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Carcassonne : Foires de jadis et de naguère (XIIe-XVIe s.)

Dans le journal La Dépêche du 17/01/2021 un article de Claude Marquié sur la mise en place et la suppression des foires à Carcassonne.

Le 31 janvier, toujours dans La Dépêche, Claude Marquié évoque le passage de la foire à la fête foraine à Carcassonne.

Le 17/01/2021

En septembre 2020, le conseil municipal carcassonnais a voté la suppression de la plus importante foire locale, celle qui se tenait le 25 novembre, jour consacré à la Sainte-Catherine. Cette décision complétait les disparitions dès 2016 du 6 mars et, auparavant, de la « foire des comportes » qui se tenait le 2 septembre.

Pour la Sainte-Catherine, les raisons évoquées furent la chute du nombre de commerçants, tombé de 500 dans les années 90 à une centaine, tout comme celui des chalands, que la police municipale évaluait à 50 000 en 1993. Il fut également question de la gêne occasionnée au stationnement des automobilistes par les marchands, mais aussi par la fête foraine, qui occupaient les boulevards. De grands marchés saisonniers

Cette décision peut être qualifiée d’historique, l’institution de foires dans notre ville remontant à près d’un millénaire. En effet, le document le plus ancien les concernant nous dit qu’en 1158 le vicomte Roger ne fit que confirmer l’existence de deux manifestations, d’une durée de 15 jours pour les Rameaux, et d’une semaine pour Toussaint. Il s’agissait en l’espèce de grands marchés saisonniers, marquant la vie rurale au printemps et à l’automne, bien différents des vastes mouvements de négoce caractérisant dès cette époque les grandes foires internationales, comme les foires de Champagne.

Aux foires de la Cité s’ajoutèrent ou succédèrent bientôt celles de la Bastide, car, dès 1314 les habitants de celle-ci obtinrent la mise en place de deux manifestations, le 22 février et le 25 août, dates confirmées par Louis XI en 1466. L’autorisation du seigneur, puis du roi, était en effet nécessaire, car à cette occasion le souverain, pour encourager le commerce, ne levait pas un certain nombre de taxes, ce qui représentait pour lui un manque à gagner.

Pour les XVIe -XVIIe siècles, le docteur Paul Cayla précise les principaux objets des échanges : harnachements, outils, ustensiles divers, objets de toilette… L’auteur insiste sur l’importance de la sociabilité ainsi créée, mais aussi sur l’attirance exercée sur les voleurs, ce qui valut à trois d’entre eux d’être pendus à Castelnaudary en 1541. Claude Marquié

Le 31 janvier 2021

Dès la fin du XVIe siècle, dans les grandes villes et notamment à Paris, à côté des opérations commerciales existaient des lieux de plaisirs et des attractions foraines. Mais, pour l’historien Lucien Bely, aux XVIIe-XVIIIe siècles, même dans les villes de moindre importance, « la foire croise la fête », car il s’agit là d’un temps fort de la vie sociale, qui déborde du foirail ou de la halle primitivement assignée. Cela explique la surveillance étroite exercée par l’autorité, en raison de la contrebande, sur les prix, comme sur l’effervescence populaire, source parfois de débauche.

Toutefois, telle que nous la percevons aujourd’hui, la fête foraine se met en place à la fin du XIXe siècle. Elle attire alors toutes les catégories sociales, y compris des bourgeois venant s’encanailler sur le « boulevard du crime » parisien. Sur le plan local, entre les deux guerres, prennent place des souffleurs de verre, des femmes sans corps, des stands de lutte et de boxe.

De leur côté, écoliers et collégiens dégustent châtaignes grillées, chouchous, chichis et pommes d’amour. Cependant, avec la « fée électricité » d’imposants manèges s’imposent progressivement et, dans les années 90, à Carcassonne comme ailleurs, ils prennent de nombreuses places de stationnement, générant un sérieux conflit.

En octobre 1993, la municipalité les déplace au bord de l’Aude, à proximité du stade Albert Domec. Estimant qu’ils vont perdre leur clientèle, dans la nuit du 20 au 21 novembre, les forains reprennent leurs emplacements habituels sur les boulevards Marcou et Barbès. L’affaire fut plaidée au tribunal, l’arrêté municipal annulé, puis en mars1994 les manèges s’installèrent au square André Chénier et le long du canal pour les plus lourds, à la satisfaction de tous.

Ces attractions ont repris leurs emplacements traditionnels, et il est intéressant de noter que la récente décision municipale de supprimer la dernière foire, celle du 25 novembre, les a épargnés. Il est vrai que la place occupée désormais par ces festivités s’est largement réduite, ce qui peut expliquer leur maintien et la disparition d’éventuels conflits.

  
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