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Excursion à Lastours

Pour marquer « Les journées du patrimoine » la Société d’études scientifiques de l’Aude avait invité ses adhérents et plus largement toutes les personnes intéressées par la découverte du patrimoine historique et archéologique à une promenade sur les sentiers escarpés de Lastours, ce samedi matin 17 septembre, sous la conduite de Marie-Elise Gardel, archéologue responsable des fouilles.

Le président Michel Prun remercie les 45 personnes qui n’ont pas craint d’affronter les ébouriffantes foucades du cers ni les innombrables marches du sentier, pourtant bien aménagé. Il salue M.Brail, maire de Lastours et le remercie de nous recevoir dans l’ancienne usine Rabier, aujourd’hui point d’accueil et de documentation. Il salue aussi notre collègue Marie-Elise Gardel, qui depuis 25 ans, avec obstination, fouille la colline de Lastours, analyse les structures et le mobilier mis au jour, recherche inlassablement des appuis techniques et financiers pour valoriser les ruines et qui a bien voulu guider la visite des lieux.

- M Brail, se félicite d’accueillir la Société d’études scientifiques de l’Aude dans sa commune. Dans une allocution bien sentie, il met en avant tout l’intérêt que représente la mise en valeur du patrimoine archéologique et historique pour une commune rurale , et notamment la sienne (184 habitants) qui a vu disparaître toutes les activités industrielles de la contrée. « Il faut se servir du patrimoine pour construire l’avenir , dit-il, c’est le meilleur moyen de sauver la ruralité et son environnement ». Et il regrette, le mot est faible, le projet d’implantation à Lassac du Centre d’enfouissement et de traitement des ordures piloté par le Conseil général de l’Aude. « Nous avons accepté la pollution de Salsigne, parce que c’était la nôtre, nous n’accepterons pas celle des autres » promet-il avec force. En attendant des jours meilleurs, il souhaite à tous une bonne journée à Lastours.
- Après un clin d’œil à nos devanciers, les fondateurs de la SESA qui, en 1890, escaladèrent la colline des châteaux alors vouée à l’élevage de quelques chèvres et aux cultures essentiellement arboricoles (oliviers) Marie-Elise Gardel souligne le succès grandissant du site (36000 visiteurs par an) qui justifie les efforts répétés , et ô combien difficiles, déployés pour poursuivre les recherches et sauvegarder son environnement minéral « accentué par la verticalité des cyprès et des tours royales ». 4000 ans d’histoire, dit-elle en substance, sont inscrits dans les pierres et les grottes de Lastours, une histoire qui, à plusieurs époques, fut marquée par la résistance des populations aux envahisseurs, aux bandouliers de Simon de Montfort, hier, aux troupes allemandes, plus près de nous. Si ce haut-lieu est chargé d’histoire et de symboles, il nourrit aussi l’inspiration de quelques romanciers comme il enflamme l’imagination des villageois, des visiteurs...et des archéologues. Elle conclut : « si la géologie interdit qu’un souterrain relie Lastours à la Cité de Carcassonne, comme le veut l’imaginaire populaire, en revanche, l’histoire voit dans cet ouvrage virtuel le lien ombilical qui unit la forteresse-mère : Carcassonne, à la forteresse-fille : Cabaret ».

