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Les malheurs de Dame Carcas

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Claude Marquié a présenté le grès de la Cité de Carcassonne dans la rubrique Les Dimanches de l’Histoire du journal La Dépêche du Midi, édition audoise du 14 février 2021 intitulée « Une cité au cœur de grès ». La photographie ci-dessous en est tirée.

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Rochers témoins d’une ancienne carrière (C.Marquié)

Il est revenu sur l’étude de ces grès, toujours dans la rubrique Les Dimanches de l’Histoire du journal La Dépêche du 21 février 2021 où il évoque la dégradation au fil du temps du grès dont est faite la statue de Dame Carcas à l’entrée de la cité de Carcassonne.

Il a fait une présentation de ce fait dans notre bulletin de 2017 : A propos de la restauration de Dame Carcas (Claude Marquié, Claude Martinez).

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Dame Carcas par le chanoine Verguet en 1899. Site de La Dépêche

Nous l’avons vu dans une précédente chronique, le grès, roche abondante dans le bassin géologique carcassonnais, constitue l’essentiel du matériau utilisé dans la construction de la Cité et de la Bastide. Cette pierre représente cependant des inconvénients, notamment la dégradation provoquée par l’eau de pluie, récemment mentionnée par l’administration de la forteresse.

En effet, s’il est logique que le grès soit altéré par le gel et par la violence des vents locaux, sa spécificité est la sensibilité à l’eau de pluie chargée de divers composants toxiques. Or, la présence de ceux-ci dans l’atmosphère a été considérablement augmentée au XXe siècle avec le chauffage urbain, au charbon ou au fioul, aussi bien que par la circulation automobile. Les résidus à base de soufre qui en résultent sont générateurs de champignons et de lichens qui accélèrent sa desquamation en fines plaquettes, réduites par la suite en poudre sableuse.

Un témoin incontestable de ces problèmes est le buste de l’emblématique Dame Carcas. Un cliché pris en 1899 par le chanoine Léopold Verguet montre qu’à cette époque elle n’avait rien perdu de ses atours, tels qu’ils figurent au frontispice de l’Histoire de Carcassonne de G. Besse parue en 1645. On y voit une guerrière vêtue à la mode antique et dotée d’une généreuse poitrine, telle qu’elle a été représentée par J.-L. Bouvier devant l’actuelle porte Narbonnaise.

En 1928, paraît Carcassonne, sa Cité, sa couronne, de J. Girou : une héliogravure de Michel Jordy la montre encore bien conservée, et, sur une photographie prise en 1972 par M. Michel Cau, l’héroïne a toujours son nez et une certaine apparence. Par contre, l’œuvre originale, mise à l’abri au château comtal et restaurée récemment, inspire une profonde commisération : le nez, les voiles qui entouraient le visage et le front ont disparu, tout comme la poitrine, tandis que dans le visage deux trous permettent seuls de repérer les yeux.

On est là devant un bel exemple des conséquences catastrophiques de la pollution contemporaine, et on frémit au sort réservé à la Cité sans une surveillance constante.

Une Cité au cœur de grès

Le 14 octobre 1818, l’ingénieur en chef en charge des mines du département alerte le préfet sur le danger représenté par une carrière récemment ouverte à proximité de la rue Trivalle. Ce chantier s’enfonce dans le grès constituant la butte sur laquelle est construite la Cité, or l’ensemble risque fort de s’écrouler « de proche en proche jusqu’aux assises qui servent de fondation au mur et aux habitations de la Cité ». Il convient donc à l’administration de mettre fin à cet affouillement, en fonction d’une réglementation interdisant d’ouvrir des carrières à moins de 50 mètres des routes et à moins de 30 mètres des constructions.

Cette mise en danger de la forteresse est d’autant plus paradoxale que le matériau qui la constitue est précisément le grès, élément essentiel de la structure géologique locale, qui fut extrait au cours des siècles de carrières plus ou moins proches. En effet, il y a environ 40 millions d’années, existait entre montagne Noire et Pyrénées une dépression, que des matériaux arrachés par des cours d’eau aux Pyrénées alors en pleine phase de surrection comblèrent progressivement.

Le résultat est l’actuel bassin molassique carcassonnais, dont l’ossature est constituée de diverses variétés de grès, d’argiles et de marnes. À la base de certains murs de la forteresse, on voit des rochers en saillie, témoins d’excavations qui au fil des siècles permirent de construire telle ou telle partie de la forteresse. Quant aux argiles, une fois cuites, on les trouve dans les lits qui séparent les pierres des tours antiques et, sous forme de tuiles, en couverture de ces mêmes tours.

Ce grès est également présent en abondance dans la ville basse, mais il a été depuis le XIXe siècle en partie remplacé par d’autres matériaux, acheminés grâce à des moyens de transport plus performants. Il cède même la place aujourd’hui à des grès venus d’Espagne, les carrières locales, faute de commandes, ayant été progressivement fermées, Ainsi s’efface, autant des mémoires que sur le terrain, le souvenir d’une pierre qui a marqué profondément l’histoire locale.

Cette chronique a pu être écrite grâce à l’efficace contribution de M. Jean-Claude Capéra.

  
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