Gaule franque, dans la cité de Toulouse à laquelle elle appartient, au contact de la Septimanie wisigothe.
- Les nécropoles comptaient 60 à 70 sarcophages, dont la plupart sont encore en place, auxquels il faut ajouter les sépultures en amphores et en pleine terre avec entourage de pierres, soit un total de 140 sépultures mises au jour, estime Bénédicte Brandenbourg. Les inhumations s’y sont succédé du Ve au VIIIe siècles. Mais l’ensemble cémétérial se prolonge à l’est du chevet de la basilique sud ; il fera l’objet d’une fouille en juillet prochain qui éclairera sans doute davantage l’histoire de ces lieux..
- En conclusion, le réexamen des travaux anciens conduits par J. Audy (1955-1960) joint aux recherches actuelles ont permis d’appréhender un peu plus précisément l’implantation des basiliques paléochrétiennes entre l’agglomération romaine et le castrum médiéval perché au nord, sur la hauteur, et de mieux saisir la progression du christianisme dans cette contrée située à la marge de la Gaule franque.

- Les thermes

- Construction isolée, ce bâtiment de facture tardive (fin IIIe, début du IVe siècle de notre ère) est à mettre en relation avec l’agglomération routière bien plus qu’avec les basiliques. Les différents éléments de ces thermes s’alignent le long d’un axe orienté nord-sud sur une longueur de 16,70 m et sur 3,20 m de largeur ; on reconnaît le praefurnium (foyer d’hypocauste) la cella soliaris (salle de la baignoire) le tepidarium, le frigidarium et un apodyterium (vestiaire). Certains d’entre eux sont flanqués d’une exèdre semi-circulaire (emplacement d’une baignoire).Un hypocauste chauffait la cella soliaris et le tepidarium.
- Un puisard situé à quelques mètres à l’ouest du bâtiment, longtemps considéré comme un pourrissoir par les archéologues, participait selon toute vraisemblance, à l’alimentation en eau du balnéaire, les eaux usées étant évacuées par l’intermédiaire d’une canalisation parfaitement visible.
- Il faut remercier chaleureusement Mme Brandenburg et M. Passelac qui avec brio ont rendu parfaitement lisible le site exceptionnel de Montferrand sur lequel ils travaillent toujours pour tenter de percer les secrets qu’il garde encore jalousement. Pour en savoir plus :
- Les agglomérations de la voie d’Aquitaine, dans Pailler(J.-M.)(dir.) Tolosa, nouvelles recherches sur Toulouse et son territoire, Toulouse, 2002(Collection de l’Ecole française de Rome, 281) p.345-355.
- Eburomagus(Bram), Sostomagus (Castelnaudary), Fines (commune de Castelnaudary), Elesiodunum-Elusio(Montferrand) : quatre agglomérations de la voie d’Aquitaine, quatre destins singuliers. Dans Peuples et territoires en Gaule méditerranéenne. Hommage à Guy Barruol. Montpellier, 2003, (RAN supplément 35) p. 95-107.
- Elesiodunum ou Elusio (Montferrand) dans Fiches (J.-L.) (dir.) Les agglomérations gallo-romaines en Languedoc-Roussillon. Lattes ,2002, (Monographies d’Archéologie Méditerranéenne 12) p. P.151-170.

- L’exposition « Siècles de verre » à Sorèze.
- Après le repas pris dans un restaurant de Sorèze, M.Yves Blaquière nous accueille dans « la Maison du Parc » où il présente une collection d’objets en verre. Les pièces qui garnissent les vitrines ont des origines diverses. Certaines proviennent des ateliers de la Montagne Noire (St-Ferréol, les Cammazes, Arfons, Moussan...) d’autres ont été soufflées ou moulées ailleurs en France et même à l’étranger. Les productions datent, pour les plus anciennes, du XVIe siècle, et du dernier tiers du XIXe siècle pour les plus récentes.
- Non sans malice, Yves Blaquière présente le contenu des vitrines, s’attarde sur les pièces rares ou particulièrement réussies ou encore d’un usage insolite, comme les quenouilles de mariées, les pare-seins, les gobe-mouches...bien d’autres encore. Chemin faisant il raconte ce qu’on sait de l’histoire de la verrerie dans cette contrée et effleure la description des techniques de production
- Dans la deuxième moitié du XV e siècle, les Robert, ou de Robert, venus de Revel, installent leur fours non loin de Sorèze et de Belleserre, sur les bords du ruisseau le Rieutort. Plus tard, vers 1545, cette famille quitte la plaine et implante ses ateliers sur les premières hauteurs de la Montagne Noire. Deux sites verriers ont été découverts en période de basses-eaux à l’Encastre (Saint-Ferréol), sur la commune de Vaudreuille, en bordure du ruisseau le Laudot, durant l’hiver 1971/72 et à Combegarnaud, dans la vallée ennoyée de La Garbelle ( retenue des Cammazes)alors qu’elle était mise à sec, au cours de l’été 1973. Le premier cité a livré des débris de perles, ou rouelles, des fonds de gobelets en « verre blanc », des fragments de cannes ; le second, des verres à pied, des bouteilles ou flacons. Ces objets portent la marque d’une période qui va de la fin du XV e siècle au milieu du siècle suivant : on y distingue les mêmes motifs décoratifs, les mêmes couleurs comprises dans la gammes des bleus, rarement des verts, tandis que le rouge ne se voit que dans les perles de Saint-Ferréol. -D’autres lieux de production sont connus dans la Montagne Noire, notamment à Arfons, à Fontbruno où ont été découvertes des pièces datées du XVIIe siècle et surtout à Moussan où l’industrie verrière, née en 1450, se continuera jusqu’en 1890. Ajoutons qu’à Dreuilhe, tout près de Saint-Ferréol, des fosses contenant des débris de verre ont été reconnues en 1973/74, certaines fouillées, mettant au jour des fragments du XIVe siècle

- La situation des fours sur les rives d’un ruisseau ne doit rien au hasard. Les verriers disposaient là, sur place, d’une matière première abondante : le sable issu de la désagrégation des gneiss. Par ailleurs, les calcaires et les molasses des environs apportaient la potasse, la soude et la chaux. Où se procurait-on les colorants fournis par les oxydes de fer, de cobalt, de cuivre, de manganèse ? Peut-être dans les mines, relativement proches tout compte fait, de Salsigne , de Fournes, de Villerambert explique Yves Blaquière. Quant au combustible, à savoir le bois des chênes, des hêtres, des aulnes, il ne devait pas manquer, pas plus que la fougère qui constituait un fondant potassique très apprécié.
- Merci à M. Blaquière, collectionneur averti et passionné, qui au travers des transparences cristallines exposées a su redonner vie « au souffle des verriers » de la Montagne Noire.
- Pour en savoir plus :
- Blaquière Y. Le souffle du verrier, notes d’un amateur. Editions I.L.E.S ,1997.

  
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