- La visite des lieux

- Plusieurs haltes s’imposaient sur le parcours. Marie-Elise Gardel les mit à profit pour décrire le castrum de Cabaret et commenter les découvertes récentes. 1ère halte. Sur une petite terrasse qui surplombe le village actuel elle explique qu’on se trouve là, vraisemblablement, sur la base d’une tour carrée qui faisait partie de l’enceinte défensive d’un camp wisigothique. Hypothèse à vérifier ajoute-t-elle. Autour de l’an Mil, les textes désignent ces lieux sous le nom de Caput Arietis.
- 2ème halte : à proximité de l’église primitive saint-Pierre et Saint-Paul De ce belvédère on domine le confluent de l’Orbiel et du Grésilhou ce qui confère au site un intérêt stratégique certain. Les fouilles ont mis au jour une stratigraphie qui révèle une occupation dès l’époque romaine, puis paléochrétienne, médiévale enfin. Vers 1080 une église dont subsiste le chevet à cinq pans avec alvéoles est érigée en ce lieu. Elle servira de point d’ancrage au premier village fortifié, le castrum, qui étagera ses maisons tout à côté, au milieu du XIIe siècle(1150/1160). Les archéologues ont pu observer un enchevêtrement de maisons manifestement subordonnées à l’église. Des recherches plus approfondies sont prévues pour l’année prochaine.
- 3ème halte : une terrasse à l’ouest de l’église Là, plusieurs sépultures en pleine terre (13 sujets ont été découverts) sans mobilier, ont été mises au jour. Mais, ajoute notre guide, le cimetière médiéval ne se limitait pas à cette terrasse, des prospections récentes l’attestent, elles seront poursuivies durant la prochaine campagne. D’ores et déjà on connaît trois nécropoles : le Trou de la Cité, le cimetière wisigoth, et celui sur lequel portent les recherches actuelles.
- 4ème halte : le Trou de la Cité Nous reprenons la visite. Du sentier qui se faufile entre les rochers le regard embrasse les tours( Surdespine, Quertinheux, Cabaret, tour Régine) que l’administration royale fit ériger près la croisade albigeoise tandis que de l’autre côté de la vallée du Grésilhou on devine un chemin, ancienne voie médiévale, peut-être romaine qui, il n’y a pas si longtemps encore, servait à l’exploitation d’ une mine de cuivre, dont on a récemment fait exploser l’entrée. Initiative et résultats affligeants ! Nous arrivons au Trou de la Cité qui tient une si grande place dans l’imaginaire collectif. Nous sommes ici dans un « château-grotte » dit Marie-Elise Gardel . Ce lieu a été occupé à toutes les époques, fortifié durant la période castrale ; il a servi de refuge, d’abri, aux populations de manière quasi permanente.
- 5ème halte : le village castral de Cabaret. A l’époque féodale, dans la deuxième moitié du XIIe siècle, le castrum s’est déplacé pour s’arrimer au château de Cabaret et se placer sous sa protection. Des travaux récents d’aménagement, construction d’escaliers, de murets, de chemins s’intégrant parfaitement dans le paysage, facilitent la découverte du village castral.
- La forge. Fait exceptionnel, le village abritait six forges ce qui laisse penser que Cabaret était un lieu de production d’objets forgés de premier ordre. Celle que nous observons est criante de vérité. Le sol porte encore la trace de deux billots qui supportaient chacun une enclume ; il garde aussi l’empreinte d’un fer à cheval. Tout contre le mur nord un petit bassin utilisé pour la trempe et dans l’angle nord-ouest une petite citerne ( 12 m 3 )se voient sans peine. Plus bas, une montée caladée parfaitement conservée donnait accès à quelques maisons. Une maison. Plus bas encore, presque en bordure du Grésilhou, à sec en cette saison, une maison témoigne. Elle offre un instantané de la vie de ses habitants qui, en 1240/41 ont dû fuir précipitamment, ou ont été chassés brutalement de leur logis, aussitôt détruit, laissant tout sur place pour le plus grand bonheur des archéologues qui ont retrouvé dans la salle commune, outre les trois foyers, les ustensiles de cuisine ( oules, pégauts, dournes...)des bûches carbonisées, des déchets culinaires.
- Après cette immersion dans le Moyen Age, Marie-Elise Gardel conclut sur un plan large. Les toponymes Caput Arietis (Cabaret) Rivière ( fin XIIIe ), Lastours( au XVIIIe ) qui ont successivement désigné le village qui nous accueillait aujourd’hui, sont autant de jalons qui balisent son histoire, une histoire mouvementée, dont toutes les pages ne sont pas encore bien connues. Nous faisons confiance à Mlle Gardel. Elle saura les déchiffrer. Nous lui souhaitons bon courage

- Pour en savoir plus :
- Gardel(M.-E.) Le village déserté de Cabaret à Lastours. Première approche des maisons médiévales. Bull.SESA, T LXXXXI, 1991, P.83 à 98
- Gardel (M.-E.) dir, Cabaret, histoire et archéologie d’un castrum, Carcassonne CVPM, 1999.
- Gardel (M.-E.), Vie et mort d’un castrum, Cahors, l’Hydre Ed. 2OO4

  
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